Des effets secondaires et des leçons9 min de lecture

Nous sommes en guerre depuis le 17 Mars. C’est du moins ce que le chef des armées a déclaré dans son allocution à la Nation. Drôle de guerre que celle dont le combat consiste à rester chez soi.
Factuellement la France est en état d’urgence sanitaire depuis le discours présidentiel, et légalement depuis le vote de la commission mixte paritaire du parlement le dimanche 22 Mars, publiée le 23. Nous sommes donc aujourd’hui obligés de sortir munis d’une attestation sur l’honneur pour aller faire les courses, pour se rendre au travail, ou pour aller faire un peu d’activité physique.
Les frontières de l’espace Schengen sont fermées, et la plupart des avions cloués au sol. Les rassemblements sont évidemment interdits et le premier ministre avertissait le 19 Avril que le retour à la normale ne s’opèrerait pas avant plusieurs mois après le déconfinement prévu pour le moment le 11 Mai. Cependant, tout nuage a sa frange d’or, aussi noir soit-il, et tant qu’à être confinés chez nous, il peut être bénéfique d’effectuer un diagnostic, une analyse de ce que nous pouvons observer, tant par le truchement médiatique que par nos propres yeux, pourvu qu’on veuille bien se donner la peine de regarder par-dessus sa clôture.
Nous essaierons ici de montrer en plusieurs parties les failles du système que la crise révèle, les faiblesses dues aux individus qui le composent, comment il réussit à saborder jusqu’aux plus petites initiatives qui pourraient l’assister dans son agonie, ce que la crise révèle des personnes formées au moule de ce système, avant d’en observer cependant des effets secondaires encourageants
Une déshumanisation de la loi et de l’administration
Le principe d’égalité qui est le plus important dans le système politico-juridique français avec celui de liberté a une conséquence immédiate qui est une systématisation de la règle et un affranchissement de la réalité. Les lois qui ont été votées et les décrets qui ont été adoptés depuis le début de cette période sont pensés à Paris, influencés par la réalité du dessous des fenêtres de Matignon, mais sûrement pas par celle de Bessey en Chaume, village perdu de Côte d’Or, ni par celle de Lopérec, village morbihanais. Dès lors, la rencontre entre la règle et son application sur le terrain prend souvent l’apparence d’un choc. Prenons l’anecdote de cet homme d’âge respectable, verbalisé pour défaut d’attestation dans son village de 86 âmes alors qu’il se rendait de sa maison à son potager. Prenons l’exemple plus général de la limitation de la sortie au kilomètre avoisinant le domicile. Si la règle prend tout son sens en milieu urbain, elle sonne bien creux dans la campagne morvandelle, où l’on croise difficilement plus d’humains dans les 20 kilomètres avoisinants que dans son propre jardin.
Alors dira-t-on, c’est justement aux gendarmes et à la police de pondérer l’application de la loi. Encore une fois, le réel, toujours lui, donne une autre réponse. Quelle que soit la raison de cet état de fait, force est de constater que cette adaptation n’existe que peu ou prou. Et cela s’explique au moins en partie par les sous-effectifs des forces de l’ordre, qui bien souvent doivent couvrir, à 15 gendarmes et 3 véhicules une quarantaine de communes, le record étant détenu par la brigade de Vitteaux et ses 59 localités. Une fois de plus, la crise met en lumière une faille béante du système français, après celle du service de santé. Car à l’inverse, les émeutes dans ce que nos voisins d’outre- Manche nomment sobrement no-go zones se multiplient, particulièrement depuis le 19 avril et le regrettable accident de Villeneuve. Là encore, on constate l’impuissance des forces de l’ordre, face à une population turbulente au sein de laquelle le confinement semble n’avoir été respecté que le temps que les caméras de BFMtv passent. En effet entend-t-on, le COVID 19 est une maladie de blanc, qui dès lors n’intéresse pas les victimes éternelles de l’exploitation blanche. La responsabilité individuelle a pris la fuite et laisse la place au communautarisme, sujet sur lequel on reviendra plus bas.

Puisqu’on en parle, quel plus beau symbole de la disparition de la responsabilité individuelle que cette fameuse attestation, signée et établie par le porteur lui-même. Il est tout d’abord important de noter que la France est strictement le seul pays du monde à employer ce système. Si vous désirez en savoir un peu plus sur le confinement ailleurs en Europe et dans le monde, je ne puis que vous conseiller l’excellent podcast du Plumeau, portant sur cette intéressante question. Répondre tout simplement à une éventuelle question de forces de l’ordre sur la raison de notre sortie ne suffit plus, il faut maintenant l’écrire sur un papier, qui d’ailleurs ne procure aucune sécurité à l’information qu’il porte puisque je suis libre d’emporter une autre attestation vierge qui prenne le relai en cas de besoin. A force de marteler le mot « droits » aux individus, le système libéral lui a fait oublier qu’il a avant tout des devoirs. La conséquence était inéluctable : au lieu de chercher à accomplir au mieux ses devoirs, l’individu du 21ème siècle cherche à profiter au mieux de ses droits.

