Élections régionales italiennes : la rentrée sera chaude5 min de lecture

Si la vie politique a repris doucement en France avec l’organisation du deuxième tour des élections municipales, la rentrée sera d’autant plus agitée en Italie à la fin de l’été, où des élections régionales, déjà organisées pour la Calabre et l’Émilie-Romagne en janvier dernier, se tiendront dans sept nouvelles régions. Sont concernées la Vallée d’Aoste, la Campanie, la Ligurie, les Marches, les Pouilles, la Toscane et la Vénétie. Pour la coalition de droite, les sondages demeurent très prometteurs.

Aujourd’hui, sur vingt régions, six sont encore gouvernées par des coalitions de gauche, une par les régionalistes de la Vallée d’Aoste, et treize par des coalitions de droite (notamment la Ligue du Nord, Forza Italia et Fratelli d’Italia). Après ces élections, l’écart devrait encore continuer à se creuser, Salvini et ses alliés remportant trois nouvelles régions – en confisquant deux à la gauche, et prenant pied dans la Vallée d’Aoste. La gauche ne devrait l’emporter qu’en Toscane et en Campanie, détenant encore l’Emilie-Romagne conservée en janvier dernier, et le Latium, dont les élections de 2018 ont donné une courte avance à la gauche (32,92 % contre 31,18% pour la droite).

Seize régions pour la droite, quatre pour la gauche : ainsi devrait être gouvernée l’Italie à partir de septembre prochain.

Dans le détail…

En cinq ans, les forces politiques ne sont que très peu modifiées en Campanie, où la coalition de droite est sondée à 39 % (- 0,5 point), tandis que la gauche est estimée à 45 % (+ 4 points). La gauche devrait également rester implantée d’une courte tête en Toscane, où la gauche est estimée à 45 %, contre 42,5 % pour la droite. Ce deuxième résultat prend cependant davantage les aspects d’une victoire : en 2015, la gauche devançait largement (47,5%) une droite aux abois (19,5%). La Ligue et ses alliés auront ainsi multiplié leur score par deux en l’espace d’un seul mandat.

La transformation de la dénomination de la Ligue du Nord en la seule Lega ne doit rien au hasard : le parti semble désormais presque aussi populaire au sud que dans le nord. Ainsi, après avoir pris la Calabre à la gauche en janvier dernier – dont nous rappellerons qu’elle est la région la plus pauvre d’Italie, avec 28,2 % de la population vivant dans un état de « pauvreté absolue », selon l’Institut national de statistique italien –, les Pouilles semblent promises à passer rapidement sous la domination de la coalition droitière. Celle-ci, menée par Raffaele Fitto, est ainsi estimée à près de 45 % des voix (+ 12 points depuis 2015), contre 38 % pour la gauche (- 10 points).

À leur tour, les Marches semblent prendre un virement politique radical, et faire également confiance dans la coalition de droite menée par Francesco Acquarelli, membre de Fratelli d’Italia. La liste domine effectivement les sondages avec 48 % (+ 28,5 points en cinq ans) contre 40 % pour la gauche (- 3,5 points). Notons particulièrement le ralliement de Forza Italia à la Ligue et FdI, avec qui le parti n’était pas allié en 2015 dans cette région (et avait obtenu le score de 9,5%).

Troisième région à passer probablement sous le giron ligueur, la Vallée d’Aoste semble l’une des meilleurs illustrations de cet élan général, présent depuis plusieurs années en Italie. Dans cette région du nord largement autonome, l’union valdôtaine (UV, régionalistes) obtenait en 2013 le score de 33 % des voix, la Ligue la suivant de près avec 12 %, tout en étant d’ailleurs un parti allié. En 2018, les élections anticipées (suite à la démission du président de région en rapport avec des activités de la mafia) octroient 19,2 % à l’UV, et 17 % à la Lega. Un an après seulement, aux européennes de 2019 la Lega obtient pas moins de 37,2 %. Le parti devrait ainsi se présenter seul et remporter sans coalition cette région du nord de l’Italie.

Dans les deux régions restantes, déjà aux mains de la droite, celle-ci confirme et creuse l’écart par rapport aux élections de 2015. La Vénétie resterait donc à droite avec, selon les estimations, près de 70 % des voix (+ 18 points) contre 18 % pour la gauche, de même que la Ligurie, avec 48 % des voix (+ 11 points) contre 25 % pour le PD (socialistes) et 20 % pour le M5S, les deux partis n’obtenant d’ailleurs que 42 % des voix en cas d’alliance.

