Au nom de la parole donnée4 min de lecture

C’est un tabou, une honte, une désobéissance menée par « un quarteron de généraux en retraite », le putsch des généraux fait partie de ces zones d’ombre de l’histoire de France. Avril 1961, le putsch arrive à la fin d’un conflit fratricide, où les enjeux prenant le pas sur les réalités humaines, poussent les belligérants de l’époque aux pires perversions.Le divorce prévu à l’amitié vire à la haute trahison.

Cinquante-neuf ans après, l’incompréhension demeure. Pourquoi de si vaillants soldats ont-ils pu, délibérément, désobéir au général De Gaulle ?

 

Après le référendum du 8 janvier 1961 sur l’autodétermination, l’indépendance et le départ de la France ne font plus aucun doute. De Gaulle passe du « Je vous ai compris » salvateur de 1958 à la négociation mortelle avec le FLN.

Le 22 avril 1961, les chefs putschistes ainsi que quelques parachutistes prennent Alger sans un coup de feu. A 6h30, le général Challe appelle à la radio les forces armées présentes en Algérie à le rejoindre « pour assurer le serment de l’armée à garder l’Algérie ». Une partie des soldats, ceux du mythique 1erR.E.P en tête, et du contingent envoyé en Algérie se rallie à lui. Les forces putschistes tiennent Alger avec le soutien de la population locale et les généraux Challe, Zehler, Jouhaud et Salan prennent la tête des opérations.

Dès le 23 avril, dans une allocution télévisée restée tristement célèbre, le général De Gaulle, condamne violement ce début de rébellion. Le bruit d’un coup d’état en métropole fait trembler le trône élyséen, les blindés sont dans la capitale, l’on craint une attaque des parachutistes.

Dès le 25 avril, après s’être repliés dans la banlieue ouest d’Alger à Zeralda, les premiers officiers putschistes se constituent eux-mêmes prisonniers. Ainsi, les généraux Challe et Zehler sont les premiers à le faire, Hélie de Saint Marc suivra. Quant à eux, Salan et Jouhaud s’enfuient pour rejoindre l’O.A.S. L’opération a échoué, prison et condamnation attendent les putschistes, mais la voix de ces soldats résonne à jamais.

Le bilan est terrible : 220 officiers sont relevés de leur commandement et trois régiments sont dissous sur ordre du gouvernement (1erR.E.P, 14è R.C.P et le 18è R.C.P). De Gaulle a réussi son tour de force, il a tué les Pieds Noirs en tant que force politique. La guerre d’Algérie va prendre un tout autre tournant, la fin sera tragique.

 

Plusieurs éléments permettent de mieux comprendre ce qui poussa ces officiers à défier frontalement le pouvoir légal.

Le premier est leur relation avec le général De Gaulle et plus généralement avec la politique du gouvernement de l’époque. Beaucoup d’entre eux ont été résistants de près ou de loin, beaucoup ont lutté de Londres au maquis pour libérer Paris : Jouhaud major des F.F.I pour la région de Bordeaux, le colonel Godard combattant du célèbre maquis des Glières ou encore le général Faure membre des Forces Françaises Libres en sont les meilleurs exemples. Tous ces hommes restent attachés à la vision de la France portée par le général et c’est pour cela qu’ils font, pour partie, appel à lui en 1958 pour régler ce conflit.

De Gaulle arrive en Algérie en affirmant à l’armée « votre mission est de garder l’Algérie et de la garder française ». Trahis par l’homme qu’ils ont applaudi sur le forum d’Alger le 4 juin 1958, ces officiers ne peuvent désormais que le haïr. Ils iront jusqu’à le combattre car celui qui fut l’homme de la résistance, et un temps l’homme de l’Algérie française, est aujourd’hui l’homme de la collaboration avec le F.L.N. Pour beaucoup, le mythe du héros du 18 juin 1940 s’effondre.

La correspondance privée entre De Gaulle et le général Salan, alors commandant en chef à Alger, souligne parfaitement ce qui, pour ces soldats, reste une trahison. Le 24 octobre 1958 le chef d’Etat écrit au général que « l’ensemble de la nation française fait maintenant bloc sur quelques idées simples : on ne doit pas lâcher l’Algérie ». Attaché à l’Algérie-française, Salan est rassuré. Il percevra le retournement de veste du général dès son renvoi à Paris en décembre 1958.

 

 

Le second élément explicatif du putsch des généraux est l’importance capitale de la population – notamment des Harkis – dans ce conflit. De fait, le gouvernement a envoyé son armée se battre pour garder une terre et une population sous domination française.

A côté des troupes conventionnelles de nombreux soldats algériens (les fellaghas), combattent le F.L.N aux côtés de l’armée française. Les plus valeureux d’entre eux sont membres du légendaire Commando Georges.

Les conséquences désastreuses pour les harkis d’un éventuel départ français d’Algérie poussent plusieurs officiers français à assurer la protection et la prospérité des familles de leurs supplétifs. L’engagement qu’ils ont pris devant ces hommes découle de leur volonté propre, ainsi que de la position originelle de la France aux débuts du conflit.

L’enjeu de cette guerre n’est plus le rapport de force territorial avec les rebelles, mais bien le devenir de la population locale. Partir serait lui mentir, partir serait la trahir, partir serait la livrer aux massacres du F.L.N. Le cauchemar de l’abandon des indochinois est encore dans toutes les têtes. Ces populations qui furent abandonnées et donc condamnées à une mort certaine agitent encore les nuits du général Salan, de Saint Marc et de bien d’autre. Les harkis sont leurs indochinois.

 

C’est en réalité pour ne pas tacher une nouvelle fois leur uniforme d’un abandon criminel et pour honorer la promesse faite à leurs frères d’armes que des officiers français s’opposèrent au pouvoir gaullien du 22 au 26 avril 1961.

 

Désobéir pour l’honneur d’une parole donnée.

 

Arthur Perrier

 

 

Article écrit par Arthur Perrier

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