[Au-delà des idées reçues #3] En route vers l’Algérie !4 min de lecture

Un régime sur le qui-vive :
A Alger, en 1827, la tension était palpable. Le régent de la Province, le Dey Hussein, exigea que la France lui rembourse une dette très ancienne. Celle-ci correspondait à une vente de blé, qui avait assuré aux Français une subsistance face aux sécheresses qui affamèrent le Directoire. Mais le Dey se heurta à l’insolence du Consul Deval, un affairiste français à la réputation douteuse peu apprécié dans la région, qui avait pour principal défaut de représenter le gouvernement de Charles X… Malgré son apparente désinvolture, ce dernier n’était pas indifférent à cette affaire, mais tout simplement mal informé par son gouvernement. Quoi qu’il en soit, le dey fut outré par son apparente arrogance et, le 27 avril 1827, lui ordonna de se retirer en lui administrant un très fameux « coup d’éventail [1]».

Cet évènement, en soit d’une importance mineure, devint rapidement un enjeu d’orgueil national. L’honneur français avait été souillé ! Réparations et excuses furent exigées. Mais le dey refusa de s’incliner. Paradoxalement, cette fière réaction arrangea beaucoup le régime de Charles X, qui venait de dissoudre la Chambre des députés, de restreindre la liberté de la presse et de suspendre le droit de vote ; et qui sentait bien la révolte gronder… Il devenait donc primordial de sauver la monarchie en rachetant le soutien populaire par une potentielle victoire à Alger. Charles X, qui sentait sa couronne vaciller, finit donc par presser le départ de ses troupes, à mesure que les tensions s’intensifiaient en métropole…

Le débarquement en Algérie :

Trente cinq mille hommes furent mobilisés pour cette expédition. Ils accostèrent sur la plage de Sidi-Ferruch en juin 1830, et moins d’un mois après, prirent Alger (le 5 juillet 1830). Ce même jour, le maréchal de Bourmont, commandant des forces françaises, signa avec le Dey une convention qui garantissait aux ressortissants de la province d’Alger le respect de leurs coutumes, de leur religion et de leurs biens en échange de la capitulation du dey, de la prise de la Casbah, et évidemment, de la reddition d’Alger. Le respect de ces conditions eût été trop beau pour être vrai, et pendant les années de conquête qui suivirent, de nombreuses violences furent perpétrées (enfumades, vols, viols…) sans pour autant que celles-ci soient ordonnées, ou systématisées par l’Etat major.

L’armée française ne rencontra donc aucune résistance nationale, sachant qu’à l’époque, l’Algérie n’était pas encore un pays unifié, mais seulement une juxtaposition des provinces d’Oran, de Constantine et d’Alger, toutes rattachées à l’Empire Ottoman. Ainsi, les réactions des populations locales furent diverses et variées : l’armée fut accueillie à Oran et Bône, tandis que Constantine lui opposa un combat farouche pendant les sept années qui suivirent.

Mais quoi qu’il en soit, les victoires françaises dans cette lointaine Algérie n’eurent pas l’effet pacificateur sur les révoltes que Charles X espérait, et la révolution de Juillet 1830 éclata tout de même, et renversa la monarchie. Ce fut alors Louis-Philippe I, nouveau roi des Français, qui hérita de cette campagne dont il ne savait que faire.

Abd el Kader et Bugeaud :

En effet, au début des années 1830, un jeune émir, du nom d’Abd el-Kader, incarnait la seule opposition cohérente qui donnait du fil à retordre aux militaires… Issu d’une noble famille, plus ou moins directement descendant du prophète Mahomet, Abd el-Kader était porté par un grand projet : « devenir sultan des côtes d’Alger, d’Oran et de Tlemcen et jusqu’à la frontière de Tunis[2] ». Mais ceci était problématique car les Français occupaient justement ces fameuses côtes…

Alors, la guerre éclata entre les deux armées, et pendant 6 ans celles-ci s’affrontèrent sans pour autant qu’aucune victoire décisive ne soit remportée. C’est alors que Louis-Philippe, excédé d’avoir à se préoccuper d’un chef rebelle en Algérie, décida d’employer les grands moyens et envoya un général jeune et énergique – Bugeaud – en Algérie avec pour mission de signer un accord de paix avec l’émir. On lui donna carte blanche !

En un mois et demi l’affaire fut bouclée, et la paix signée lors du traité de la Tafna (30 mai 1836). Abd el-Kader conservait les terres intérieures (l’Oranie et l’Algérois) tandis que Bugeaud garantissait la présence française à Oran et Alger, car celles-ci étaient les villes côtières les plus aptes à devenir des relais commerciaux ou des bases militaires. En signant ce traité, Bugeaud prenait de sérieux risques car s’il était rapidement parvenu à la paix,  il n’avait pas cherché à s’étendre, se bornant à respecter les directives (plus ou moins claires) du gouvernement.

 

Le président du conseil (Louis Molé) exprima justement ses ambitions au gouverneur général de l’Algérie (le général de Damrémont), peu après la signature du traité de la Tafna :

 

« La France a surtout intérêt à être maitresse du littoral. Les principaux points à occuper sont Alger, Oran et Bône avec leurs territoires. Le reste doit être abandonné à des chefs indigènes. »

Louis Molé

 

Une paix peu acceptée :

La paix fut mal acceptée en métropole car l’Assemblée trouva que Bugeaud avait été trop timide, et qu’il aurait dû profiter de la faiblesse d’Abd el-Kader pour s’emparer des terres intérieures. Mais le général justifia son traité en soutenant que, dans l’état où il était, le système militaire français n’aurait pas pu se maintenir dans les vastes plaines arides de l’Algérie. De même, il souleva la question de l’existence d’un projet français pour l’Algérie qui aurait justifié l’investissement de l’armée là-bas. Comme on pouvait s’y attendre, cette question ne trouva pas de réponse.

Devant l’Assemblée :

« Vous n’avez pas encore de système ; je vous ai donné par le traité, du temps pour en juger ; et quand ce ne serait que cela, ce serait déjà un très grand service. »

Bugeaud

Mais la paix fut aussi mal acceptée par Abd el-Kader ! Rappelons que celui-ci voulait maîtriser les villes côtières. Au lendemain du traité, il tenta donc de constituer un Etat clairement opposé à la présence française. Bref, ce chef charismatique et un peu trop remuant allait créer bien des ennuis à l’armée française dans les années qui suivirent…

Eléonore de Gentile

 

Sources :

Lugan Bernard, Une histoire de l’Afrique : des origines à nos jours.

[1] Evènement déjà traité dans l’article :  Au-delà des idées reçues : La COLONISATION FRANÇAISE en Afrique, Partie 1 | Histoire (letudiantlibre.fr)

[2] Lugan Bernard, Une histoire de l’Afrique : des origines à nos jours.

 

Article écrit par Auteur Ponctuel

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