Fin du conflit au Haut Karabakh: l’arrêt de mort de l’Artsakh3 min de lecture

Dans un communiqué encore flou du premier ministre arménien, le lundi 9 novembre, nous apprenions impuissants le dénouement tragique des six semaines de conflit au Haut Karabakh. L’Arménie, contrainte à capituler, a signé sous l’égide russe en début de semaine l’arrêt de mort de l’Artsakh.

Remonter aux origines du conflit pour en comprendre les causes

En 301 p. C., le Royaume séculaire d’Arménie devient la première nation chrétienne. 1600 ans plus tard, son peuple subira un génocide encore trop peu décrié, causant la mort de plus d’1 million de personnes, au cours de leur longue déportation et même, pour beaucoup, dans la douleur de la crucifixion. 

Mais loin de s’arrêter avec la chute de l’Empire ottoman, le génocide du peuple arménien reprend de plus belle sous l’impulsion des ambitions néo-impérialistes de la Turquie d’Erdogan. « J’avais dit qu’on chasserait les Arméniens de nos terres comme des chiens, et nous l’avons fait » se félicite déjà le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev.

Petite enclave peuplée à plus de 90% d’arméniens au coeur de l’Azerbaïdjan, le Haut Karabakh est en effet le champ de bataille des hostilités depuis la reprise du conflit le 27 septembre dernier. Historiquement, dans le cadre de l’occupation soviétique du Caucase, cette région est arbitrairement donnée à l’Azerbaïdjan —d’obédience musulmane— par Staline en 1921, loin de prendre en compte les réalités ethniques et confessionnelles de sa population. 

À la chute de l’Union Soviétique en 1991, le Haut Karabakh s’auto-proclame en République d’Artsakh. Il lui faudra huit années de lutte (1987-1994) et des dizaines de milliers de morts pour finalement gagner son indépendance et se défaire du joug azerbaïdjanais.

Une annexion d’une rare violence dans l’indifférence internationale

Le 27 septembre, ce conflit, opposant les nations arménienne et azerbaïdjanaise, s’est réveillé dans cette région charnière du Caucase entre l’Orient et l’Occident. Prise pour cible par l’offensive azerbaïdjanaise, la région montagneuse du Haut Karabakh a vu ses civils pris aux pièges sous les bombes déployées quotidiennement. Sa capitale de Stepanakert a ainsi vu la majorité de sa population fuir en Arménie, les quelques milliers de civils restants se retrouvant alors entassés dans des caves pour se protéger tant bien que mal du déferlement d’acier, souvent sans électricité et longtemps privés d’aide humanitaire. Les autorités de la région ont très vite dénoncé l’utilisation azerbaïdjanaise de bombes à sous-munition, armes dévastatrices faisant l’objet depuis la Convention d’Oslo de 2010 d’une interdiction internationale. Outre cette violation inacceptable du droit international humanitaire, on constate l’implication de la Turquie dans les combats, déployant leurs avions en faveur de leur allié de toujours mais organisant aussi un soutien militaire physique par l’envoi de djihadistes venus de Syrie et Libye pour combattre l’Arménie. Dans la nuit du 1er au 2 octobre, le président français dénonce devant le Conseil européen le déploiement et la rémunération de ces mercenaires islamistes par Ankara, et tente une médiation du conflit avec la Russie et les États-Unis, membres du groupe de Minsk. Ils appellent sans réel succès à un cessez-le-feu, lequel est rapidement violé par Bakou. 

À l’engagement d’Ankara s’ajoute un discret soutien militaire d’Israël. Dans un opportuniste échange de bons-procédés, la nation sioniste obtient de ses missiles de haute précision et drones à la pointe de la technologie un approvisionnement en hydrocarbures. Car c’est bien cet or noir de la mer Caspienne qui impose le silence complice de l’Occident et de la Russie, abandonnant l’Arménie dans un combat perdu d’avance. Dans la crainte d’une escalade de tensions d’ampleur régionale mais aussi dans l’intérêt commercial européen des hydrocarbures acheminés par l’Azerbaïdjan pour approvisionner le continent (deux oléoducs et un gazoduc), les démocraties européennes se sont tues. Coupables de leur silence meurtrier, elles ont laissé Erdogan avancer ses pions sur l’échiquier moyen-oriental et participent à la destruction du peuple arménien menacé d’épuration. Et que deviendront les plus de 1500 sites patrimoniaux, forts de l’héritage chrétien, recensés dans cette région ?

Ce soir, 10 novembre 2020, à minuit heure de Moscou, cesseront donc les hostilités sur les sommets de l’Artsakh, dans les positions actuelles des belligérants. Chouchi, ville hautement stratégique à quelques kilomètres seulement de Stepanakert, réputée pour sa falaise infranchissable et maillon clé du territoire montagneux, est tombée dimanche 8 novembre. Cette prise marque le coup d’arrêt et la victoire tant redoutée de la Turquie dans le Caucase, face à la lâcheté des démocraties européennes et la trahison du parrain arménien russe orthodoxe. Une victoire peu glorieuse, dans les ruines et le sang, mais face à laquelle nous retiendrons le courage arménien qui jusqu’au bout a défendu sa terre, les habitants de Chouchi préférant brûler leurs maisons que de laisser leur héritage séculaire entre les mains de l’ennemi.

Journée de deuil pour la chrétienté, 

Vive l’Arménie,

Vive l’Artsakh !

Marie F.

Image : https://www.courrier.am/fr/region/lazerbaidjan-menace-larmenie-de-guerre

Article écrit par Auteur Ponctuel

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

Entrez votre mail

et recevez le dernier numéro de l’Etudiant Libre par email !

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.