Comprendre les Etats-Unis – la nation la plus impérialiste de l’histoire ?8 min de lecture

« L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde. Elle a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde. Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice. » Woodrow Wilson, Président des États-Unis de 1913 à 1921.

« La conviction idyllique des Américains d’être le centre du monde, la puissance suprême et le modèle absolu n’est pas fausse. Et elle ne se fonde pas tant sur les ressources, les techniques et les armes, que sur le présupposé miraculeux d’une utopie incarnée, d’une société qui, avec une candeur qu’on peut juger insupportable, s’institue sur l’idée qu’elle est la réalisation de tout ce que les autres ont rêvé – justice, abondance, droit, richesse, liberté : elle le sait, elle y croit et finalement les autres y croient aussi. » Jean Baudrillard, philosophe français

Le fringant Joe Biden est désormais le 45e président des États Unis, au terme d’une élection qui restera dans les annales. Voilà des mois que cet événement monopolise nos écrans, ce qui est à la fois pénible mais normal, puisque les USA sont la (future ex ?) première puissance mondiale.

Un peu d’histoire :

Au début du XVIIe siècle, des colons anglais -pour beaucoup des puritains expulsés manu militari -partent à l’aventure pour le nouveau Monde. Ils fondent des colonies sur la côte Est, dont ils proclament l’union et l’indépendance de l’Empire anglais en 1776.

Les griefs contre le Roi George sont alors nombreux : injustices, usurpations, oppression, mépris, spoliations. S’en suit une longue guerre d’indépendance, vivifiée par la ferveur populaire, mais dont la victoire finale devra beaucoup à l’aide d’une France soucieuse de venger sa défaite dans la guerre de 7 ans.

Cette jeune République – fondée par des hommes des Lumières 13 ans avant la Révolution française – s’appuie sur des principes nouveaux : égalité, liberté d’opinion, recherche du bonheur, volonté générale etc. La monarchie est jugée tyrannique, et tout dans l’appareil politique et les institutions sera fait pour l’éviter.

Pour autant, les jeunes États-Unis ne se privent pas de pratiquer largement l’esclavage, et de s’aviser que Dieu -en personne- les a choisis pour répandre la civilisation (Destinée Manifeste de 1845). Dès lors, la « Conquête » (!) de l’Ouest signera l’expropriation et l’extermination d’Indiens déjà épuisés par les nouvelles maladies, conquête qui aujourd’hui aurait tout du crime contre l’humanité.

Ce nouveau monde américain est inexploré et déborde de ressources naturelles. C’est ainsi qu’il attire le trop plein démographique de l’Europe, dont il est la seule porte de sortie : de la pauvreté pour des millions d’Allemands et d’Italiens, de la famine pour les Irlandais, du pogrom pour les Juifs.

À l’international, les États-Unis sont d’abord isolationnistes. La doctrine Monroe de 1823 fait office de deal avec l’Europe : pas d‘intervention dans mes affaires américaines, et moi dans les vôtres. Au début du XXe siècle, l’unification de la côte est à la cote ouest est achevée, et la population est passée de 5 à 100 millions d’habitants.

La jeune République devient assez puissante pour faire sa loi
La donne change avec les deux guerres mondiales. Pendant la Première, les Américains se battront jusqu’au dernier Français, et poseront des bases industrielles solides. La Deuxième les renforce et les voit renverser l’empire japonais dans le Pacifique au prix de deux frappes nucléaires sur des civils, et vaincre le reich allemand, avec le concours de l’URSS. La puissance est partagée entre le bloc de l’Ouest (USA et Otan) et le bloc de l’Est (URSS et Pacte de Varsovie), qui s’écroulera 45 ans plus tard.

Depuis, la Destinée manifeste a trouvé à s’exporter au Vietnam, en Serbie, en Irak, au Chili, au Nicaragua, en Afghanistan, etc ; interventions qui finissent invariablement en busheries. La jeune République est devenue assez puissante pour dicter sa loi, y compris au mépris du droit international. Saddam était désigné comme le diable incarné, mais aucune administration ne s’est jamais privée de soutenir des pires que lui quand il le fallait (affaires des Contras, surprise d’octobre 1979 etc). L’URSS a été vaincue, mais l’OTAN existe toujours. La plus grande démocratie du monde est décidément bien hypocrite.

Aujourd’hui, cette guerre est avant tout économique.

