Marie-Antoinette, l’éclipse d’une reine incomprise5 min de lecture

Marie-Antoinette, veuve Capet et ancienne reine de France, mourut le 16 octobre 1793. Si elle reste la souveraine d’Europe la plus connue, c’est bien parce qu’elle inspire des générations. A l’image d’une Sissi, elle fut confrontée aux difficultés de son titre et dut mêler protocoles de cour et quête d’indépendance. De Vienne à Versailles, de Versailles à la Conciergerie et de la Conciergerie à l’échafaud, Marie-Antoinette a beaucoup à nous dire; elle qui inspire les cinéastes, les écrivains, les maisons de couture et autres grands de ce monde. Si «l’ennemi déclarée de la nation française»,pour reprendre les mots de Fouquier-Thinville, est morte le 16 octobre 1793, sa mémoire, elle,  perdure. Le temps d’un article, revenons sur les pas d’une reine incomprise au destin tant ineffable que tragique. 

   Marie-Antoinette naquit le 2 novembre 1755 au palais de la Hofburg à Vienne. Quinzième enfant de l’impératrice Marie-Thérèse et de François Ier de Lorraine, elle montra dès son enfance un caractère indépendant, une vivacité d’esprit, un sens de l’humour et une gaieté certaine. De ses portraits, on y voit une petite fille fine aux cheveux blonds et aux yeux bleus parfaitement dessinés. Malgré ses qualités physiques et son esprit rieur, Marie-Antoinette prit en défaut les livres et les sciences.

 Malgré quelques lacunes dans l’éducation de sa fille, Marie-Thérèse ne changea pas ses plans matrimoniaux. Mère d’une fratrie de seize enfants, elle comptait sur les mariages de sa progéniture  pour consolider le rayonnement de son empire. L’enjeu est de renouer avec la France plus d’un siècle après le traité de Westphalie (1648). De fait, Marie-Antoinette fut prédestinée à épouser le dauphin de France Louis-Auguste.  

  Après une rencontre à Compiègne, l’archiduchesse d’Autriche et le Dauphin se marièrent à Versailles le 16 mai 1770. Elle, était spontanée, gaie et extravertie; lui, timide, réservé et solitaire. Leur nuit de noce fut véritablement consommée sept ans après leur mariage ( suite à une intervention médicale subite par Louis XVI) . Malgré les raccourcis cinématographiques à l’image du film de Sofia Coppola, Louis XVI et Marie-Antoinette eurent un profond respect l’un envers l’autre et se soutinrent dans les moments difficiles.

    Louis XV mourut en 1774, laissant le trône au jeune couple. Devenue reine, Marie-Antoinette se lassa de la cour et de la fameuse Etiquette qui codifiait ses moindres faits et gestes. Ainsi, préféra t-elle arpenter les petites pièces du Petit Trianon, organiser des festivités dans le grand Trianon et traire les brebis dans son Hameau. La reine s’adonna aux plaisirs du théâtre, de la musique et de la danse tout en prêtant une attention particulière à l’éducation de ses enfants. Cette Marie-Antoinette poudrée, coquette, vive, comédienne est celle qui intéresse la foule de touristes et les petites filles. Derrière ce portrait pompeux, se cache celui d’une reine incomprise et sujette aux coteries de la cour. 

   Depuis son arrivée, Marie-Antoinette fut la cible des critiques. Mesdames, filles de Louis XV, se prêtèrent aux moqueries et aux commérages. L’affaire du collier de la reine, portée par le cardinal de Rohan et Madame de la Motte, mit Marie-Antoinette sur la sellette. Sa prétendue liaison avec le suédois Axel de Ferson alimenta les conversations dans les salons parisiens et entacha l’image de la famille royale. En plus des difficultés sociales, Marie-Antoinette subit la mort de deux de ses enfants: Sophie-Béatrice et Louis-Joseph. 

   A partir de 1787, la politique prit le pas sur la vie insouciante. «A mort l’Autrichienne» , «Madame déficit», «Madame véto» tels furent les propos et les insultes répétés à longueur de temps dans les journaux et dans les rues du bassin parisien. Marie-Antoinette n’est plus aimée, elle est désormais mal-aimée. 

   Le 5 octobre 1789, les femmes marchèrent vers Versailles pour demander du pain. La reine, dignement, les salua du haut du balcon de la chambre du roi. Quelques jours plus tard, la famille royale fut transférée au palais des Tuileries. Suit la fuite à Varennes, véritable désastre désavouant Louis XVI et Marie-Antoinette.

