Ils ont fait la France : Clovis4 min de lecture

Dans chaque numéro, L’Étudiant Libre se penche sur un personnage ayant œuvré tout particulièrement à la construction de notre roman national. Ce mois-ci, il s’agit de mettre en avant le rôle majeur de Clovis.  La principale source d’information sur la vie du jeune roi franc reste les écrits Grégoire de Tours (538-594).

Premier roi d’une longue lignée, convertis au catholicisme, symbole d’une unité naissante, Clovis incarne les débuts d’une royauté millénaire. Conversion sincère ou politique ? Quelles en sont les conséquences ?

 

Un chef barbare

Francs saliens de naissance, la mort de son père Childéric en 466 le propulsa sur le trône à l’âge de 15 ans, en 481. Bien que roi, il ne dispose que de quelques milliers de guerriers et d’un royaume limité à la ville de Tournai. Ses cousins saliens se partagent diverses royautés (ainsi, Ragnachaire est à Cambrai et Chararic à Dispargum). Nouveau chef barbare, il est tout de même lié à la romanité dès sa prise de fonction. En effet, Clovis exerce également la fonction de gouverneur romain de la province de Belgique seconde, titre hérité de son père.

De plus, des liens avec l’Église catholiques sont établis par le biais de l’évêque de Reims, St Rémi. A l’origine, une lettre envoyée par ce même évêque à Clovis, marque l’influence de l’Église qui demeure la seule autorité en Gaule. Dans cette correspondance Rémi ne fait aucune allusion à la germanité du jeune roi mais lui décrit un programme politique chrétien à appliquer. De fait, Clovis est invité à demander conseil aux évêques mais aussi à tous les citoyens même non chrétiens.

Bien que barbare, Clovis est, dès son couronnement, lié à la romanité ainsi qu’à l’Église catholique.

 

Une Gaule morcelée

Suite à l’invasion des peuples barbares ayant franchi le limes romain dès 406, la Gaule est fractionnée entre ces différents envahisseurs. Rome n’ayant pu contenir les flots barbares, elle se retrouva ainsi dans l’obligation de conclure des foedus pour se protéger de nouvelles invasions barbares. Ce contrat passé entre l’empire et les nouveaux arrivants accordait des parties de territoires aux peules barbares en contrepartie de leur aide militaire pour défendre le limes romain. L’entité romaine est à l’agonie, la Gaule divisée entre Wisigoth, Burgonde, Francs et Romains.

Ainsi, les Wisigoths signent ce foedus en 418 et le rompent en 475 alors que les Burgondes le signent en 413 et le rompent également en 475.

Bouées de sauvetage de l’empire, la rupture de ces foedus rendant ces royaumes barbares autonomes, précède la chute de celui-ci en 476.

 

La reconquête

 Fort de ce constat, Clovis entreprend une reconquête militaire de ce qui deviendra plus tard la France. Celle-ci se décompose en plusieurs étapes. Tout d’abord, il commence par créer des alliances en concluant un premier mariage avec une princesse rhénane, en 486 qui lui donnera un fils, Thierry.

Syagrius, dernier représentant de la romanité en Gaule,  a nommé de façon impropre son territoire              « royaume ». Ce dernier, régnait de la Somme à la Loire mais avait une autorité récusée sur la plupart du territoire notamment à Paris. De fait, il ne régnait réellement que sur la ville de Soissons. De plus, pour échapper à l’isolement, celui-ci s’était rapproché des wisigoth via leur roi Euric. En dynamique d’expansion, Clovis attaque et bat Syagrius en 486 en à Soissons s’emparant ainsi de son palais.

Dès 491, le roi franc se penche sur la question burgonde en signant des pactes de non-agression. Ses héritiers se chargeront de conquérir et soumettre ces territoires. Ce processus aboutit à un second mariage, suite au décès de sa première femme, avec la princesse burgonde et chrétienne, Clothilde, en 492.

Menacé sur le front de l’est par les Alamans, la bataille de Tolbiac en 496 marque un tournant militaire et spirituel. Sigebert, roi des francs rhénans, submergé face à l’invasion des alamans appelle Clovis à la rescousse. Alors que le combat semble bien mal engagé et pour éviter une défaite signe de déposition, ce dernier fit appel au dieu de Clothilde qui lui donna la victoire.

Enfin, la bataille de Vouillé en 507 où Alaric II, roi des wisigoths, est tué marque la soumission de ce royaume barbare. La capitale toulousaine et le trésor wisigoths basculent ainsi aux mains des francs.

 

Tensions religieuses

Deux religions se font face en Gaule. L’arianisme, hérésie catholique niant que le Christ était Dieu, et le catholicisme romain opposent deux civilisations : barbares et romains. De fait, les peuples barbares présents en Gaule (wisigoths, burgondes et alamans), dits fédérés, se revendiquaient de l’arianisme, à l’inverse des gallo-romains et autres représentants de l’empire fidèle à la tradition des apôtres. Bien que païens, les francs font face à cette opposition religieuse et civilisationnel.

A titre personnel, Clovis se retrouve également confronté à un dilemme interne. De fait, sa femme Clothilde, princesse burgonde catholique et le saint évêque de Reims multiplient les efforts pour convertir le jeune roi et ainsi lui faire renier ses croyances barbares.

 

Construction politique et sociale

 Clovis consacre les années 507-511 à la construction politique et sociale de son royaume. Il tente de conserver le pluralisme juridique présent sur le territoire. La première étape réside dans la promulgation de la loi salique pour le royaume franc, la plus barbare de toute, car celle-ci reste la moins teintée de droit romain. Cette loi n’est autre qu’un code de procédure criminelle et droit de la famille franque. Dans la même dynamique, l’adoption du bréviaire d’Alaric n’entre en vigueur que pour les gallo-romains présents sur l’ancien territoire wisigoth. De fait le droit, ne régit pas un territoire mais bien une population distincte.

Enfin, le concile d’Orléans convoqué le 10 juillet 511, permet de définir les rapports entre l’Église et le pouvoir. Celle-ci y affirme sa mainmise sur le pouvoir temporel du souverain franc, la distinction entre les deux formes d’autorité est institutionnalisée.

 

Baptême et conséquences

La date du baptême de Clovis fait l’objet de querelles entre historiens et spécialistes de la période. En effet, certains affirment que l’ainé de la future branche royale française fût baptisé en 496 suite à la bataille de Vouillé. En réponse, d’autres chercheurs soutiennent la thèse qu’il devint lieutenant de Dieu sur terre bien plus tard, le 25 décembre 508 suite à un travail de conversion personnel orchestré par Clothilde et St Rémi. Retenons que son baptême est un acte fondateur pour notre civilisation, « baptême de Clovis, baptême de la France » ; expression célébrissime bien que le territoire sous sa domination ne puisse encore être appelé France à proprement parler.

Ce choix apparait décisif pour deux motifs. Dans un premier temps, il consacre l’union des francs avec l’Église catholique romaine et dans un second temps il permet à ce peuple de s’assurer des appuis sur tout le territoire pour assouvir son pouvoir et sa domination. De fait, la religion catholique étant dominante de par le nombre de ses fidèles ainsi que par le rôle institutionnel et politiques des évêchés.

En rejetant sa culture et ses dévotions barbares Clovis embrasse le christianisme romain, posant ainsi la première pierre d’une union millénaire entre le trône et la couronne.

 

Arthur Perrier

 

 

Article écrit par Arthur Perrier

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