Mitterrand lui-même l’avait compris dans un rare moment de lucidité : « La France ne le sait pas mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. ». Le dollar est aussi la première monnaie mondiale (il est impliqué dans 87% des transactions !), position que le pouvoir américain fait tout pour conserver.

En 2003, les USA ont sommé leurs alliés (vassaux ?) de les aider à envahir illégalement l’Irak. Notre refus nous a couté très cher : 4 milliards. Depuis, on est encore passés à la vitesse supérieure, avec l’extraterritorialité du droit américain (voir ici de quoi il s’agit, avec le scandaleux emprisonnement de F. Pierucci d’Alstom). Cet impérialisme a été décuplé par la mondialisation économique et financière, et de fait il n’a pas d’équivalent dans l’histoire.

Revenir à la vision d’origine :

Nombre d’Américains regrettent cet état de fait

itution, ni prohibés aux États, sont réservés aux États respectivement, ou au peuple. » 10e amendement

et en appellent à l’esprit des pères fondateurs. On l’a dit, cet esprit c’est la liberté, la petite propriété et la lutte contre l’oppression. La déclaration d’indépendance de 1776 fut signée par des hommes aussi illustres que John Hancock, Samuel et John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson.

Elle fut complétée par la Constitution de 1787 et tous ses amendements (George Washington). Celle-ci définit la répartition et la séparation des 3 pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
1/ Le premier est attribué à un Congrès des États-Unis
>Le Sénat représente les États, 2 sénateurs par état élus pour 6 ans – 100 sénateurs aujourd’hui
>La Chambre des représentants représente les citoyens pour 2 ans, nombre de représentants proportionnel à la population de l’état, – 435 représentants aujourd’hui

Actuellement, la Chambre est à majorité démocrate, mais le Sénat est divisé à 50-50 entre Républicains et Démocrates. La Constitution prévoit ce cas, et accorde un droit de vote au Président du Sénat, qui est par ailleurs de facto le vice-président des USA (Kamala Harris).

Les rôles sont précisément définis entre les deux chambres, notamment pour la mise en accusation puis le jugement éventuel d’un élu (le fameux impeachment). Le Congrès a le pouvoir de lever et percevoir les taxes (uniformes sur tout le territoire), faire des emprunts et les payer, réglementer le commerce, battre monnaie, garantir des brevets, constituer les tribunaux, déclarer la guerre.

2/ Le Président des USA approuve les projets de loi ou les renvoie pour un nouvel examen : le pouvoir exécutif lui est confié pour 4 ans, il est élu par un cortège de grands électeurs, avec un vice-président. Il est le commandant en chef de l’armée et de la marine des États-Unis.
3/ Le pouvoir judiciaire est confié à une Cour Suprême, dont les juges sont proposés par le Président, et confirmés par le Sénat.

« Les États-Unis garantiront à chaque État de l’Union une forme républicaine de gouvernement, protégeront chacun d’eux contre l’invasion et, sur sa demande, contre toute violence intérieure » article 4
« Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Const

En clair : l’état fédéral s’occupe de la défense et de la sécurité, ainsi que de l’émission de monnaie (ce sont les prérogatives classiques du souverain), mais laisse une relative autonomie aux États. Cela explique les grandes différences que l’on observe aujourd’hui d’un État à l’autre concernant la peine de mort, la dépénalisation du cannabis, etc.

Des amendements complètent cette Constitution. Les 10 premiers constituent le Bill of Rights de 1789: liberté religieuse (1e amendement), droit au port et à la détention d’armes (le mythique second), possibilité de ne pas témoigner contre soi-même (« take the fifth »).

D’autres, plus tardifs, sont tout aussi importants dans l’histoire américaine : abolition de l’esclavage (13e/1865), droit de vote des femmes (19e/1920), prohibition de l’alcool puis abrogation (18e et 21e) !
Ces textes sont des trésors de philosophie politique et de pensée dans la recherche de contre-pouvoirs. Tout est prévu : contrôle des citoyens sur les institutions, destitutions d’élus indignes, autonomie au niveau local. Pour autant, ces mêmes textes décrivent les Indiens comme « des sauvages sans pitié » (DDI) et en fait littéralement trois-cinquièmes de citoyens américains. Les noirs et les femmes zéro cinquièmes à l’origine.

Ces textes sont sacrés pour les Américains et un élu peut difficilement s’afficher anti-armes ou violer impunément les secrets de l’instruction. Il est très difficile de passer de nouveaux amendements et donc modifier la Constitution (majorité des 2/3).

Quelles perspectives pour les USA ?

