L'Étudiant Libre

Le 8 décembre lyonnais. Fête des Lumières et hommage marial

La Fête des Lumières est devenue à travers les ans un mastodonte de la vie culturelle lyonnaise. Pourtant, l’origine de ces célébrations est bien une fête mariale qui demeure ancrée dans les âmes des Lyonnais. Une procession, “Lugdunum Suum”, vers la basilique de Fourvière est d’ailleurs organisée pour la quatorzième année consécutive et a pour but de rendre au 8 décembre lyonnais son sens charnel.
Le 8 décembre lyonnais, Fête des Lumières ou hommage marial
Le 8 décembre lyonnais, une tradition à travers les âges Le lien entre les Lyonnais et la Vierge Marie remonte au IIème siècle après Jésus-Christ. Arrivant d’Asie, Saint Pothin trouve refuge dans une grotte de Lugdunum et y dépose un portrait de la Vierge, fondant ainsi le culte marial lyonnais. Au XIIème siècle, une chapelle en l’honneur de la Vierge est érigée sur la colline de Fourvière. Elle devient alors un lieu d’adoration et de pèlerinage pour tous les Lyonnais qui s’y rendent régulièrement afin de demander à Marie son intercession. Deux évènements marquants raffermissent le lien entre la Vierge et les Lyonnais. En 1638, une violente épidémie de scorbut menace les enfants de l’Hôtel-Dieu. Une importante procession s’organise rapidement et monte vers Fourvière pour demander à la Vierge son aide. Le 12 mars 1643, craignant une épidémie meurtrière de peste, les échevins et les notables lyonnais montent à Fourvière. Ils supplient Marie de protéger la ville et promettent d’organiser une procession annuelle vers le sanctuaire si la ville est sauvée. Lyon est épargnée, la procession est organisée tous les 8 septembre, fête de la nativité mariale et jour de la consécration de la ville à Marie. La procession devient un moment marquant de la vie de la cité. En 1852, le dévouement des Lyonnais à la Vierge prend un autre tournant. L’inauguration de la statue de la Vierge de Fourvière initialement prévue le 8 septembre est reportée au 8 décembre à cause d’un incident dans l’atelier du sculpteur. Ce jour-là, des animations sont prévues mais une pluie torrentielle s’abat sur la ville. A la tombée de la nuit, le ciel s’éclaircit. Un chroniqueur de l’époque relate ceci : « Tout à coup apparaissent à quelques fenêtres inconnues des lignes de feu… La ville s’était embrasée en un instant. Bientôt, il ne restait plus, sur la vaste étendue des quais, des rues, des passages ignorés et des cours invisibles, aucune fenêtre obscure. Les petits marchands, les clochers, illuminaient leurs baraques, leurs voitures et jusqu’aux bordures des trottoirs… Quelques feux de Bengale s’allumèrent sur les toits de la chapelle de Fourvière, la statue de la Vierge apparaît et la grosse cloche de Saint Jean, cet éloquent interprète des joies publiques, est lancée à toute volée. A huit heures, la population entière était dans la rue, circulant, paisible, joyeuse et attendrie. On se serrait la main sans se connaître, on chantait des cantiques, on applaudissait, on criait :  » Vive Marie !  » Les étrangers n’en revenaient pas de leur surprise, et les Lyonnais, tout remplis qu’ils étaient de cette fête improvisée, se demandaient comment en un instant une population de 300 000 âmes avait pu être saisie de la même pensée. » Les illuminations continuent les années suivantes. Celles de 1854 seront un triomphe, coïncidant avec la proclamation par le pape du dogme de l’Immaculée Conception.

De la tradition mariale à la Fête des Lumières

Au début du XXème siècle, les anti-cléricaux mènent la vie dure au culte catholique. Ils soutiennent les écoles d’État, les associations laïques et les fêtes indépendantes de la religion catholique. Ils rabaissent le 8 décembre à une petite manifestation de quartier, insistant sur son caractère récréatif et commercial. Ils en viennent même à organiser des contre-manifestations au début des années 1900 pour troubler le bon déroulement des processions. Au soir du 8 décembre 1903, le drame éclate. En signe de protestation contre les illuminations, une manifestation anticléricale se forme place Bellecour. « Une bande de trois mille individus au moins… Ils hurlent L’Internationale et La Carmagnole » affirme Le Salut public, qui signale l’absence des forces de l’ordre alors que Le Nouvelliste évoque « les apaches de la libre pensée ». Par le pont du Change, les manifestants se dirigent vers Fourvière, conspuant les maisons illuminées, brisant lampions et vitres aux fenêtres des couvents. Place Saint-Jean, le cortège se heurte à la foule des fidèles. On échange des injures. Lyon-Républicain parle de « gymnastique des poumons ». Cuirassiers et gendarmes chargent. La foule reflue dans les rues adjacentes. Avenue de l’Archevêché, près du funiculaire, un blessé reste au sol : il s’agit d’un négociant en soieries de cinquante-six ans, Étienne Boisson, ancien zouave pontifical, père de cinq enfants, habitant cours d’Herbouville et président du Comité de défense du culte de Saint-Clair. Il perd la vie ce soir-là. Les illuminations organisées ne reprennent qu’en 1949, amorçant un glissement vers un mélange des genres, donnant une place de plus en plus importante à l’opération commerciale plutôt qu’à la manifestation religieuse. Déjà, en décembre 1880, Le Courrier de Lyon déplorait ainsi « l’usage dégénéré, on danse, on rit, comme aux vogues ». La fin du XXème siècle voit le phénomène s’amplifier avec une véritable récupération par les municipalités successives de ce qui est désormais nommé « Fête des lumières », dure plusieurs jours, reçoit les télévisions nationales et le Téléthon, se dote de moyens financiers considérables et d’une armada de techniciens de l’audiovisuel qui investissent divers lieux de la ville dans une débauche de watts et de décibels. Les visiteurs affluent, pour ce qui est devenu à la fois une vitrine touristique, une opération de communication, un événement médiatique et une kermesse commerciale. En 2019, 5,5 % des visiteurs à l’occasion de l’événement étaient étrangers, chiffre qui témoigne de sa tournure internationale et commerciale. Depuis quelques années, le 8 décembre perd donc son identité charnelle et enracinée. Chaque année, les Lyonnais assistent à une fête commerciale, lumineuse et bruyante qui peut s’apparenter à une coquille vide de son sens historique. La fête des Lumières se substitue aux honneurs traditionnellement adressés à la protectrice de la ville qui veille du haut de sa tour de pierre sur la colline de Fourvière.

