Ils ont fait la France : Saint Bernard de Clairvaux, «malgré-lui»3 min de lecture

Traditionnellement, les historiens font débuter le bien mal nommé Moyen-âge en 496, après la chute de l’Empire Romain. La mort du dernier empereur, renversé par un Hun engagé dans l’armée romaine, porte un coup fatal à la civilisation romaine, déjà grandement affaiblie par les invasions barbares, les révoltes des peuples fédérés, les crises économiques et les luttes politiques sanglantes. S’ouvrent alors des temps incertains, qui marquent profondément les esprits des contemporains. C’est dans ces circonstances pour le moins tendues que va se développer en Europe un phénomène venu d’Orient, le monachisme. Benoît de Nursie, futur Saint Benoît, fonde au sixième siècle un monastère en Italie : le règlement qu’il y développe sonne comme une réponse aux troubles de son temps. La simplicité de vie, la piété et le travail qui fondent la règle bénédictine séduisent les foules. Le monachisme se développe dans toute l’Europe, et la France se couvre d’un blanc manteau d’abbayes. 

Bientôt, les centaines de monastères qui voient le jour deviennent la colonne vertébrale d’une chrétienté en construction, et œuvrent partout à l’évangélisation des masses. À la suite de ce premier élan, différents ordres se développent et acquièrent une puissance diplomatique et financière phénoménale. C’est notamment le cas de l’ordre clunisien, dont l’impudente fortune finit par pousser certains de ses membres à s’en écarter : ainsi, Robert de Molesme fonde en 1098 l’abbaye de Cîteaux, qui entend revenir à la source de la règle bénédictine. C’est dans cette jeune abbaye que rentre, en 1112, un jeune membre de la petite noblesse bourguignonne, Bernard de Fontaine. La pauvreté, le travail manuel et le retrait du monde séduisent le jeune homme de 22 ans, qui aspire à une vie d’ascèse et de prière. Très vite cependant, la personnalité extraordinaire de Bernard va faire de lui une figure centrale du monachisme. Il faut dire que le jeune homme sait convaincre : à son arrivée à Cîteaux en 1112, il est accompagné d’une trentaine de proches – famille et amis – qu’il a convaincu de le suivre dans la vie monastique. Ce don de persuasion n’échappe pas au père abbé de Cîteaux, qui le charge dès 1115 de fonder une nouvelle maison dans une petite vallée bourguignonne. Ce sera Clairvaux, dont il est immédiatement élu père abbé. À 25 ans, Bernard de Fontaine devient Bernard de Clairvaux. 

La discipline et le charisme de Bernard attirent. Son père et ses cinq frères prennent l’habit l’année de la fondation de Clairvaux. Trois ans après la fondation de Clairvaux, en 1118, il faut déjà fonder de nouvelles maisons. Père abbé pendant 38 ans, Bernard initie la création de plus de 65 abbayes filles. Travailleur inlassable, il multiplie la rédaction de lettres et d’homélies, afin de pousser l’Église à la réforme. Son ardeur le pousse à sillonner les routes d’Europe, pour défendre une vision intransigeante de la foi et du monde, résolument conservatrice. Ami des papes, particulièrement d’Eugène III, qu’il fait élire et dont il devient le maître à penser en 1145, Bernard de Clairvaux est durant toute son existence une figure fondamentale de la chrétienté : il conseille princes et évêques, participe à tous les conciles, et parvient à imposer sa vision des choses partout où il passe. Ainsi, lors du concile de Troyes en 1129, c’est lui qui obtient la reconnaissance des Templiers, et qui en rédige les statuts. Un peu plus tard, à la demande d’Eugène III, il prêche la deuxième croisade en 1146, et s’assure de la participation du Roi de France. Il mène également un combat acharné contre l’hérésie cathare, qui se développe dans le Sud-Ouest français. 

Bernard de Clairvaux ne se préoccupe cependant pas uniquement des affaires temporelles. Il participe grandement au développement de la foi. Particulièrement attaché à la Vierge Marie à qui il dédie toutes les maisons cisterciennes qu’il fonde, il milite longuement pour normaliser le culte marial – même s’il s’oppose à plusieurs reprises au dogme de l’Immaculée Conception. Il intervient également dans un conflit opposant le roi Louis VII au Pape à propos de l’indissolubilité du mariage. Très fidèle à Rome, Bernard de Clairvaux s’est d’ailleurs maintes fois opposé à différents princes, défendant sans ménager ses efforts l’infaillibilité papale, qui était encore loin d’être admise par tous. 

Ménager ses efforts, Bernard de Clairvaux ne l’a jamais fait. Le 20 août 1153, épuisé par ses innombrables voyages, il s’éteint dans l’abbaye qu’il avait fondé 38 ans plus tôt, entouré de la prière de ses frères. Son œuvre lui survivra longtemps. Quelques années plus tard, il est canonisé, en 1174. Le jeune Bernard de Fontaine est devenu Saint Bernard de Clairvaux : il n’a pas seulement fait la France, il a contribué à l’essor de la chrétienté ; il est un des Docteurs de l’Église (reconnu comme tel par Pie VII en 1830), et l’une des plus grandes figures catholiques que la Fille aînée de l’Église ait pu donner au monde. 

 

Article écrit par Étienne de Solages

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