Bilan des municipales : RN et EELV en embuscade, déception pour LR et LREM5 min de lecture

Dans un contexte très particulier, marqué par l’épidémie du coronavirus, les Français étaient appelés aux urnes avant-hier. De cette situation tendue, un certain nombre de tendances se dégagent ; entre une abstention historique et un Premier ministre en grande difficulté, retour sur les principales dynamiques des forces en présence au soir du premier tour de ces élections municipales.

 

Le RN confirme, LREM sur deux jambes

 

Le Rassemblement National et La République en Marche ont beau polariser la scène politique nationale depuis plus de deux ans, la donne est différente aujourd’hui. Face à la difficulté de l’ancrage local, les deux partis n’affichaient pas de grandes ambitions quelques jours avant le scrutin. Toutefois, les deux frères ennemis avaient chacun leurs objectifs dans quelques lieux stratégiques. Et, comme lors des dernières élections européennes, c’est le RN qui tire son épingle du jeu, et avec la manière. Ayant affiché sa volonté de conserver les municipalités déjà conquises en 2014, les cadres du parti pourront se satisfaire d’avoir été bien au-delà. C’est en effet un véritable plébiscite pour les maires frontistes sortants : à Béziers, Robert Ménard est réélu avec plus de 68% des voix, à Fréjus, David Rachline recueille 51,5% des suffrages, ou encore à Beaucaire, Julien Sanchez conserve son fauteuil de maire avec près de 60% des bulletins. A Perpignan, ville de 120 000 habitants convoité par le RN de longue date, Louis Aliot arrive en tête avec 35,7%. Largement devant le maire LR sortant, sa victoire est plus que probable dans la cité catalane. Enfin, le mouvement de Marine Le Pen continue son implantation dans de nouveaux départements. En Gironde par exemple, quelques listes soutenues par le parti réalisent des percées.

Au sein de l’Etat-major LREM, l’ambiance ne doit pas être au même euphorisme. Le principal point noir de ces élections provient de la situation au Havre, où le premier ministre Edouard Philippe est dans une passe difficile. Arrivé certes en tête avec près de 43,6% des suffrages, le communiste Jean-Paul Lecoq le suit de près avec un score de 35,9%. Le second tour s’annonce compliqué, notamment car le report de voix est très défavorable à l’actuel locataire de Matignon. Pour l’heure, il est impossible d’établir des pronostics clairs ; l’issue du scrutin dépendra de la capacité de Jean-Paul Lecoq à fédérer les voix de gauche et du RN autour de sa candidature. La situation est d’autant plus gênante que d’autres cadors du gouvernement actuel ont réalisé de très bons scores dans leurs fiefs respectifs. C’est le cas du ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, élu avec plus de 60% des voix à Tourcoing. Pareil pour Franck Riester, ministre de la Culture, qui recueille 59% des bulletins de vote exprimés à Coulommiers. Or, il est impossible que cela n’ait pas de répercussions politiques : dans le rapport de force gouvernemental, Philippe va perdre en crédibilité et se retrouver avec des « super ministres », renforcés par le suffrage universel.

Pour le reste, la situation de la majorité présidentielle dans les autres villes de France n’est guère reluisante. A la suite d’une campagne chaotique, les choses tournent au fiasco à Paris pour Agnès Buzyn et Cédric Villani. A Lyon, fief de Gerard Collomb, LREM s’est fait surprendre par les écologistes. A Bordeaux, initialement convoité par le parti, le marcheur Thomas Cazenave se maintient péniblement au second tour avec 12% des suffrages et sans chance de victoire.

A Marseille c’est pire, puisque le candidat de la majorité n’atteint même pas les 10%. François Bayrou, que consulte régulièrement le Président de la République, est quant à lui mis en ballotage à Pau.

 

Percée des écologistes, LR et PS en demi-teinte

 

Les écologistes sont sans aucun doute ceux qui ont le plus motif à satisfaction aujourd’hui. Pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, EELV confirme ses bonnes dispositions actuelles après le scrutin des Européennes. C’est ainsi que le parti réalise des percées dans quelques-unes des plus grandes métropoles françaises : à Lyon d’abord, où un novice en politique, Grégory Doucet, arrive en tête avec 29% des suffrages. Également à Bordeaux, où l’écologiste Pierre Hurmic réalise un excellent score de 34,5%. De même à Toulouse, la liste hétérogène soutenue par EELV talonne le maire sortant. Enfin, à Grenoble, l’actuel maire Éric Piolle est arrivé en tête en position favorable avec 46,7% des voix. Ces bons scores viennent confirmer la stratégie gagnante de l’eurodéputé Yannick Jadot, qui prône une écologie transpartisane au détriment d’un ancrage à gauche.  Toutefois, mieux vaut conserver la tête froide avant le second tour : les écologistes sont en effet les champions attitrés des divisions internes. De plus, le report de voix en faveur des listes EELV semble assez limité dans les métropoles précédemment citées ; bref, les bonnes performances du premier tour ne laissent pas forcément augurer la conquête de nouvelles mairies.

