L'Étudiant Libre

L’Europe de l’Est en péril et le silence de l’Occident

Depuis plusieurs jours et semaines, l’Europe de l’Est est confrontée à de fortes tensions naissantes. Certaines ne sont autre que le fruit de la résurgence de certains conflits majeurs, comme c’est le cas entre l’Ukraine et la Russie ou encore entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Mais, fait plus rare dans l’histoire de l’Europe, des tensions touchent l’intégrité même de l’institution européenne à la frontière polonaise et bélarusse. En cause l’amassement de milliers de migrants par le Bélarus, utilisés comme armes géopolitiques.
La frontière polonaise est en proie à une grave crise avec l'amas de migrants à sa frontière avec la Biélorussie. (Crédits : Pixabay)

Ces trois conflits, bien que de nature différente, témoignent cependant tous d’une même analyse et d’une dynamique commune : la faiblesse de l’Occident. Je vous propose ici de revenir en détail sur les événements de ces derniers jours en abordant ces différents conflits de manière singulière.

La situation aux frontières polonaises et bélarusses

Le 2 septembre dernier , le gouvernement polonais avait annoncé la proclamation de l’état d’urgence à sa frontière avec le Bélarus. Pour cause, la situation devenait de plus en plus critique devant l’afflux massif de milliers de migrants. Cette crise orchestrée par le Bélarus de Loukachenko existe car le pays souhaite déstabiliser l’Union européenne afin de répondre aux sanctions économiques occidentales sur cette « enclave russe ». La Russie d’ailleurs selon Varsovie serait derrière cette tentative d’affaiblissement, accusée d’être le « cerveau » du conflit actuel. Même si l’Union européenne ne désigne pas directement Moscou comme responsable, il est clair que l’allié russe ne cache en tout cas pas sa joie de voir la situation s’envenimer. La Russie qui essaye également de son côté de se venger des accusations européennes qu’elle reçoit sur sa politique d’annexion contestée et sur son mode de gouvernement liberticide, tente de déstabiliser l’Union européenne depuis des années, notamment en Ukraine dont nous parlerons un peu plus tard. Mais revenons à la Pologne.

Afin de se protéger des invasions migratoires, ce pays déjà martyr de l’Histoire a annoncé la réalisation d’un mur de sécurité dont les travaux débuteront en décembre, car malgré la présence de nombreuses forces polonaises volontaires, des migrants ont tout de même réussi à franchir la frontière à certains endroits aidés par les soldats biélorusses. Cependant, tous ces migrants ont été arrêtés et raccompagnés à l’intérieur des frontières du Bélarus.

La Pologne aurait pu laisser passer les migrants, ces derniers n’étant évidemment pas intéressés pour vivre dans ce pays glacial et hostile à leur présence mais n’ayant en tête qu’un objectif : celui de rejoindre le confort occidental, en France, au Royaume-Uni ou encore en Allemagne. Des pays et un mode de vie qu’ils détestent tant paradoxalement. Or, la Pologne n’a pas décidé d’adopter cette stratégie. Elle a choisi au contraire le chemin de la dignité historique, le chemin de la résistance et de l’incarnation de la défense de la civilisation européenne, au grand détriment de l’UE qui de manière indigne n’a pas soutenu la Pologne ni même félicité leur courage, mais au contraire en a profité pour couvrir de sanctions économiques et diplomatiques le pays sous prétexte qu’il serait l’incarnation d’un fascisme religieux et anti-démocratique. La Pologne a été en effet condamnée à verser des millions d’euros par jour pour violation du droit supérieur européen en terme de justice et pour violation des droits de l’Homme, avec les réformes proclamées visant à encadrer de manière plus stricte l’avortement dans ce pays très catholique.

Malgré ces attaques, la Pologne a décidé d’être forte, en accord avec la dignité historique qui la caractérise. Effectivement, ce pays meurtri par l’Histoire a subi au cours du siècle précédent des massacres abominables de la part des nazis mais aussi de l’URSS. On comprend tout à fait dès lors la volonté de la Pologne de rester digne devant les attaques d’un pays totalement soumis à l’influence russe post-soviétique. Après 1939, c’est donc une seconde fois que l’Europe laisse tomber la Pologne. Au contraire, l’Allemagne par l’intermédiaire de sa chancelière Angela Merkel a même annoncé vouloir accueillir l’ensemble des réfugiés, présentant pourtant une attitude plutôt hostile.

Les inquiétudes resurgissent en Ukraine

En ce qui concerne l’Ukraine, il ne s’agit clairement pas d’une situation nouvelle. En effet, le conflit dans cette zone géographique dure depuis plus de sept ans désormais. Si nombre de lecteurs connaissent certainement les raisons du conflit – au moins sommairement – un rappel est toujours utile cependant.

