L’armée française contre l’internationalisme djihadiste4 min de lecture

La mort de deux commandos Marine au Burkina Faso, lors d’une opération de libération d’otages, a récemment ému l’opinion publique, et jusqu’au président de la République, Emmanuel Macron. Cette tragédie vient s’ajouter aux précédentes ; 125 militaires français sont ainsi morts en opération extérieure depuis 2009.

Ce chiffre témoigne bien de l’importance des engagements militaires français dans le monde. Selon de nombreux experts et le dernier classement de l’institution Global Firepower, la France possède en effet la 5ème armée au monde, ce qui lui confère une capacité d’intervention très puissante. Cela se vérifie d’ailleurs dans le temps et dans l’espace, et tout particulièrement aujourd’hui, avec deux opérations extérieures menées par l’État-major français : l’opération Barkhane au Sahel et Chammal en Syrie et Irak.

Tour d’horizon de ces deux interventions, et des enjeux stratégiques et politiques qu’elles impliquent.

Deux opérations extérieures stratégiques

Les opérations Chammal et Barkhane poursuivent toutes deux des objectifs différents dans des zones géographiques de tension. Pour autant, elles font partie d’un même ensemble sur le long-terme : détruire l’international djihadiste, et ramener la stabilité dans les régions déstabilisées.

L’opération Barkhane, d’une part, vise à lutter contre les groupes armés terroristes islamistes dans la région du Sahel. Cette lutte ne connaît pas de frontières nationales, et implique donc un théâtre d’opération qui couvre plusieurs pays africains : Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad. Lancée par François Hollande et son ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en août 2014, cette intervention française est menée de concert avec les États précédemment cités (le G5 Sahel). Les moyens employés pour mener à bien cette mission sont importants : 4500 militaires depuis 2018, 200 blindés, 200 véhicules logistiques, 4 drones, 6 avions de combat et une vingtaine d’hélicoptères. A l’inverse, les groupes djihadistes armées sont beaucoup plus faibles en apparence, tendant à faire de ce combat une lutte asymétrique : de 300 à 3000 combattants, des moyens logistiques beaucoup plus faibles. Pour autant, ce déploiement imposant de l’armée française a un coût, près de 600 millions d’euros par an, ce qui lui est régulièrement reproché.

L’opération Chammal, d’autre part, a lieu depuis septembre 2014, et désigne la participation de l’armée française dans la lutte contre l’Etat Islamique (ou Daesh) en Irak et en Syrie. Elle consiste surtout en un soutien aérien aux forces armées mobiles locales, contre les camps d’entraînement djihadistes et les positions ennemies. Menée sur demande du gouvernement irakien, et uniquement sur ce territoire pendant un an, cette intervention s’élargit à la Syrie à partir de septembre 2015. Les moyens employés par l’armée française sont conséquents, et témoignent d’une réelle volonté politique de stabilisation de la région : 3200 hommes (dont les Forces spéciales), le porte-avions Charles De Gaulle, plusieurs frégates, un sous-marin nucléaire, et de nombreux avions de chasse : près de 20 Rafales, 8 Super-Étendard, quelques Mirages-2000. L’opération Chammal est un succès militaire : d’après Le Monde, 2500 djihadistes auraient été tués entre septembre 2014 et décembre 2016.

 

Des interventions critiquées mais des résultats certains

Si Barkhane et Chammal ont permis des avancées certaines dans le retour à la stabilité chez les pays concernés par les combats, les dommages collatéraux de ces interventions sont régulièrement critiqués. De même, à présent apparaît l’épineuse question du retrait des forces armées françaises, car, c’est bien connu, les sorties de conflits sont généralement plus complexes que les entrées.

En premier lieu, il convient de saluer les succès militaires obtenus par l’armée française. En Irak et en Syrie, plus de 1300 frappes aériennes ont été tirées entre 2014 et 2017, pour près de 2500 djihadistes tués. Mossoul a été libérée. Les positions tenues par l’Etat islamique ont été reprises. Aujourd’hui, il subsiste seulement quelques “poches” de résistants à la frontière syrienne (quelques centaines de combattants). Au Sahel, les groupes islamistes armés ont également subi de très lourdes pertes face aux militaires français : plus de 600 djihadistes ont été “neutralisés” depuis 2014 selon Florence Parly, ministre des Armées. De nombreux ont été tués, d’autres remis aux autorités maliennes. Une quantité importante de matériel détenu par ces derniers a aussi été saisie et détruite : véhicules, GPS, postes radio, … de même que 20 tonnes de munitions et armes (chiffre de 2015). Enfin, l’armée française a récupéré 3500 kg de drogue.

Cependant, malgré le bon bilan militaire des forces armées françaises, des critiques ont émergé depuis quelques années quant aux retombées et conséquences de ces interventions.

L’opération Barkhane suscite notamment de nombreuses critiques. Les populations locales ont ainsi une opinion très partagée sur son bien-fondé : le sud du Mali est en majorité hostile à l’intervention alors que le nord y est favorable.  Le souvenir de la Françafrique y est encore très fort, ce qui entraîne naturellement une défiance à l’égard des militaires français. Des experts critiquent aussi les décisions de l’État-major français, qui se concentrerait trop sur les combats contre les groupes djihadistes, et pas assez sur les causes de l’apparition de ces groupes (pas assez de prévention). Quant à l’opération Chammal, elle connaît aussi son lot de critiques. Elles portent notamment sur la légalité de certaines frappes, qui serait à la limite de l’infraction du droit international. Ce flou est en réalité dû à la difficulté à donner un statut à l’Etat islamique, qui n’est pas un État à proprement parler. D’autres voix contestataires ont émergé autour de la stratégie adoptée par l’État-major français au sein de la coalition internationale. Le fait de se contenter de frappes aériennes, qui ont un coût exorbitant et causent des destructions importantes, au détriment d’envoyer des troupes au sol est clairement pointé du doigt. Cela aurait permis de sauver de nombreuses vies civiles et d’accélérer la victoire contre l’Etat islamique.

Finalement, les opérations Chammal et Barkhane sont globalement des succès pour l’armée française. Les victoires militaires sont indéniables, mais l’histoire nous enseigne que cela ne signifie pas toujours une retour à l’ordre et à la stabilité.

La France aura démontré qu’elle est encore une puissance politique et militaire incontournable sur la scène internationale. Mais les interventions ont une fin, et ce sujet est complexe : l’armée française craint en effet que son départ des théâtres d’opérations n’entraîne une opportunité pour les groupes djihadistes de revenir en force. Ce scénario catastrophe, qui s’est produit après la guerre d’Afghanistan de 2001, pourrait entraîner une prolongation de la présence française dans ces contrées. François Lecointre, Chef d’Etat-major des armées, ne dit pas mieux lorsqu’il parle de la situation au Mali : “Je ne pense pas qu’il soit possible de régler le problème au Mali en moins de dix à quinze ans, si tant est que nous le puissions. L’évolution de la situation au Mali n’est guère satisfaisante et nous n’en partirons pas demain, sans qu’il s’agisse pour autant d’un enlisement”

 

Article écrit par Elouan Picault

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