La basilique Sainte Sophie d’Istanbul redevient une mosquée : Erdoğan fait sauter les digues2 min de lecture

La basilique Sainte Sophie d’Istanbul redevient une mosquée : Erdoğan fait sauter les digues

 

C’est la fin d’un feuilleton qui dure depuis des années. Recep Tayyip Erdoğan a annoncé que Sainte-Sophie serait réouverte aux prières musulmanes à partir du 24 juillet prochain.

Si cette décision a provoqué un camouflet mondial, notamment au sein de l’Eglise orthodoxe, elle n’a pourtant rien de surprenante. La réislamisation de Sainte Sophie est un vieux serpent de mer en Turquie. Le président turc, qui en rêve depuis toujours, n’a fait qu’acter politiquement une idée largement répandue dans le pays.

Pour rappel, Sainte-Sophie, ou bien Ayasofya en turc (et maintenant Ayasofya camii depuis la décision d’Erdoğan), est une basilique chrétienne fondée au 6ème siècle par l’empereur Justinien. Joyaux de Constantinople, capitale de l’empire romain d’Orient, bâtie sur les rives du Bosphore, la basilique fut la fierté d’une civilisation byzantine aujourd’hui bien oubliée. Pendant un peu moins de 15 siècle, Sainte-Sophie a été le plus grand édifice religieux du monde, et témoigne du génie de ce peuple. Mais, en 1453, la prise de Constantinople par les Turcs ottomans met fin à l’empire romain d’Orient. Le sultan Mehmet II transforme immédiatement la basilique en une mosquée, et devient le Fetih, soit « le conquérant ». Des minarets sont ajoutés à l’édifice, et des caractères calligraphiques arabes sont installés au milieu des représentations de la Vierge Marie et du Christ. Constantinople devient Istanbul. Ce n’est qu’en 1934 que Sainte Sophie est sécularisée et transformée en musée, sous l’impulsion du laïc Mustafa Kemal Atatürk. Ce dernier voulait, selon ses propres mots, « offrir ce joyaux à l’humanité ».

Avec l’annonce du Recep Erdoğan, c’est donc une nouvelle page de la fantastique histoire de cette édifice qui s’ouvre. Musée le plus visité d’Istanbul, le président turc a fait savoir que Sainte Sophie resterait toujours ouverte aux touristes. Les réactions à cette décision explosive ont été nombreuses. La Russie et la Grèce ont réagi particulièrement vivement au décret de leur turbulent voisin, condamnant une énième « provocation ». Les communautés orthodoxes et catholiques ont elles aussi exprimé leur inquiétude. Le Pape François s’est dit « très peiné » et « très affligé ». L’UNESCO a fait savoir que le classement de l’édifice au patrimoine mondial pourrait être remis en cause par de cet acte.

Cette décision est lourde de signification politique. Elle s’inscrit dans la filiation néo-ottomane d’Erdoğan. Le néo-sultan avance progressivement ses pions, et le fait de plus en plus à visage découvert. Les digues sautent une à une. Cette étape symbolique était préméditée de longue date, et vise entre autre à habituer l’Occident aux positions impérialistes et islamistes de la Turquie. Jusqu’au retour du sultanat, voire du califat ? L’idée tient debout et fait son chemin. Ce qui semblait inconcevable il y a 10 ans encore devient de plus en plus crédible. Erdoğan en rêve. Tant qu’il tiendra les reines de son pays, il s’y emploiera de toutes ses forces. Personne ne semble être en mesure de l’en empêcher. A part peut-être la Russie.Les Etats-Unis ne feront rien, car ils ont besoin de la Turquie dans le cadre de l’OTAN et de leur politique orientale. La Chine ne verrait pas d’un mauvais œil la résurgence d’un empire islamiste aux portes de l’Europe. L’Inde n’en a pas le pouvoir politique. L’Europe est à la merci du président turc, qui peut décider d’ouvrir les vannes de l’immigration syrienne sur le continent à tout moment. Le pouvoir d’Erdoğan est tout simplement hallucinant. Et les choses ne vont pas aller en s’arrangeant.

Article écrit par Elouan Picault

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