la Préfecture souhaite interdire Lugdunum Suum car c’est un événement qui montre l’attachement des Lyonnais à leur identité plutôt qu’à une démonstration folklorique et vide de sens. La procession a déjà rassemblé plus de 800 personnes et nous nous rassemblerons à nouveau cette année pour honorer la Vierge Marie et notre identité charnelle.

Arnaud Payre

Lugdunum Suum, ce collectif qui souhaite rendre au 8 décembre sa tradition

En parallèle des traditionnelles processions vers Fourvière aura lieu mercredi 8 décembre 2021 la quatorzième édition de la marche Lugdunum Suum, organisée par l’association « Les Petits Lyonnais ». En avril 1900, dans une atmosphère de tension entre la République laïque et l’Église catholique, le pape Léon XIII adresse une lettre au cardinal Coullié, dans laquelle il reconnaît le lien entre Marie et « son Lyon » : “Lugdunum suum” ». Cette manifestation, devenue désormais un évènement incontournable de la fête du 8 décembre, n’est pas placée sous le patronage de l’évêché comme la procession catholique partant un peu plus tôt de la cathédrale Saint Jean. Elle est ouverte à tous les Lyonnais, croyants ou non, désireux de manifester leur attachement à la dimension chrétienne de l’histoire de leur ville.

Pour l’association qui organise cette procession : “Fête de piété populaire pour le peuple des Gones et des Fenottes, le 8 décembre est devenu depuis le début du XXIème siècle un divertissement commercial sans saveur, donnant lieu à une débauche de sons et de lumières jusqu’à en faire oublier ses racines religieuses. Noyée au milieu des festivités sans lien avec notre identité lyonnaise, cette tradition devient un barnum folklorique pour touristes. Il était temps que le 8 décembre redevienne une fête du peuple Lyonnais qui honore sa Protectrice et c’est donc avec humilité que nous organisons une grande procession silencieuse aux flambeaux.

Cette procession est cependant régulièrement interdite par la Préfecture depuis 2013. Sous couvert de protéger les Lyonnais du risque terroriste, elle limite l’événement à un rassemblement sur l’esplanade de Fourvière ou dans le Vieux-Lyon. Ces décisions semblent être motivées par une volonté politique. Ce sont en effet les identitaires lyonnais qui organisent Lugdunum Suum depuis 14 ans sous la bannière des Petits Lyonnais. Dans un arrêté pris le mercredi 28 novembre 2018, le tribunal administratif de Lyon avait cassé l’arrêté pris le 6 décembre 2017 interdisant la “marche culturelle en hommage à la vierge Marie” qui devait se tenir le 8 décembre de l’année précédente. Pour les juges, l’arrêté du 6 décembre 2017 n’a pas été précédé d’une procédure contradictoire “ce qui a privé les requérants de la possibilité de faire valoir leurs observations, alors que l’administration ne démontre pas, ni même n’allègue, qu’une situation d’urgence aurait permis de justifier l’absence de contradictoire préalable.” La procédure ayant conduit à l’arrêté étant irrégulière, le tribunal avait annulé cette décision. L’État a par ailleurs été condamné à rembourser 1200 euros de frais. Le 25 novembre 2020, le tribunal administratif de Lyon leur a donné à nouveau raison en annulant l’interdiction de l’édition de 2019.

Selon Marc, un des organisateurs, “la Préfecture souhaite interdire Lugdunum Suum car c’est un événement qui montre l’attachement des Lyonnais à leur identité plutôt qu’à une démonstration folklorique et vide de sens. La procession a déjà rassemblé plus de 800 personnes et nous nous rassemblerons à nouveau cette année pour honorer la Vierge Marie et notre identité charnelle.

Cette année, entre le contexte du Covid-19 et les interdictions à répétition, la procession Lugdunum Suum se tiendra donc contre vents et marées à Lyon pour la quatorzième année consécutive.

par Arnaud Payre
Arnaud Payre

Arnaud Payre

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