Jupiter et Covid-19, le syndrome de don Quichotte2 min de lecture

Claire Marin partageait dans Le Monde une réflexion temporisante, il est en effet excessif de parler de médecine de guerre dans la crise sanitaire actuelle. D’abord parce que le virus n’est pas un ennemi, c’est la Nature, et parce qu’il n’est pas bon de rajouter plus de psychose dans une population qui a perdu le sens de la Nature, donc du réel.  

La guerre, ce n’est pas du confinement mais du mouvement, des flux importants de gens, des manques de nourriture et d’eau. De quoi manque-t-on si ce n’est de liberté ? Stopper une épidémie n’est pas faire la guerre, on ne fait pas la guerre à la Nature, elle n’a pas la volonté de nuire. On tente de la rendre moins dure à l’Homme en stoppant la propagation du mal.  

La sémantique de la guerre est abusive, elle est voulue pour éteindre les mouvements de contestation de l’autorité, pour légitimer le gouvernement, ses ambitions, et le faire entrer dans l’Histoire.  

Nous sommes en plein dans le syndrome de don Quichotte tel qu’élucidé jadis par René Girard : imiter les actes d’un médiateur qui n’appartient pas au même monde. Ce syndrome naît du désir, de l’orgueil et de la vanité. Jupiter, c’est de l’orgueil mais aussi de la vanité de pouvoir d’où naît sa stratégie, peu importe si elle piétine un peu la vérité. Orgueil, et stratégie conçue de la vanité font deux dans la gestion de crise actuelle. 

A la lumière de René Girard, la dialectique du désir poursuit un fonctionnement triangulaire. Le sujet désire l’objet car le médiateur, au-dessus, reflète sur l’objet. Le sujet suit ainsi les moindres gestes du médiateur. Quel est le médiateur de l’Élysée 

Clémenceau, « vainqueur » de la Grande guerre, sauveur de l’ordre républicain visitait les soldats sur le front tel Emmanuel Macron visite les soignants à Mulhouse. De Gaulle incarne ce destin grandiose, héros de la Résistance, « libérateur » de la France et fondateur de la Ve République. Notre président se construit sur les deux. L’homme providentiel, voilà ce qui est recherché. Le virus est dans le Territoire, comme s’il y avait une invasion selon la dialectique présidentielle. Il est à l’intérieur des frontières et touche la communauté nationale, deux termes oubliés jusque lors. Emmanuel Macron s’érige tel de Gaulle avant lui en « résistant » : c’est du langage religieux en France. Le Covid-19, c’est sa guerre, celle qu’au fond tout chef d’État désire, mais à moindre frais.  

Dans le syndrome de don Quichotte, la situation doit être plus grave qu’elle ne l’est réellement, il faut imaginer un cataclysme depuis un réel qui n’est pas dévastateur, pour l’instant. Cela permet, dans la stratégie, de couvrir les manquements initiaux, se distinguer en résistant, et sortir de la crise en libérateur triomphant.  

Nous sommes en plein dans le syndrome de don Quichotte où la sémantique est disproportionnée pour vivre le même destin que les grands hommes de jadis et en récolter les mêmes lauriers, dans un réel bien différent. Ces illustres personnages ont marqué la sortie de leur guerre, la légitimité acquise le leur a permis. Qu’en sera-t-il pour notre président ?  

Le problème avec ce syndrome, ce n’est pas tant le sujet qui vit dans sa fausse réalité, mais les personnes que ce même sujet côtoie : il est contagieux. Ceux qui s’y intéressent ou qui l’écoutent deviennent fous, et finissent comme les diables d’Altisidora à se maudire toujours, partenaires éternels de la mésentente. Et tout désir redouble de se voir partagé. Nous sommes touchés par une double maladie : celle du corps et celle de l’esprit. Comme les médecins travaillent à endiguer l’épidémie, il nous faut garder l’esprit clair 

 

Article écrit par Guy-Alexandre Le Roux

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