[Droit de réponse] Pour une droite libérale-conservatrice5 min de lecture

Joseph Gallard est étudiant en master 1 de Science Politique. Adhérent Les Républicains à Nice, il a co-fondé, en janvier 2019, un think thank conservateur, La Droite de Demain.

Je reprends humblement l’édito d’Etienne de Solages auquel il m’a invité à répondre, sur une définition de la droite. Un thème vaste, difficile à définir concrètement dans une tribune ; j’essaierai donc de révéler non pas ce qu’est la droite mais plutôt ma conception de cette droite.

Lire l’édito d’Etienne de Solages : L’instinct de droite

Je n’ignore pas mes ambiguïtés, qui parfois peuvent révéler une sorte de confusion. Je pense pourtant que se sont justement ces perceptions sortant du cadre qui permettent de créer notre vision et de faire évoluer les digues. Cependant, je suis attaché au clivage fondateur gauche/droite. Un clivage que je ne fais pas remonter pour ma part à la naissance de notre Vème République avec l’opposition entre gaulliens et socialistes, mais plutôt à une scission plus ancienne, souvent oubliée. Cette division est celle des républicains modérés. En 1905, le divorce est consommé entre l’aile libérale des républicains dits « opportunistes » et l’aile gauche laïcarde, fortement centralisatrice de Waldeck-Rousseau. Les libéraux ont décidé de former leur propre parti politique, la Fédération Républicaine menée par Auguste Isaac, qui s’est alliée avec le Bloc National aux élection législatives de 1919. A mon sens, notre droite est issue de ce mouvement qui au départ concernait une certaine élite des milieux d’affaires, aisée, qui se refusait à des compromissions avec la gauche. Auguste Isaac, qu’on peut considérer comme le descendant direct des Girondins, plutôt décentralisateurs avec l’accession d’une autonomie plus profonde des provinces, et surtout un État fort se concentrant sur ses pré-carrés régaliens. Vous pourriez ici me contester, cette filiation semble se situer plutôt du côté d’En Marche… Et pourtant non, Louis Marin succède à Auguste Isaac en 1924, c’est quelqu’un qui s’inscrit profondément à droite. Il ajoute à ce parti libéral une forte tendance catholique, surtout, conservatrice. Après, chacun peut se faire une idée sur le personnage de Louis Marin – controversé, proche des milieux nationaux. Cependant, la base élue est exactement dans l’héritage du parti Les Républicains, libérale et conservatrice.

Après ce rappel historique, auquel il serait important d’ajouter la tendance gaulliste, je vais donner un sens à ces notions. Une notion sur laquelle nous tombons facilement d’accord, c’est bien celle du conservatisme. Le conservatisme en effet nous différencie profondément de l’élite politique actuellement au pouvoir, empreinte du progressisme. Je crois à cette droite, qui n’a pas peur d’être critique à l’égard du progrès. Une droite qui s’inspire d’Alexis de Tocqueville sur ce point, qui voit en la modernité la montée d’un individualisme inarrêtable mais surtout d’un égalitarisme sans limites. Pour moi, justement, la défense de la liberté est en réalité en opposition avec l’égalité, c’est ce qu’a montré la Révolution Française qui l’a tant éloignée de la Glorieuse Révolution de 1688, fortement libérale. Notre droite doit améliorer ce qui doit l’être, mais conserver ce qui fait l’essence de notre nation. Le conservatisme – et je tombe ici d’accord avec l’édito d’Etienne de Solages – est essentiel : il permet d’unir les citoyens autour de l’objet de Nation, d’unir les citoyens autour de notre mère nature, de vivre avec son temps tout en empêchant les dérives d’un progrès qui par définition n’a aucune limite, d’où l’importance de la bioéthique. Le conservatisme n’est pas négociable à droite, car c’est par définition un héritage, une transmission, une continuité avec nos aïeux qui permet d’expliquer pourquoi nous avons conscience d’appartenir à une communauté, et pourquoi nous voulons vivre ensemble dans un même espace géographique, un même territoire. Un « instinct » en outre, c’est vraiment une notion intéressante – comme l’a écrit Etienne de Solages.  Notre contradiction se situe dans ce débat à savoir : le progressisme est-il synonyme de libéralisme ? Enfin, pour aller plus loin, est-ce que le libéralisme économique amène le libéralisme sociétal ?