Des failles systémiques aggravées par l’incompétence et l’hypocrisie totales des dirigeants
Le discours du 13 avril d’Emmanuel Macron mériterait à lui seul un article tant il est une démonstration de la fuite du bon sens : prenons un exemple criant : un des rares consensus scientifiques sur le COVID19 est son fort taux d’assymptomatiques, qui approche les 75%. Pourtant le président nous annonçait qu’il faudrait dépister les personnes présentant des symptômes et que dépister les autres n’avait pas de sens. Je ne crois pas être le seul à m’être cogné le front avec la main à ces paroles.
Mais ce discours n‘est qu’un exemple de ce que nous disent les responsables politiques depuis avant le confinement, et la liste de leurs contradictions commence à être plus longue que celle des difficultés à surmonter pour mettre en scène Lorenzaccio, qu’elles soient des contradictions chronologiques ou politiques : faisons une liste non exhaustive, qui s’allongera sans doute encore d’ici à ce que cet article soit publié : Des déclarations de Mme Buzyn sur l’impossibilité de voir le virus arriver en France à l’autorisation pour les musulmans de fêter le Ramadan entre eux accordée à demi-mot par le préfet des Bouches- du-Rhône Emmanuel Barbe, en passant par les propos déconnectés de la porte-parole du gouvernement sur les masques, et à l‘évocation d’un gouvernement d’union nationale où le parti pour lequel un quart des français ont voté est savamment oublié, on comprend que la parole du gouvernement soit portée par une ministre dont le patronyme est Sibeth. (Et que dire du décalage du discours présidentiel de deux minutes pour laisser le bon peuple applaudir ses héros ; contentez- vous de cela chers médecins et personnels de santé, parce qu’il ne vous rendra pas vos budgets).
Le mot conflits d’intérêts est quant à lui savamment occulté par la gent servilo-médiatique, et pourtant ils sont légions, entre les intérêts des laboratoires dans la découverte d’un remède (et dans sa commercialisation surtout), et le rôle de monsieur Levy dans le laboratoire de Wuhan dont vous noterez que dire que le Virus en sort était une fake-news il y a 2 semaines, avant qu’un prix Nobel de médecine spécialité virologie ne fournisse quelques éléments supplémentaires d’information sur le plateau de Cnews.

Mais passons à la dernière faille des individus gouvernant et posons la question franchement : les banlieues sont-elles encore républicaines ? Il y a bien longtemps qu’on a compris qu’elles ne sont plus françaises, mais l’on s’abritait toujours sous l’illusion qu’elles respectassent encore le pacte républicain. C’est maintenant de l’histoire ancienne puisqu’en cette période de crise, ses habitants se montrent incapables de la moindre solidarité et vont même jusqu’à redoubler dans la commission de délits malgré la nécessité de décharger le service public d’un maximum de ses sollicitations. Et là encore, les gouvernants font preuve d’un angélisme des plus naïfs, notamment au travers de la fameuse réaction de l’inénarrable Sibeth : c’est à cause des logements trop exigus… Circulez, il n’y a plus rien à voir.
Réduction à néant systématique des décisions pragmatiques
Si le débat existait encore, la crise l’aura aussi fermé : je parle bien sûr de la décentralisation et de la fameuse tradition jacobine de l’état français, chères aux professeurs de collectivités locales. En effet, la décentralisation semble elle aussi se faire en télétravail, depuis les bureaux de Matignon. Comprenez qu’elle n’existe plus, que l’illusion est terminée. Certains édiles avaient en effet pris la décision d’instaurer des couvre-feux au vu des circonstances et paramètres locaux, tel que la mairie de Béziers, ou bien d’ordonner le port obligatoire du masque. Ces décisions ont toutes été attaquées et cassées. On revient encore une fois à l’impossibilité de la prise en compte des circonstances locales dans l’application de la loi, et ces décisions, prises en toute conscience selon les mots même du ministre de l’intérieur ressemble à s’y méprendre à du sabordage. Nul doute que les administrés sauront cependant se souvenir des décisions prises par leurs maires.

