Dimitri Amilakvari – Le Prince Légionnaire4 min de lecture

Prince géorgien, officier de la Légion Étrangère, Dimitri Amilakvari a combattu lors de la seconde guerre mondiale sur tous les fronts d’Orient, participant aux plus grands faits d’armes des Forces Françaises Libres en Afrique du nord, jusqu’au sacrifice ultime.

D’une famille princière à la famille légionnaire

Dimitri Amilakvari nait le 31 octobre 1906, dans une famille princière géorgienne ayant la charge héréditaire de commander la cavalerie royale de Géorgie. Ce destin tout tracé pour l’héritier de Saint George est pourtant brutalement interrompu par l’invasion de son pays par l’armée rouge en 1921.

Réfugié en France à l’âge de 16 ans, le Prince intègre l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, puis la Légion Etrangère comme sous-lieutenant à 20 ans. C’est au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie, le “régiment des fortes têtes” qu’il fait ses premières armes. Dans les montagnes du Maroc, il participe à la campagne du Haut-Atlas, et obtient ses premières citations dans les combats d’Aït-Atto et du Djebel Baddou, prémices d’une vie entière donnée à la France, dans tous les déserts de l’Orient.

Au service de la France Libre: la 13ème DBLE

En 1940, il rejoint la toute nouvelle 13e demi-brigade de la Légion Etrangère (13ème DBLE) qui se forme dans le Larzac, où elle est actuellement encore stationnée. 

Il partira avec elle dans fjords de glace de Norvège où elle s’empare des ports de Bjerkvik et de Narvik, dans le grand Nord scandinave.  

Mais la défaite de mai-juin 1940 brise ces victoires chèrement payées. Alors que les troupes françaises déposent les armes, la 13ème DBLE s’embarque pour l’Angleterre, d’où elle deviendra le fer de lance des Forces Françaises Libres. Elle s’illustre au Sénégal, au Gabon, au Cameroun, en Palestine, et gagnera son surnom de Phalange Magnifique. 

En Erythrée, elle écrase les italiens à la bataille et Keren et à la prise de Massaoua, sur les rivages d’ébène où quelques années plus tôt à peine, l’écrivain-aventurier Henry de Monfreid écrivait dans Les Secrets de la Mer Rouge cette phrase qui fait office de portrait pour le Prince Amilakvari:

Une âme d’élite se révèle dans sa parole, dans son regard, ce regard profond du solitaire qui contemple des choses invisibles aux hommes du troupeau.

Bir Hakeim, l’heure de gloire

En Syrie, le Prince est nommé Lieutenant-Colonel et prend la tête de la 13ème DBLE. Présent sur tous les fronts d’Orient, il emmène encore ses hommes affronter le Maréchal Rommel dans le désert de Libye. Mené par le Renard du Désert, l’Afrikakorps déferle alors comme la tempête du désert à la conquête du Maghreb. 

Mais à la bataille de Bir Hakeim, la machine de guerre s’enraye. Un premier assaut se brise contre les positions françaises, et y laisse trente-deux blindés et quatre-vingt-onze prisonniers. Un siège s’engage alors autour du réduit français, pilonné par l’aviation allemande.

Devant la résistance acharnée du bastion français, creusé au beau milieu du désert, Von Mellenthin, un des généraux allemands de l’Afrikakorps écrit dans son carnet de bord: « Je n’ai jamais affronté, au cours de toute la guerre du désert, une défense aussi acharnée et héroïque ».

Rommel mène personnellement l’offensive. Il engage, contre les légionnaires, des canons de 88 et 50mm, et pas moins de 42 Stukas qui noient les tranchées FFL sous un déluge de feu. Le général Saint-Hillier, commandant de la 1ère Brigade Française Libre, témoigne : 

« L’équipe de pièce d’un canon de 75 est volatilisée par un coup de 88 frappant l’alvéole ; le légionnaire survivant, la main arrachée, charge son 75 en s’aidant de son moignon, pointe son canon et touche le 88… » 

Dans cet enfer, le prince géorgien se porte systématiquement volontaire pour les missions les plus périlleuses. A la tête d’un groupe motorisé, il dirige une sortie qui détruit cinq chars allemands. La résistance acharnée des français permet aux britanniques de se regrouper à El Alamein pour préparer l’assaut final. La mission accomplie, Amilkavari dirige une percée dans la nuit pour les rejoindre. 

Alors que la Wehrmacht s’apprêtait à porter le coup de grâce aux soldats français, elle ne trouve que des cadavres dans le camp retranché. Au cours des 1 400 bombardements de Bir Hakeim, la Luftwaffe a épuisé tout son carburant et ne peut plus poursuivre les FFL.

Les réactions des allemands à la bataille de Bir Hakeim est peut être la plus éloquente: 

Le Maréchal Rommel note dans ses carnets: « Une fois de plus, la preuve était faite qu’un chef français, décidé à ne pas jeter le fusil à la première occasion, peut réaliser des miracles, même si la situation est apparemment désespérée

Adolf Hitler lui-même, après avoir entendu le récit de la bataille par le journaliste Lutz Koch déclare: « Vous entendez, messieurs, ce que raconte Koch. C’est bien une nouvelle preuve de la thèse que j’ai toujours soutenue, à savoir que les Français sont, après nous, les meilleurs soldats de toute l’Europe. La France sera toujours en situation, même avec son taux de natalité actuel, de mettre sur pied une centaine de divisions. Il nous faudra absolument, après cette guerre, nouer une coalition capable de contenir militairement un pays capable d’accomplir des prouesses sur le plan militaire qui étonnent le monde comme à Bir Hakeim. »

El Alamein, l’heure du sacrifice.

L’heure de la contre-attaque sonne bientôt pour l’armée alliée. A El-Alamein, la 13ème DBLE est chargée d’enfoncer le sud du front. Elle s’élance à l’assaut du Piton de l’Himleimat, qui culmine à 80 mètres, pour y affronter les chars allemands. C’est là que le Prince Dimitri Amilkavari, Lieutenant-Colonel de la Légion Etrangère, est tué au combat par un éclat d’obus qui l’atteint en pleine tête. 

Il ne vivra pas la suite de la grande épopée de la 13ème DBLE, qui portera la flamme et le glaive de la libération sur le sol français, du débarquement de Provence à la bataille des Vosges.

Aujourd’hui revenu dans le camp du Larzac, ce régiment d’exception fait défiler ses légionnaires dans les cités templières de la Cavalerie et de l’Hospitalet, où le descendant de Saint Georges débuta son instruction sous le patronage des moines-soldats. Battant le pavé sous les antiques murailles, les képis blancs de la Phalange Magnifique chantent encore Sous le soleil brûlant d’Afrique et se souviennent de l’épopée de leurs pères. 

More Majorum est leur devise. “A la manière des anciens”. Pour ces étrangers sans nom et sans passé, cette phrase du lieutenant-colonel Amilakvari, écrite au plus fort des combats de Bir-Hakeim, valent comme une raison de vivre, et de mourir:

Nous étrangers, n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle. »

Rémi d’Antoigné

Article écrit par Rémi d’Antoigné

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.