Elections européennes : Macron a les mains libres2 min de lecture

On nous promettait du sang et des larmes, et un tournant majeur pour le quinquennat d’Emmanuel Macron. Force est de constater que ces élections européennes n’auront finalement fait que confirmer l’ordre politique né des ruines de 2017. Sans surprise, les Français ont donné l’avantage au Rassemblement National (23,31% – 23 sièges), talonné par la liste LREM de Nathalie Loiseau (22,41% – 23 sièges). Ainsi, après deux années de macronisme et six mois de fièvre jaune, l’ordre politique n’est pas fondamentalement bouleversé : le duel RN-LREM est parti pour rester à l’ordre du jour jusqu’en 2022. Son issue dépendra du chemin qu’empruntera la droite «traditionnelle» dans les prochains mois.

Autrement plus intéressante est la suite du classement, et notamment la troisième place du sympathique Yannick Jadot, qui relègue la liste LR en quatrième position (8,5%, 8 sièges). Passé l’effet de surprise, le naufrage de la droite traditionnelle s’explique facilement. Toute la bonne volonté de François-Xavier Bellamy n’aura pas suffi à masquer les profondes incohérences de sa liste, et les trop nombreux écarts entre le discours et le comportements des députés LR à Bruxelles. Sans doute aussi, l’électorat cible «conservateur chrétien» s’est-il lassé des promesses sans lendemain des Républicains. Cette défaite, c’est bien sur celle des partisans de l’union de la droite et du centre, qui n’a jamais eu de cohérence idéologique et, à l’heure du duel RN-LREM, encore moins d’intérêt stratégique. Laurent Wauquiez, que l’on voit assez mal tenir la barque jusqu’en 2022, semble pourtant déterminé à maintenir l’illusion, pour le plus grand malheur de la droite française, toujours en danger.

L’honneur de la droite est-il néanmoins sauf grâce au succès du RN ? Pas beaucoup plus. La victoire est en réalité plus qu’étriquée. L’écart entre Bardella et Loiseau est infime, à tel point que les deux formations auront le même nombre de députés européens à Bruxelles, une fois le Brexit accompli. Jordan Bardella a d’ailleurs mené une campagne unanimement saluée, assez éloignée du chemin de croix vécu par Nathalie Loiseau, qui n’est jamais véritablement parvenue à fédérer autour d’elle. Elle n’en est pas moins à quelques dixièmes de pourcent de Bardella. Il faut donc raison garder : un meilleur candidat aurait sans aucun doute offert la victoire à LREM, qui conserve une base électorale extrêmement solide, sûre de son vote.

Le camp présidentiel est d’autant plus à l’aise dans ses manœuvres que l’espace à gauche est toujours en proie aux flammes et à la guerre civile. Outsider surprise de cette élection, seul Yannick Jadot – porté par une vague verte européenne – parvient à faire dépasser la barre des 10% à la gauche( 13,47% – 13 sièges). Derrière lui, l’heure est aux grincements de dents. L’enflammé Jean-Luc Mélenchon flirte de plus en plus avec le feu de paille. Sa liste, portée par l’inexpérimentée Manon Aubry, a perdu plus de 10 points depuis 2017 (6,31% – 6 sièges), la faute à un électorat jeune, volatile, et assez peu concerné par l’enjeu européen. Les candidatures fratricides de Gluskmann et Hamon étaient quant à elles vouées à l’échec et n’ont pas déçu : l’intellectuel timide qui préfère Berlin à la Picardie plafonne à 6,19% (6 sièges), et l’artisan kebabier de Bézier n’enverra même pas un député à Bruxelles (3,21%, 0 siège!).

Emmanuel Macron peut envisager avec sérénité les trois prochaines années de son quinquennat. Débarrassé d’une opposition crédible à gauche, l’effondrement de la droite traditionnelle ne lui laisse aucun autre adversaire que le RN en 2022. Ce qui, jusqu’à maintenant, a toujours ouvert les portes de l’Élysée au premier guignol venu. Pour vaincre, la droite française doit se réinventer, et faire sauter les cloisons. Éreintés, les Républicains ont perdu leur primauté à droite. Le noyau dur, qu’on le veuille ou non, s’appelle désormais Rassemblement National. C’est autour de lui qu’il faut imaginer et construire une droite nouvelle, fédérant toutes les sensibilités autour d’un projet pour la France, porté par une figure nouvelle. Sans cela, c’est Macron pour dix ans.

Article écrit par Étienne de Solages

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