Cet establishment légal, ce fonctionnement sclérosé où Paris tient lieu d’Alpha et d’Omega pour à peu près toutes les décisions a cependant reçu ce qu’on pourrait qualifier de bon coup de pied aux fesses éducatif de la part du naguère peu connu professeur Raoult. Ses prises de position couplées à son indépendance et son insolente réussite a passionné les médias et les lecteurs car il incarne en quelque sorte cet affrontement entre le jacobinisme traditionnel et la volonté de plus en marquée des périphéries de relever le défi d’excellence proposé par Paris dans beaucoup de domaines. La volonté affichée par certains de bloquer toute possibilité de recevoir « le traitement du professeur Raoult» et le revirement aussi discret qu’inattendu dans la permission de prescrire de l’hydroxychloroquine a révolté une grande partie de l’opinion française, et cela n’a pas échappé à Jupiter churchillien dans le lexical duquel le mot humilité a fait une entrée fracassante le 13 au soir.
La France big brother : entre délation urbaine et entraide de voisinage
Qu’en est-il du peuple, de ceux sur qui s’exerce le pouvoir pour reprendre la définition de Michel Onfray ?

On remarque deux tendances qui se détachent nettement.

La première école sature les standards de la police, dénonçant tout agissement qu’ils considèrent comme manquant aux règles du confinement, l’exemple le plus grotesque restant sans aucun doute celui de la dénonciation de la veillée pascale célébrée en l’église saint Nicolas du Chardonnet, qualifiée de clandestine par la communauté médiatique bien que totalement légale et annoncée ; à cela on peut ajouter les individus au confortement indigne qui, par peur du virus, ont demandé voire forcé des personnels de santé à quitter leurs logements. La France big brother, celle de 1984.
Fort heureusement, big Brother c’est aussi le grand frère, et ces comportements apparaissent contrebalancés par un mouvement plus discret mais non moins vaste de solidarité ; c’est par centaines que se comptent les initiatives de fabrique de masques, blouses et gel hydroalcoolique, par milliers celles d’entraide entre voisins, particulièrement quand ceux-ci sont âgés. L’engagement volontaire dans les EPHAD ou dans les services hospitaliers demandant peu de temps de formation tel que les buanderies a séduit de nombreux jeunes prêts à donner de leur personne.
Et cela nous conduit à ce qu’on pourrait appeler les leçons du COVID :

Depuis un mois, les français redécouvrent ce qui constitue les fondements même de la vie : leur couple, leur partenaire, leurs enfants, la vie de famille. Dans les campagnes ressuscitent les circuits courts, et c’est avec bonheur qu’on voit les villageois se réapprovisionner dans les fermes plutôt que dans les supermarchés, ces derniers ayant d’ailleurs augmenté leurs prix depuis le début du confinement, ou dans les petites boulangeries traditionnelles. Les beaux jours revenant, ils sont nombreux ceux qui se sont découverts une main verte et ont décidé de cultiver leur jardin.
D’autres encore ont décidé de se remettre à la lecture, et certains, à l’heure où les contacts humains sont limités, se sont attelés à l’apprentissage d’une langue étrangère. En un mot, les français semblent s’éveiller à la réalité.

Les conséquences pour l’après confinement sont nombreuses : outre les bouleversements politiques qui pourraient se produire, la vie de tous les jours pourrait s’en trouver à jamais changée. Certaines entreprises ont découvert que le télétravail peut être tout aussi praticable qu’au bureau, cette solution pouvant séduire certains travailleurs, qui éviteraient ainsi la fièvre des transports en commun. Les modèles économiques se retrouveraient eux aussi chamboulés.
Mais le plus important, c’est qu’il semble que les français aient retrouvé le sens de la communauté et celui de l’essentiel: communauté familiale, communauté de quartier, de village, mais aussi communauté de profession, où l’artificielle inimitié salarié/patron a cédé le pas à la nécessaire coopération. Les communautés artificielles ont sauté, et l’on n’entend plus que comme un écho la voix de fausses communautés LGBT etc… en revanche les français découvrent le communautarisme étranger sur le sol français, et son peu d’entrain à la solidarité avec les autochtones. Le retiendront- ils longtemps cependant ?

Quant à l’essentiel, toutes les activités étant interrompues, le français se retrouve confronté à lui- même sans autre ressource que de se redécouvrir et de chercher à remplacer les plaisirs auxquels il n’a plus accès : il redécouvre la lecture, la chaleur du foyer. Restaurants et fast-food clos, il s’improvise cuisinier et après quelques balbutiements y découvre un plaisir certain et en vient peut- être même à oublier le goût du kebab pour y préférer celui de sa ratatouille. Il s’aperçoit alors que le « pecno » dont il s’est toujours moqué est celui qui le nourrit de ses légumes et de ses bêtes et que s’il peut survivre à l’arrêt de la Ligue 1, rien ne serait moins sûr à celui de Maurice. Cette situation où les projecteurs se braquent sur les personnes véritablement essentielles à la société, paysans, artisans locaux, infirmières, médecins et pompiers, offre à réfléchir au français confiné.
Il ne reste plus à espérer que ces leçons s’inscrivent dans leurs têtes, et qu’elles n’en sortent pas, tel… l’eau du tonneau des danaïdes.

DJB

Article écrit par Auteur Ponctuel

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