  Le 10 août 1792, les députés votèrent la suspension provisoire de Louis XVI. De facto, la famille royale fut enfermée au Temple. Madame Elisabeth, soeur du roi, rejoint le couple et les deux enfants. La famille bénéficia d’un certain confort avec des jeux, des livres, des fauteuils et des domestiques.  

   La Convention s’empressa de limiter la poussée anti-révolutionnaire qui gagnait le territoire français et les monarchies voisines. La princesse de Lamballe, amie de la reine, fut décapitée. Sa tête fut mise sur un piquet devant la chambre de Marie-Antoinette. D’autres aristocrates proches de la maison Bourbon connurent le même sort.

  La Convention se fit tribunal révolutionnaire et vota la mort de Louis XVI. Le 21 janvier 1793, le roi n’était plus. Avant l’exécution, Marie-Antoinette enlaça et embrassa son époux. Quelques minutes après la chute du couperet, la reine s’agenouilla devant son fils Louis-Charles devenu Louis XVII. 

 Cheveux grisonnant, alors qu’elle était âgée de seulement trente sept ans, corps fragile et sujette à des convulsions; Marie-Antoinette ne fut plus que l’ombre d’elle-même. En juillet 1793, on lui retira son fils Louis-Charles. Il fut arraché des bras de sa mère et finit dans une cellule insalubre surveillée par Simon, un alcoolique violent qui voulut faire du jeune roi un sans-culotte. 

  Le supplice réservé à la reine commença. Transférée à la Conciergerie, Marie-Antoinette quitta Elisabeth et sa fille Marie-Thérèse. Vint le début du procès. Tout fut parfaitement ficelé. Fouquier-Tinville manipula à sa guise la reine. Il fit venir un inconnu devant la cellule de la «Veuve Capet » afin qu’il révèle à celle-ci un plan d’évasion. Elle tomba dans le piège, le procès s’ouvrit.

  Le 12 octobre, la «Louve autrichienne», comparut devant Hermann en présence d’un greffier et de Fouquier-Thinville. Ses crimes sont graves: intelligence avec l’ennemi, atteinte à la sûreté de l’Etat. Le 14 octobre débuta le grand procès dans lequel Robespierre siégea. Le dossier d’accusation étant vide, les chargés du procès décidèrent d’accuser la reine d’inceste. Pour que cela soit plausible, ils demandèrent à Louis-Charles de rédiger un papier prouvant la culpabilité de sa mère. Celle-ci ne répondit pas au président de la séance. « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. » clama t-elle.  Compte tenu des accusations portées contre elle et des velléités certaines des membres du Tribunal révolutionnaire, Marie-Antoinette fut condamnée non pas à l’exil, comme elle l’espérait, mais à la mort.

   Le 16 octobre 1793, à quatre heure et demie du matin, la reine regagna son cachot. Son ultime souhait témoigne de sa simplicité et de son humilité au crépuscule de sa vie. En effet, demandant une plume et du papier, elle réserva ses derniers mots à Madame Elisabeth. « C’est à vous, ma belle soeur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée non pas à une mort honteuse elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. J’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. ( …) J’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. » 

  La servante Rosalia retrouva la reine étendue sur son lit en pleurs. Sans doute, se remémora t-elle les souvenirs d’une enfance heureuse à la cour de Vienne, puis la rencontre avec son époux à la forêt de Compiègne. Sans doute pensa t-elle aux fastes de Versailles, aux odeurs et aux chuchotements de la cour. Sans doute adressa t-elle une prière pour Madame de Lamballe, le comte de Fersen, le comte d’Artois, Louis XVI et tant d’autres. 

   Après avoir quitté sa robe de veuve au profit d’une robe blanche, celle qui n’était plus reine écouta une seconde fois l’acte de condamnation et fut emmenée dans une petite pièce où un homme se chargea de lui couper les cheveux. Elle monta dans la charrette. Elle contempla la foule qui longeait le long chemin menant à la place de la Concorde anciennement place de la Révolution. Elle vit le peintre David qui dessina pour la dernière fois ses traits. Avec une force sans pareille, qui contraste avec sa fragilité et son insouciance, Marie-Antoinette monta sur l’échafaud. « Excusez-moi, je n’ai pas fait exprès » dit-elle au Bourreau Sanson après qu’elle l’eut bousculé. A midi et quart, le couperet tomba, la monarchie avec lui. Le couperet tomba, le mythe de Marie-Antoinette vit. 

Article écrit par Adélaïde Barba

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