Brexit : can you please remove the flag?3 min de lecture

C’est fait. Hier, en fin d’après-midi, les députés européens réunis à Bruxelles ont validé, à une très large majorité (621 voix pour, 49 contre), l’accord négocié par les équipes de Boris Johnson. Trois ans et demi après le référendum qui a fait trembler l’Europe, le Brexit sera officiel demain, vendredi 31 janvier 2020. Hier après-midi, dans les travées du parlement, l’heure était aux pleurs et aux grincements de dents.

Sans tomber dans l’écueil du récit de session parlementaire, il apparaît nécessaire de revenir sur certains des événements qui ont émaillés cette journée historique, tant leur portée est symbolique. Il faut d’abord s’arrêter sur l’intervention de Nigel Farage, venue conclure vingt-cinq années de combat acharné contre l’Union Européenne. Le leader du Brexit Party a, en quelques minutes, résumé toute la défiance qu’inspirent ces institutions européennes aux anglais. Il a brocardé un projet de marché commun devenu fou en prétendant prendre les apparences d’une organisation politique, et souligné le mépris de ses collègues eurodéputés à l’égard de ses positions eurosceptiques («you stop laughing in 2016»). Il a surtout foudroyé les prétendus démocrates qui, pendant des années, se sont fort peu souciés de l’avis des peuples européens :

« En 2005, j’ai vu le projet de constitution refusé par les français lors d’un référendum ; je l’ai vu refusé par les néerlandais lors d’un référendum ; et je vous ai vu vous, dans cette institution, ignorer ces référendums avec le traité de Lisbonne ».

Entouré des élus du Brexit Party, Nigel Farage a conclu son intervention en brandissant un petit exemplaire de l’Union Jack. Celui-la même qui, à l’instar de tous les drapeaux nationaux, est interdit au sein du parlement, les eurodéputés étant sensés représenter «l’ensemble des citoyens européens» et non leur seule nation (article 10 du règlement intérieur). Cette règle, jamais appliquée jusqu’à présent, curieusement réanimée ces derniers jours par les instances décisionnaires du parlement, a suffit à la présidente de séance, Mairead McGuinness, pour faire couper le micro de Farage, et exiger qu’il fasse disparaître son drapeau. La scène est troublante : confrontée à ses plus terribles défaillances, l’Union Européenne répond de la pire des manières, en pinaillant sur le règlement tout en faisant affront à l’étendard anglais. Faut-il que ces gens soient à ce point indifférents au sentiment national, pour ne pas anticiper la bêtise de cette réaction ?

A 18h30, les résultats du vote sont connus. L’annonce va donner lieu à une nouvelle scène surréaliste, cette fois encore particulièrement révélatrice de l’état d’esprit qui anime les pensionnaires du parlement européen. D’un seul homme, plus de six cents euro-députes se lèvent, se prennent par la main, et entonnent la version anglaise de «Ce n’est qu’un au revoir». L’émotion est palpable, les visages fermés, les larmes coulent. Les eurodéputés socialistes anglais brandissent des écharpes «Toujours unis». Comme si, en quittant l’UE, les anglais se condamnaient à une mort politique et économique. Comme si en dehors de l’UE n’existait point de salut. La scène pourrait franchement faire rire, si elle ne témoignait pas de la foi quasi mystique des partisans les plus acharnés de l’Union Européenne. Ceux-là ne céderont jamais face à la volonté populaire, et à la fin annoncée de leur monde.

Plus de trois ans après, les brexiters continuent à être mis au ban ; on les regarde comme des impurs, comme ceux qui ont osé défier le système. La journée d’hier l’a largement démontré. Le Brexit n’est d’ailleurs pas qu’un défi, ou un simple échec : c’est surtout une brèche immense, dont profiteront sans aucun doute d’autres pays dans les prochaines années. L’avenir dira si le 31 janvier 2020 aura marqué le début de la fin de l’Union Européenne, où un simple accident de parcours. Outre-Manche, l’avenir n’est bien sur pas tout rose, et les incertitudes sont nombreuses. Mais les premiers signaux se veulent encourageant. Le triomphe de Boris Johnson, en décembre dernier, semble avoir été le coup d’envoi d’une nouvelle droite, populaire et sociale. L’augmentation du SMIC anglais et l’investissement dans les services publics (NHS et nationalisations de chemins de fer) annoncent la couleur : quitter l’Union Européenne, c’est aussi quitter la sacro-sainte sociale-démocratie, dont l’échec est consacré, et tenter de nouvelles aventures politiques.

Bien sur, le Brexit ne va pas miraculeusement régler l’intégralité des problèmes anglais.

Bien sur, le Brexit portera aussi son lot de conséquences négatives, l’unité nationale en tête.

Bien sur, les négociations ne sont pas terminées, et les liens qui uniront l’Union Européenne aux anglais sont encore flous.

Bien sur, la situation des anglais au sein l’Union Européenne était particulière, et peu comparable à la notre.

Mais une première étape historique a été franchie hier. La promesse de Boris Johnson, «let’s get Brexit done !», est tenue. Charge à lui de réussir son pari politique, et de pérenniser cette nouvelle donne. En attendant, il nous reste à nous donner les moyens de l’imiter. Comme l’a dit Nigel Farage lors de son intervention hier, s’adressant aux eurodéputés : « Vous pouvez détester le populisme, mais je vais vous dire une chose amusante : c’est de plus en plus populaire !« 

Article écrit par Étienne de Solages

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