L'Étudiant Libre

Les Croisades. Voilà un sujet trop souvent mal et peu enseigné à l’école. Les guerres saintes n’étaient-elles qu’entreprise colonisatrice de l’Occident sur l’Orient, bain de sang et massacre des populations Arabes ? Souvenons-nous qu’en 1885, lors d’un débat parlementaire Jules Ferry évoque une « croisade civilisatrice » pour justifier la colonisation. Or, l’appel du pape Urbain II pour délivrer le Saint Sépulcre (tombeau du Christ) à Jérusalem, lieu de crucifixion et de résurrection, ne s’inscrit pas dans une volonté de colonisation. Les Croisades (1095/1270), demeurent une page importante de l’histoire de France et de la Chrétienté.
Emile Signol (1804-1892). La prise de Jérusalem en 1099, 1847, Château de Versailles

Rappelons le contexte historique. L’Empire Romain fut divisé en deux, Rome pour l’Occident et Byzance pour l’Orient. Avec la christianisation, l’Empire d’Occident demeura sous l’autorité de l’Eglise de Rome. Byzance, qui deviendra Constantinople, demeura à la tête des chrétiens d’Orient, donnant plus tard naissance à l’orthodoxie. Jérusalem est donc sous l’autorité de Constantinople. En 337, l’empereur Constantin entreprend la restauration des lieux saints, faisant l’objet de pèlerinages. A cette époque, ces voyages longs et éprouvants, revêtent une importance majeure pour les croyants, c’est-à-dire la quasi totalité de la population. Le plus imminent d’entre eux reste celui de Jérusalem, où les pèlerins chrétiens, juifs et musulmans se rendent encore aujourd’hui.

L’Islam conquérante

L’Islam fait son arrivée en 622. La nouvelle religion est conquérante et va connaître une période d’expansion fulgurante s’emparant de la Palestine et de l’Empire Perse (632). En somme, l’Islam s’est imposée dans tout le Moyen-Orient. Au VIIIe siècle, elle conquiert l’Afrique du Nord chrétienne, puis le Portugal et l’Espagne. Les Arabes passeront les Pyrénées jusqu’à Poitiers où ils seront battus par Charles Martel. Jérusalem est conquis (638), néanmoins, les pèlerinages des chrétiens et des juifs sont autorisés sous certaines conditions telles que l’interdiction de faire du prosélytisme et l’obligation de payer une taxe. Les agressions envers Constantinople se multiplient. Cependant il y eut des ententes entre les Européens et les Arabes, notamment sous Charlemagne.

De nouveaux affronts vinrent briser l’équilibre des relations. En 1009, le calife Al-Hakim fait détruire la basilique du Saint Sépulcre, construite au IVe siècle par l’empereur Constantin. La persécution contre les chrétiens commence, mais un nouvel accord autorise à nouveau les pèlerinages. En 1055, sous la dynastie Abbasside, l’Islam est endormie et fragilisée par des divisions internes. Les Turcs, d’avantage guerrier, envahissent le monde musulman et s’emparent de Jérusalem. Nous sommes là dans un tournant. 

L’armée de Byzance de l’empereur Romain Diogène essuie une défaite cruciale contre les Turcs lors de la bataille de Manzikert, actuellement Malazgirt, le 26 août 1071. A Jérusalem les fidèles chrétiens et juifs sont massacrés, le pèlerinage est impossible. 

Naissance progressive de la chevalerie

Pourquoi les Européens ne réagissent-ils pas tout de suite ? Au Royaume de France, les Barons sont trop occupés à se battre entre eux à une époque où le pouvoir royal n’est pas assez puissant pour s’affirmer sur les seigneurs. L’anarchie règne en Europe sur une population guerrière. L’Eglise, jouissant d’une autorité morale très forte, tente d’y mettre de l’ordre. Elle instaure la Paix de Dieu en 989, qui consiste à ne pas s’attaquer aux plus faibles et aux biens cléricaux, puis la Trêve de Dieu, interdisant de se battre le dimanche et les jours de fêtes. Peu à peu naîtra l’idéal chevaleresque. La Reconquista espagnol du XIe siècle marque un début. Les Normands convertis reprennent la Sicile. L’Eglise instaure un pèlerinage de pénitence dans le but d’éloigner les cas difficiles promettant le pardon des péchés. L’idée de la Guerre Sainte se dessine. L’Europe du XIe siècle est puissante, l’Occident réagit.