Et c’est pas fini…

En début d’année, la Calabre avait déjà été conquise par la Ligue et ses alliés, augmentant leur score de 14 % en cinq ans. Partout où la Ligue est déjà élue, elle confirme ses résultats et creuse considérablement l’écart, gagnant du même coup plusieurs nouvelles régions. Ces succès, si difficiles à obtenir en France, sont possibles en Italie du fait de nombreux facteurs, certains spécifiques à l’Italie, d’autres reflétant une liberté d’action et de pensée des hommes politiques qui ne semble toujours pas à l’ordre du jour français.

L’économie italienne est d’abord géographiquement organisée de manière différente à celle de la France. Le territoire français est en effet organisé autour de grandes aires urbaines toutefois assez bien réparties sur l’ensemble du territoire. Ainsi, si 57 % des Français n’occupent que 18 % du territoire (addition des chiffres des 50 plus grandes aires urbaines de France), laissant transparaître la désertification d’une large part de nos campagnes, le découpage administratif étouffe ces voix périphériques par celles des grandes aires urbaines, votant pour les candidats libéraux par choix (nos bobos, désormais bien connus) ou par opposition à un parti comme le Rassemblement national (les populations de banlieue, notamment au 2e tour). En Italie, l’économie ne tourne pas autour de grandes aires urbaines réparties sur l’ensemble du territoire mais, pourrait-on dire, autour de certaines régions fortement développées (au nord), au grand dam des régions pauvres (Campanie), voire très pauvres (Calabre) du sud de l’Italie. Si une ville comme Naples est renommée internationalement, sa pauvreté est ainsi alarmante : près de 25 % des Napolitains sont au chômage, et la pauvreté atteint 32 % de la population. Près d’un écolier sur cinq y sèche les cours. Ce ne sont donc pas, en Italie, des territoires périphériques qui subissent les méfaits de la mondialisation et de la centralisation économique, mais bien des régions entières qui, de ce fait, peuvent laisser exprimer leur voix aux différentes élections, personne n’étant là pour les étouffer.

De plus, pour des régions historiques, les Italiens sont davantage attachés au sentiment régional que la majorité des Français. Cinq régions ont déjà des statuts spéciaux, leur conférant plus d’autonomie. Deux se trouvent au sud (Sicile et Sardaigne), trois au nord (Trentin-Haut-Adige, Frioul-Vénétie Julienne et Vallée d’Aoste). Sur les trois dernières régions du nord, la Vénétie et la Lombardie ont organisé en 2017 un référendum pour plus d’autonomie. En Vénétie, la question est posée : « Voulez-vous qu’à la région de Vénétie soient attribuées plus tard des formes et conditions particulières d’autonomie ? ». Le résultat est sans appel. Pour 57,2 % de participation, le référendum obtient 98,1 % de « oui ». En Lombardie, les scores sont semblables, avec 96,02 % de « oui » pour 38 % de participation (notons toutefois la faiblesse de ce dernier taux). De tels résultats semblent inimaginables en France. La question même ne saurait être posée. Mais le sentiment régional est fort, et les habitants des régions septentrionales ont la forte sensation de payer deux fois plus que les autres régions, et de voir les richesses de leurs terroirs injustement réparties au reste de l’Italie. Ce sentiment se retrouve d’ailleurs en Catalogne, et nombreux en ont été les témoignages au moment du référendum de Carles Puigdemont. La Ligue et ses alliés semblent, dès lors, représenter tant les intérêts des riches régions du nord (la Ligue s’est d’ailleurs constituée autour de la défense de ces régions), que des régions du sud, oubliées par les européistes italiens du PD (parti démocrate) depuis trop longtemps maintenant, et n’ayant plus confiance en personne.

En revanche, on notera la capacité de la droite italienne à conclure des alliances à tous niveaux, ce dont les souverainistes français sont aujourd’hui bien incapables. Forza Italia, le parti de Berlusconi, opposé en 2015 à la Ligue en Toscane et dans les Marches, a cette fois-ci décidé de rallier le mouvement. De même dans les Pouilles où Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni, en fulgurante ascension (création en 2012, 4,35% aux élections générales de 2018, estimé à 15 % des intentions de vote aujourd’hui), s’allie cette fois à la Ligue, contrairement à il y a cinq ans. De son côté, Matteo Salvini laisse FdI mener les coalitions de droite dans les Pouilles et les Marches, tandis qu’il accepte de laisser en Ligurie à la tête de sa coalition Giovanni Toti, membre d’un autre parti (Cambiamo!). Les luttes d’ego semblent ainsi fortement mises de côté, et les alliances couronnées de succès. La proximité de Matteo Salvini et Giorgia Meloni n’est d’ailleurs plus à prouver après les dernières manifestations post-confinement. Ces résultats, très prometteurs, n’ont plus qu’à être confirmés les 20 et 21 septembre prochain.

Image : Giorgia Meloni et Matteo Salvini, le 28 janvier 2017 à Rome. (Luigi Mistrulli/SIPA).

Article écrit par Michel Bogranev

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