Face aux islamistes turcs, soutien aux combattants de la liberté4 min de lecture

Après avoir multiplié ces derniers jours les annonces les plus contradictoires sur un retrait des forces américaines dans le Nord de la Syrie, le président américain Donald Trump a semblé dérouler mercredi dernier le fil d’une communication improvisée et assez irrégulière. Interrogé sur la possibilité d’apporter une aide aux Kurdes, il a notamment déclaré aux journalistes : « Ils ne nous ont pas aidés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ne nous ont pas aidés en Normandie ». 

Aujourd’hui, les puissances occidentales dont la France abandonnent les Kurdes à leur triste sort face à l’Etat turc qui n’a eu de cesse que de soutenir de façon à peine déguisée l’Etat Islamique. Les Kurdes sont 40 millions et ont le triste privilège de ne pas avoir de pays. Nous y sommes un peu pour quelque chose – car c’est bien la France et l’Angleterre qui ont redessiné la carte dans cette région sans tenir compte de la longue histoire de ces territoires et des peuples qui y vivaient. Notre devoir, aujourd’hui, est de leur apporter notre aide. 

De la résistance à l’oppression turque à la lutte contre l’État islamique

Lors de ces 90 dernières années, les Kurdes n’ont pas eu beaucoup d’alliés. Depuis sa création en 1923, la République turque a consciencieusement dénié à ce peuple les droits les plus élémentaires comme celui de parler sa langue ou de s’organiser politiquement. Depuis 1978, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est le principal représentant des intérêts des Kurdes de Turquie.

Lorsque les combattants de l’Etat Islamique ont gagné massivement du terrain en Syrie et en Irak, le PKK et les Unités de Protection du Peuple (YPG) se sont avérées être les seules forces suffisamment organisées pour les mettre en déroute et donc dès 2014, cette milice est devenue l’une des principales forces combattant le groupe djihadiste. Entre 2011 et 2017, les combattants Kurdes ont permis la fuite de 200 000 Yézidis encerclés dans les Monts Sinjar en Irak. Pour beaucoup de puissances occidentales, les Kurdes sont passés en quelques années du statut de terroristes à celui de héros. On peut désormais lire dans les pages de certains magazines des odes au courage et à la beauté des combattantes Kurdes et sur internet, des vidéos soutenant le YPG et le PKK fleurissent par centaines.

Les YPG ne sont pas des terroristes. Ils ont infligé aux djihadistes leur première défaite à Kobané en 2014, avant de réussir, avec l’appui de la Coalition internationale, à débarrasser la Syrie de la barbarie de l’Etat Islamique. Des milliers d’entre eux, notamment des jeunes femmes et hommes, sont morts dans cette guerre. En tombant, ils sont aussi tombés pour notre liberté et pour notre sécurité. Être aux côtés des Kurdes qui se battent pour notre liberté, être solidaires de nos alliés et compagnons d’armes contre l’État Islamique est une obligation morale et un devoir.

Dès l’été 2015, Erdogan décide de s’en prendre à tous les groupes terroristes, c’est-à-dire à l’Etat Islamique et au PKK. Cependant, sur les centaines d’attaques aériennes déclenchées par le gouvernement turc, seulement trois auraient visé l’Etat Islamique. Les centaines d’autres ont visé des bases kurdes. Depuis, les émeutes sont quasi-quotidiennes en Turquie et plusieurs villes de l’Est ont déclaré leur indépendance du pouvoir central turc pendant que d’autres sont assiégées par l’armée.

Vers une recrudescence des tensions au Moyen Orient ? 

Installés surtout dans le nord de la Syrie, les Kurdes, essentiellement sunnites avec des minorités non musulmanes et des formations politiques souvent laïques, représentent 15% de la population syrienne, selon les estimations. Depuis des années, ils luttent en Syrie contre l’État islamique et luttent pour l’obtention de droits linguistiques, culturels et existentiels. Ils sont maintenant livrés sans défense au régime d’Erdogan, qui par ailleurs menace l’Union européenne de faire partir les 3,6 millions de réfugiés qu’il retient dans son pays si celle-ci ne se montre pas assez complaisante envers ses décisions.

Fin 2018, Donald Trump annonce le retrait des militaires américains de Syrie. Les Kurdes préviennent qu’ils ne pourront mener à bien leur lutte contre l’État islamique s’ils doivent combattre la Turquie, qui a menacé à plusieurs reprises de lancer une offensive contre eux. Comme prévu, dès le retrait des États-Unis, Erdogan a donc lancé une offensive sur le peuple kurde et cela au risque de contribuer à une résurrection de l’Etat Islamique. Des centaines de djihadistes français pourraient d’ailleurs profiter du chaos pour s’évader.

Ces derniers jours, les réactions internationales se sont multipliées entre condamnations et menaces de sanctions américaines. De son côté, la France condamne « très fermement » l’offensive turque et a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU. La ministre des Armées Florence Parly a qualifié la manœuvre turque de « Dangereuse pour la sécurité des Kurdes. » et « Dangereuse car elle est propice à Daech, contre qui nous nous battons depuis 5 ans. ». Le lendemain de son intervention très controversée, Donald Trump a réorienté son discours et a assuré ne pas avoir « abandonné » les Kurdes et a menacé d’anéantir l’économie de la Turquie si celle-ci « dépassait les bornes ».

L’offensive militaire a déjà fait 39 morts côté kurde et a entraîné la fuite de plusieurs milliers de civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’inaction de la France n’a que trop duré

La France ne peut rester indifférente devant le sort des Kurdes syriens qui sont victimes du rouleau compresseur turc. Ils furent nos alliés contre l’Etat islamique et que c’est à eux et à eux seuls que nous devons la prise de Rakka, qui servait de quartier général et de centre de commandement à l’Etat islamique, notamment pour organiser des attentats en Europe, et en France en particulier. Nos intérêts sont donc en jeu.

Que vaudra demain la parole de la France si elle est prête à abandonner ses alliés les plus fiables et les plus déterminés au Moyen Orient ?

La France pourrait fournir des armements lourds aux forces kurdes qui leur permettront de défendre les zones à l’Est où la Turquie compte étendre son offensive, encouragée par le silence coupable des grandes puissances. La France pourrait également décréter une zone d’exclusion aérienne au-dessus des territoires concernés.

Depuis un siècle, le sort du peuple kurde n’est qu’une longue et répétitive tragédie, et la France a la possibilité d’y mettre fin. Qu’attendent nos dirigeants ?

 

Germain K.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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