Un français appelé “notre duc”, au fin fond de la Russie3 min de lecture

Gravure du Duc de Richelieu, par Étienne-Frédéric Lignon (1779-1833)

Ce jeune Richelieu, né un 26 septembre 1766, vous ne le connaissez sans doute pas. Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu presque plus russe que français mais tout de même très attaché à sa patrie première, est méconnu des manuels scolaires. On étudie le ressenti des hommes maintenant : leur vie quotidienne, par bien des chemins et volontés historiographiques précises, tant dans la recherche que dans l’éducation, dans ces choix qui sont faits ; quelle manière choisir pour aborder la grande Histoire, quelles petites histoires contées pour la rendre sensible à telle tranche d’âge, par le biais de quel personnage, quels peuples ? L’historiographie a beaucoup changé, tout comme la manière de faire de l’histoire qui change sans cesse, au gré des idées du temps : d’un roman national événementiel à une histoire du quotidien et de l’intime, d’une histoire française, à une histoire “deseuropéanocentrée” ou globale. 

Cet Armand-Emmanuel, arrière-petit-neveu du fameux bras droit de Louis XIII sera marié à quinze ans à Rosalie de Rochechouart, une fillette de trois ans sa cadette, petite, malingre, qui finira bossue quelques années plus tard. D’aucune disent que ce fut ce pourquoi il émigra et quitta la France quelques années plus tard, pour vivre sa vie d’aventure !

Dès 1785, il entre dans les régiments de dragons de la reine Marie Antoinette et en 1790, il est envoyé converser avec le frère de celle-ci, alors empereur. Malheureusement, Joseph II d’Autriche mort, il fera la connaissance de son successeur Léopold II et assistera à son couronnement. Suivant ce nouveau venu jusqu’à Vienne, et accompagné du comte de Langeron et du prince de Ligne, il y rejoint l’armée russe juste à temps pour participer au siège d’une ville, Izmaïl à reprendre aux Turcs. Brillant, il s’y fait remarquer et, ni une ni deux Catherine II, “l’impératrice de toutes les Russies” le décore de l’Ordre de Saint-Georges, avec épée d’or.

Après ces fraîches péripéties, notre duc continue à remplir quelques mission entre Vienne et Paris pour le compte de Louis XVI, mais il s’engage bientôt dans l’armée des émigrés de Condé. La tête royale tombée, la petite armée ayant échoué, notre Richelieu retourne dans la neige et grimpe les échelons. On intrigue pour le faire tomber, mais intelligent, il sait quand se tenir à l’écart ou se mettre en avant et tire son épingle du jeu.

Statue en bronze du Duc de Richelieu, Ivan Martos (1754-1835), Odessa, 1828.

En 1803, Alexandre Ier, nouveau tsar, lui confie le gouvernement de la ville d’Odessa dans la province de Nouvelle Russie, récemment conquise. Gouverneur, il restera fidèle à sa ville, dont il ne s’éloignera que pour quelques conquête, comme celles de la Circassie et Bessarabie. Il va en faire une ville moderne. Odessa, petite cité de la Mer Noire, sans prétention brillera à son échelle par son nouveau port, son agriculture et son commerce florissant ; en témoignage une statue en bronze de notre personnage à sa mémoire, réalisée en 1828, trônant fièrement, “à notre duc” ! Celle-ci restera sa ville et rien ne le fera partir pas même la guerre franco-russe, due aux conquêtes napoléoniennes. En effet, durant la campagne de Russie, il n’ira pas se battre avec les Russes mais restera à Odessa y combattre l’épidémie de peste qui y fait rage. Par ses mesures, elle sera éradiquée. 

Lors de la chute de Napoléon, il rentre en France avec l’armée russe, quittant sa chère ville. Sous la Restauration, Louis XVIII lui redonne toutes ses charges, mais la Russie, où il y a passé quinze années lui manque. Il aura une occasion encore de travailler pour la France en revoyant son grand ami, Alexandre Ier. Napoléon revenu puis maté à Waterloo, l’Europe veut réduire la France aux abois. Lors du second Traité de Paris, on impose à la France des conditions sévères de paix, avec indemnités de guerre et occupation à la clé, mais le duc de Richelieu arrivera alors à négocier cela au rabais par son amitié avec le tsar. Par cette même ardeur qui liait les deux hommes, il plaide trois ans plus tard le 26 septembre 1818, au congrès d’Aix la Chapelle pour le retrait des troupes d’occupation et l’obtient. 

Portrait du duc de Richelieu, huile sur toile, Sir Thomas Lawrence (1769-1830), Aix-La-Chapelle, 1818.

 

Ensuite, il continuera à participer au gouvernement de la France, par de nombreux ministères jusqu’en 1821, et mourra à cinquante cinq ans. 

Cet homme, riche de nombreux régimes, voyages et aventures a suivi son sens du devoir là où celui ci le guidait. Ce Richelieu, si peu abordé comparé à son aïeul, a sûrement œuvré tout autant que lui, d’une manière différente au rayonnement de la France. Armand Emmanuel du Plessis n’aura pas brillé pour sa présence auprès de son épouse mais aura du moins, illuminé tout Odessa. 

Article écrit par Louis Lallement

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