Fin 2013 éclate une insurrection d’abord pacifiste puis violente en Ukraine : c’est la Révolution de l’EuroMaïdan, en référence à la place de l’Indépendance de Kiev, lieu central de l’insurrection. Le peuple ukrainien descend alors massivement dans les rues de la capitale afin de demander l’indépendance totale du pays vis-à-vis de l’influence russe, et donc réclame la démission de son président Ianoukovitch et par la même occasion l’entrée au sein de l’Union européenne. Le gouvernement pro-russe va alors réprimer dans le sang la contestation qui devient dès lors de plus en plus violente avec plus d’une centaine de morts, et qui aboutira finalement à la fuite du président et donc l’entrée au sein de l’Union européenne de l’Ukraine. Une guerre civile éclate alors entre une population civile de l’Ouest du pays qui soutient l’influence européenne et américaine, et une population civile de l’Est qui se tourne vers l’influence russe. Depuis 2014 sévit aux frontières et dans la région du Donbass une guerre violente mais clairsemée de nombreux cessez-le-feu respectés.

La situation actuelle n’a rien de nouveau comme je l’ai dit, et n’est en réalité rien d’autre qu’un réveil du conflit. De plus, la situation géopolitique entre la Pologne et la Biélorussie n’est pas sans rapport avec cette crise, puisqu’elle incarne une logique similaire d’un régime russe souhaitant perturber l’Union Européenne par des moyens détournés. Ces deux situations en sont donc un parfait témoignage. Kiev a d’ailleurs assumé sa position, qui est qu’elle n’aurait pas de remords à tirer sur les migrants à sa frontière biélorusse. Paradoxalement, cette position ne gêne pas l’Union européenne… L’Ukraine qui d’ailleurs a elle confirmé son souhait de passer une commande importante d’armes de défense aux pays occidentaux.

Cette commande est bien évidemment tout à fait légitime afin que le pays se protège de l’invasion russe, puisque la Russie qui a déjà annexé la Crimée aimerait évidemment ajouter le Donbass et la région de Donetsk à sa liste. Les combats ont donc repris ces derniers jours et ont déjà fait plusieurs morts et blessés côté paramilitaire russe ainsi que côté ukrainien. La France ainsi que l’Union européenne ont de nouveau confirmé leur attitude, celle de la défense totale de l’intégrité territoriale ukrainienne. On aimerait évidemment les mêmes beaux discours employés pour la défense des Arméniens attaqués une nouvelle fois dans l’indifférence médiatique et politique la plus totale. Cette critique m’emmène directement à mon troisième sujet qui est la question arménienne.

L'Arménie, pourtant berceau de la civilisation chrétienne européenne et amie de longue date de la France, subit une attaque encore plus violente que celle de ses ennemis, puisque c’est celle de ses propres amis qui se taisent scandaleusement.

Thomas Bouvet

L’Arménie, un pays meurtri dans un silence ahurissant

Le conflit opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan n’est également pas nouveau. L’Arménie est un pays meurtri de l’Histoire après avoir subi l’un des pires génocides de pendant la Première Guerre mondiale, commis par les Turcs ottomans. Plus d’un siècle après, l’agresseur des Arméniens n’a pas changé. Les Turcs ottomans en sont toujours les responsables, quand bien même l’ennemi a changé de corps passant en de l’Empire ottoman à un état fantoche qu’est l’Azerbaïdjan (ce qui est d’autant plus pratique pour la Turquie).

Ce conflit similaire à celui vu précédemment présente les mêmes caractéristiques d’un conflit qui se met en suspens à certains moments, et se réveille lorsque les événements y sont favorables. Les combats ont donc repris avec une violence remarquable ces derniers jours et notamment ce mardi 16 novembre, faisant au moins 7 morts au sein de l’armée azerbaïdjanaise et 6 morts au sein de l’armée arménienne. Ces combats se déroulent dans le Haut-Karabakh, une enclave arménienne légalement rattachée à l’Azerbaïdjan après la chute de l’URSS, mais qui abrite une population de culture arménienne dirigée par un gouvernement auto-proclamé qui soutient l’Arménie. Cette région et cette querelle de territoires est la cause première du conflit actuel, mais les raisons y sont ne nous mentons pas profondément religieuses et culturelles. L’Azerbaïdjan a d’ailleurs la volonté de « désarméniser » cette région montagneuse, et d’introduire une population de culture ottomane et musulmane, afin de pouvoir ainsi récupérer ce territoire de manière plus légitime.

Ce qui marque le plus dans ce conflit est le silence assourdissant de la communauté internationale, de l’Union européenne et de l’Occident en général. L’Arménie, pourtant berceau de la civilisation chrétienne européenne et amie de longue date de la France, subit une attaque encore plus violente que celle de ses ennemis, puisque c’est celle de ses propres amis qui se taisent scandaleusement. L’Arménie et la Pologne semblent peu intéresser l’humanisme et l’empathie européenne. Il faut croire que la tradition et l’identité européenne, ainsi que leur préservation, ne sont plus des motifs pour s’insurger. Nous sommes par nos politiques les grands responsables de la mort de notre propre civilisation et de notre propre identité. Dès lors, une ultime interrogation se pose alors : que cache ce silence complice ?

par Thomas Bouvet

Thomas Bouvet

Thomas Bouvet

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email
L’Europe de l’Est en péril et le silence de l’Occident
Retour en haut