Balkany, le Magnifiquelecture express

Clap de fin, rideau, ovation. Après avoir embrassé sa femme et son fils, Patrick Balkany a quitté cet après-midi le tribunal correctionnel de Paris, encadré par deux policiers. Direction la prison de La Santé, où il restera au moins jusqu’au 18 octobre, date à laquelle seront mises en délibérées les accusations de blanchiment et de corruption. Entre 2010 et 2015, le couple Balkany aurait dissimulé au fisc quatre millions d’euros de revenus. Une «atteinte à la démocratie», selon le parquet, qui coûtera quatre ans de prison ferme à l’édile levalloisien – 3 ans pour sa première-adjointe et épouse, Isabelle.

La condamnation d’un politicien véreux, plus attaché à ses rentes qu’au service de la cité, est habituellement un sujet de satisfaction unanime. Pourtant, l’auteur du présent article ne peut s’empêcher d’éprouver pour le couple Balkany une sympathie un peu honteuse, mélange d’admiration et de connivence. Personnage romanesque au dernier degré, Balkany fascine autant qu’il agace. Fils d’un juif hongrois immigré ayant fait fortune dans le prêt-à-porter, il fait son entrée en politique à 28 ans, non sans avoir auparavant entamé une carrière d’acteur jamais tout à fait abandonnée. Installé à Levallois-Perret en 1981, il est élu maire à cinq reprises et passe 24 années sur les bancs du Palais-Bourbon. 38 ans, onze affaires judiciaires, et des centaines de punchlines légendaires plus tard, Patrick Balkany tire sans doute sa dernière révérence à Levallois-Perret. Hier encore, il en arpentait les rues, tranquille, sourire goguenard aux lèvres en se moquant des journalistes de Quotidien. Les scandales à répétition n’auront jamais totalement réussi à brouiller les levalloisiens et leur fantasque maire ; le 21 juin dernier, après cinq semaines d’un procès éreintant, il avait passé des heures sur scène, pour la fête de la musique, littéralement déchaîné devant une foule en délire.

Balkany, c’est ce Robin des Bois un peu louche, qui vole aux riches pour le rester lui-même. Un opportuniste, ne négligeant ni les intérêts de Levallois ni les siens, maîtrisant à la perfection cet art si délicat qui consiste à redistribuer aux bonnes personnes les millions amassés au fil de l’eau. C’est aussi une saga judiciaire unique par sa longévité, mêlant le drame à la comédie. C’est, enfin, l’invraisemblable amalgame entre l’insolence des films d’Audiard, le panache d’Edmond Rostand, et la cupidité des Thénardier. 

Dans son jeune temps, le maire de Levallois se rêvait acteur. C’est finalement grâce à la politique qu’il est devenu ce qu’il a toujours voulu être : Balkany, le Magnifique.

Article écrit par Étienne de Solages

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