La Guerre Sainte

Rappelons que le terme même de « croisade » est postérieure à cette époque et n’apparaitra qu’au XIIIe siècle. L’appel est lancé lors du Concile de Clermont (1095) par le pape d’Urbain II, un appel au secours des chrétiens d’Orient, une riposte à l’expansion de l’Islam afin de soutenir l’empereur Byzantin Alexis Comnène. Les motifs sont religieux et politiques. C’est au moine Pierre l’Hermite que l’on doit le fameux « Deus Vult ! » (Dieu le veut), repris en cœur, entraînant les milieux populaires.

On distingue la Croisade populaire, exaltée, spontanée et désorganisée, où sont commis de nombreux excès comme le massacre de juifs considérés comme coupables de la mort du Christ. Les indigents arrivent néanmoins à Constantinople le 1er aout 1096. Les Turcs les attendent, la Croisade du peuple échoue dans un bain de sang. 

C’est au moine Pierre l’Hermite que l’on doit le fameux « Deus Vult ! » (Dieu le veut), repris en cœur, entraînant les milieux populaires.

La Croisade des chevaliers, celle des Barons, compte environ 100 000 hommes au départ, dont une majorité de Français. Les Byzantins les appellent d’ailleurs les Francs.  D’illustres hommes commandent l’armée tels que Godefroy de Bouillon et son frère Baudouin de la basse Lorraine, ou encore Robert II de Normandie. Lorsqu’Alexis Ier voit arriver à Constantinople le 21 avril 1097 tous ces chevaliers, il ne s’attendait pas à une telle mobilisation et obtint des croisés la restitution des territoires conquis à l’empire. Les cavaliers Turcs sont redoutables, mais les Barons progressent en Asie Mineure et s’emparent du comté d’Edesse. 

La prochaine étape fut la prise de la principauté d’Antioche. Les Turcs vont tenir la ville pendant 7 mois et des difficultés de ravitaillement plongent les croisés dans la disette. La situation est telle que le commandant Byzantin fait marche arrière. Les croisés prennent finalement la ville mais sont assiégés à leur tour, famine et désespoir sont à leur comble. C’est alors qu’un prêtre reçoit une vision de la Sainte Lance qui se trouverait sous l’église Saint Pierre. On fouille et on découvre effectivement une relique. Bien qu’on puisse s’interroger sur l’authenticité du bout de lance, les croisés reprennent courage et s’exaltent, si bien que l’armée turque est mise en déroute. Ils se libèrent de l’entente avec l’empereur Byzantin, n’ayant pu compter sur son aide lors du siège.

Entre temps, Jérusalem est repassée aux mains des Égyptiens Fatimides qui ne massacrent pas les pèlerins. Mais après tant de périples les croisés n’en n’ont que faire et assiègent Jérusalem le 7 juin 1099. Ils ne sont plus que 20 000 fantassins et 1200 cavaliers, et manquent de vivres. Le siège s’engage mal, mais des renforts Gennois venus de la mer ravitaillent les troupes et permettent la construction de catapultes et de tours mobiles. L’assaut est donné le 14 juillet. Godefroy de Bouillon et ses troupes escaladent les remparts nord, pénètrent dans la ville et ouvrent les portes. Jérusalem est prise le 15 juillet. Les chroniqueurs de l’époque relateront un bain de sang. Godefroy de Bouillon refuse le titre de roi là où le Christ n’a porté qu’une couronne d’épines, selon ses dires, et prend le titre d’Avoué du Saint Sépulcre. 

Les Etats chrétiens feront l’objet d’autres Croisades. Durant le XII siècle, ils se consolident et plusieurs attaques turques sont misent en déroute, permettant la création du comté de Tripoli. Cette implantation au Moyen-Orient s’appuie sur les ravitaillements par la mer et les divisions entre Turcs et Fatimides.

Mensonges et vérités

Les Etats latins n’étaient pas le but originel de la Croisade. Ils témoignent d’une soif de conquête des seigneurs francs et d’une volonté d’unir le spirituel et le temporel.  En effet la première Croisade se démarque par sa démarche spirituelle, alors que les 7 autres auront pour but de maintenir les Etats chrétiens. Le massacre avéré des civils lors de la prise de Jérusalem est utilisé comme argument pour faire passer les croisés pour des sanguinaires. Or, comme nous l’avons vu, les combats d’alors n’étaient pas différents des autres, surtout à cette époque. D’une part les chroniqueurs arabes insistent sur la violence subie dans le but d’unir les musulmans contre un ennemi commun, et d’autre part les croisés eux-mêmes ont amplifié la chose afin d’imposer crainte et respect. Retenons que les Croisades auront ralenti l’expansion musulmane et retardé la prise de Constantinople de deux siècles. 

Pauline Barat

Pauline Barat

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La Première Croisade
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