Les USA ont et continuent de tenir leur vision du monde de leur géographie. L’immensité de leurs territoires leur a tout fait voir en grand : constructions, villes, rythme de consommation. Parce que le nouveau monde débordait de ressources naturelles, eux ont cru qu’elles étaient inépuisables et illimitées. Mais on s’aperçoit aujourd’hui qu’on arrive au bout des stocks et que l’American way of life n’est pas soutenable. Premier défi.

Deuxième défi : le crépuscule du WASP (white anglo-saxon protestant), par ailleurs le plus souvent d’origine non pas anglaise mais allemande. Les statistiques ethniques, interdites en France mais pas aux USA, montrent une tendance de fond d’augmentation de la natalité des populations hispaniques, au contraire du WASP. En comptant l’immigration légale et illégale, que tous les murs du monde n’arriveront jamais à arrêter, 50 % des immigrés annuels proviennent d’Amérique latine. Dans 20 ans, l’espagnol sera sans doute langue officielle au même titre que l’anglais.

En outre, ces populations sont majoritairement catholiques, ce qui pourraient redéfinir les relations avec l’Église, d’autant que le Pape actuel est lui-même sud-américain. Pour l’heure, la part des catholiques dans la population américaine est de l’ordre de 20%, le protestantisme reste dominant avec plus de 45%.
Il est difficile de voir quel parti politique pourrait en profiter. Traditionnellement, les WASP votent Républicain, et les minorités (catholiques, juifs, noirs, hispaniques) Démocrate. On s’aperçoit désormais que nombre de noirs et de minorités en général votent Républicain ; la fracture est davantage entre Amérique « profonde » et Amérique des grandes villes côtières.

>Républicains : (GOP) le rouge, l’éléphant, fondé en 1854, de centre droit et conservateur
>Démocrates : le bleu, l’âne, fondé en 1828, de centre gauche et progressiste

Troisième défi : ces bouleversements démographiques, en même temps qu’un militantisme gauchiste exacerbé, sont en train de nous mener à ce que Tocqueville avait très intelligemment aperçu il y a près de deux siècles : la tyrannie des minorités. Voilà que des universitaires américains proclament les lubies les plus farfelues qu’on puisse imaginer : discrimination positive en place de la méritocratie (au détriment du prestige des Universités et d’institutions comme les Oscars ; « black lives matter » en occultant le fait que les victimes abattues par la police sont principalement… blanches. D’une façon générale, ces minorités agissantes prétendent représenter l’ensemble de leur minorité, ce qui est loin d’être le cas dans les faits, et travaillent à réécrire l’histoire pour servir leurs intérêts subversifs.

C’est ainsi que la Guerre de Sécession a été réécrite : il a été fait de la Confédération un bloc réactionnaire et esclavagiste, dont l’Union a bien fait de triompher, en oubliant que les généraux nordistes possédaient eux-mêmes des armées d’esclaves, que nombre de noirs ont combattu dans les armées confédérées, que les châtiments infligés aux esclaves n’étaient pas la norme mais l’exception : des prix Nobel ont montré que l’esclave des plantations du Sud jouissait d’un niveau de vie trois fois supérieur à celui de l’ouvrier de Boston !

Conclusion :

On l’aura compris, l’état fédéral américain est aujourd’hui moins le représentant des états qu’il fut qu’un bras armé qui frappe où bon lui semble. La démocratie a tourné à l’oligarchie. On appelle élection démocratique un show qui ne propose que deux candidats, et dont le ticket d’entrée commence à un milliard de dollars. La liberté l’a cédé à la tyrannie, celle des GAFA et des grandes multinationales. À la fin du XIXe encore, le Sénat n’avait aucun état d’âmes à passer des lois anti-trust (Sherman) pour démanteler l’empire Rockfeller, parce que s’il ne pouvait tolérer aucun tyran politique, il ne pouvait tolérer non plus de tyran économique.
Aujourd’hui, les USA ne peuvent que constater les dégâts : 6 000 à 15 000 milliards de dollars ont été englouti depuis 20 ans dans des guerres inutiles. La dette est abyssale, les infrastructures et les institutions tombent en ruine. Le pays est plus divisé que jamais.
Dans le même temps, la Chine a minutieusement préparé sa montée en puissance et désormais, elle est prête à prendre la place. Nous sommes arrivés au « piège » identifié par le grand historien grec Thucydide, qui promet une lutte terrible entre les 2 puissances.

 

Article écrit par AlexeïR

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