Je note ici l’une des rares contradictions dans votre discours, pourquoi se dire conservateur, c’est-à-dire conserver des bases idéologiques non négociables, « mais en même temps » (je ne vous fais pas l’affront de vous comparer à notre Président) vouloir faire table rase des clivages anciens ?

Le libéralisme est pour ma part non-négociable. C’est ce libéralisme qui permet une élévation de l’individu par son travail, par son mérite, s’opposant à un État tentaculaire – comme l’explique Ivan Rioufol dans un de ses articles sur les gilets jaunes -, un léviathan (conception de Thomas Hobbes) qui infantilise les citoyens par son intervention de tous les instants. Je m’oppose frontalement à l’État-providence, car sur le principe, c’est une belle invention, mais dans les faits l’argent est mal réparti, les riches sont encore plus riches, les pauvres moins pauvres mais ultra dépendants, et les classes moyennes de plus en plus pauvres, alors que ce sont elles qui sont les piliers du système. C’est par le libéralisme que cette « classe », ou peut-être plutôt ce groupe économique, peut à terme s’émanciper par son travail. Je critique l’ultralibéralisme, avec la privatisation de pouvoirs régaliens ou de première nécessité qui ne permettent pas des garanties sur les services de l’État, et je suis ici plutôt dans une approche de droite sociale. L’État doit se concentrer sur ces aspects-ci mais doit libérer complétement les autres domaines non-essentiels, on pense au code du travail qui doit être régulé en concertation avec les différents acteurs et non par une bureaucratisation centralisée. Il en est de même avec la décentralisation et la déconcentration, plus d’autonomie est essentielle afin de réduire la charge de notre État central. Cependant, la droite souffre d’un mal important, la confusion sémantique faite entre libéralisme et néolibéralisme. Le libéralisme doit permettre de manière interne la liberté d’entreprendre, la libre concurrence et le respect des libertés individuelles de chacun. En revanche, le libéralisme ne doit pas placer l’économie de marché au-dessus des États-nations, le libre-échange au-dessus des productions nationales, le citoyen monde au-dessus de la Nation. Ces dérives sont la conséquence de l’idéologie néolibérale, aussi appelée mondialiste, théorisé dès la fin de la guerre froide par Francis Fukuyama dans la Fin de l’histoire et le Dernier Homme, avec la disparition de l’État au profit d’un marché mondial, bref, d’une société globale. C’est d’ailleurs la position de Jacques Attali s’étonnant du système étatique dans la prise de décision, préférant la mise en place d’un gouvernement mondial.

L’alliance entre les notions conservatrices et libérales a déjà montré sa capacité à relancer des pays, à conserver des héritages en alliant économie et société. Nous notons la révolution libérale des années 1980, avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan, voire le gouvernement 1986-88 de Jacques Chirac, une synthèse parfaite entre les deux notions. Cette thèse fut défendue avec un certain succès chez les militants de droite, comme le prouve la primaire de la droite de 2017 et la victoire écrasante de François Fillon avec un programme mêlant conservatisme de Sens Commun et libéralisme à la britannique. Justement, c’est ce conservatisme qui permet d’éviter un néolibéralisme envahissant notamment avec l’Union Européenne. En tant que conservateur, je veux conserver le clivage fondateur socialiste/libéral, et en tant que conservateur cette valeur n’est pas négociable.

 

Joseph Gallard

Article écrit par Auteur Ponctuel

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