La conquête de nouvelles mairies, ce n’est pas non plus le maître mot chez LR et le PS depuis hier. Alors que les deux anciens partis de gouvernement comptaient sur leur ancrage local pour se refaire une santé politique, les évènement s’avèrent plus compliqués que prévus. Le Parti Socialiste parvient à sauver les meubles : il est en bonne voie pour conserver un certain nombre de ses fiefs. Les villes de Nantes, Lille, Rennes, Dijon, Clermont-Ferrand ou encore Le Mans ont ainsi de très fortes chances de rester aux mains des socialistes. Et, évidemment, les cadres du parti peuvent se satisfaire de la situation à Paris, où Hidalgo est en position de force pour le second tour. Les LR par contre ont des raisons d’être inquiets. Alors que les sondages laissaient entrevoir une dynamique autour d’un certain nombre de leurs candidats, les désillusions sont nombreuses. Dans la capitale d’abord, où Rachida Dati se trouve distancée par sa rivale de gauche, au nez et à la barbe des commentateurs politiques. Grosse surprise également à Bordeaux, où le successeur d’Alain Juppé, Nicolas Florian, ne devance le candidat écologiste que de 96 voix.Aux mains de la droite depuis 1947, la « belle endormie » pourrait bien connaître l’alternance d’ici peu. Même situation à Toulouse, où le maire sortant Jean-Luc Moundec, soutenu par LR et LREM, est dans une situation compliquée au second tour face aux candidatures de gauche. Ce premier tour consacre par ailleurs le triomphe des maires « macro-compatibles » : Estrosi à Nice, ou bien Christophe Béchu à Angers. Tout au plus, la droite peut-elle se consoler avec la première place de Martine Vassal à Marseille.

 

Une extrême-gauche absente et une abstention inquiétante

 

La France Insoumise est complètement effacée dans ce scrutin. Si Jean-Luc Mélenchon avait pris la décision de ne pas engager les figures de son mouvement dans la bataille électorale, les quelques listes étiquetées n’ont généralement pas les moyens de se maintenir au second tour. De manière plus générale, l’extrême-gauche est en perte de vitesse totale dans cette élection. Seuls deux communistes parviennent à tirer leur épingle du jeu : l’ancien candidat à la présidentielle Philippe Poutou à Bordeaux (11,77%) et Jean-Paul Lecoq au Havre (35,87%), qui mène la bataille face au Premier ministre.

Finalement, la clé de ce scrutin semble avoir été l’abstention. Celle-ci est massive, autour de 55% au niveau national (pour rappel, elle était de 36,5% en 2014). Ce rejet des urnes, dû en très grande partie à la crainte de l’épidémie du coronavirus, risque d’avoir des conséquences sur la légitimité des nouveaux élus. On compte près de 75% d’abstention dans une centaine de villes. A Bordeaux, une des plus grandes villes de France, la participation ne s’élève qu’à 37%. Deux tendances se dégagent de ce phénomène : les maires sortants semblent avoir été favorisés par ceux qui se sont déplacés, et les candidats LR et LREM ont probablement été défavorisés du fait de la très faible participation des retraités, qui constituent une part importante de leurs électorats.

 

Le premier tour de ces élections municipales livre donc un certain nombre de tendances sur l’état des forces politiques locales. En premier lieu, le RN poursuit son implantation avec succès, et semble en mesure de remporter une ville de plus de 100 000 habitants ; Perpignan. LREM connait un succès mitigé, et peut nourrir quelques regrets quant à la situation à Paris et au Havre. Les partis traditionnels, LR et PS, conservent la plupart de leurs bastions mais sont également menacés dans certains autres. La droite classique pourrait ainsi perdre Bordeaux, pour la première fois depuis 1947. Enfin, les écologistes enregistrent une percée monumentale, en particulier à Lyon. Quelques municipalités vont connaître un second tour historique, qu’il faudra suivre avec la plus grande attention ; Le Havre, Perpignan, Marseille et Bordeaux entre autres. Mais surtout, l’abstention historique doit inciter à une grande humilité au sein de la classe politique. Certains maires sont ainsi réélus par les suffrages d’un habitant sur cinq, voire un habitant sur six. Cette situation risque de poser des questions sur la légitimité des élus à diriger une ville entière. Au risque de continuer à accroître le fossé entre le maire et ses administrés dans les grandes villes.

Article écrit par Elouan Picault

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