7 octobre 1571 – la bataille de Lépante ou l’Europe qu’on aime4 min de lecture

Lépante, c’est la victoire de l’Europe, celle qu’on aime. C’est l’Europe qui se dresse courageusement face à ses adversaires. L’Europe est d’ailleurs née  face à l’Islam, originellement. Depuis, la civilisation européenne s’est presque toujours définie par rapport à l’Islam.

 

La naissance européenne contre l’Islam

C’est lors de la fameuse bataille de Poitiers en 732, qui se solde par une victoire de Charles Martel, que naît discrètement la conscience européenne. Après avoir franchi le détroit de Gibraltar en 711, les troupes musulmanes possèdent presque toute l’Espagne en 716. De là, elles lancent fréquemment dans le sud de la France des razzias (entre deux et trois par an). Ces raids maîtrisés à la perfection visent d’abord à rapporter du butin plus qu’à étendre le territoire de l’Oumma (sur lequel s’exerce la domination musulmane). C’est lors de l’un de ces raids, plus lointain que les autres, qu’Abd-el-Rahman est mis en déroute par Charles Martel, alors simple prince.

Ce jeune chevalier, qui ne représente même pas le royaume franc de l’époque en entier, et donc encore moins la France actuelle, est qualifié d’Européen dans la Chronique rimée des derniers rois de Tolède et de la conquête de l’Espagne par les Arabes (rédigée par un chrétien anonyme de Cordoue vers 750). De manière naturelle et discrète, l’auteur de cette chronique laisse suggérer que ce jeune prince franc et son armée sont « européens » (europenses en latin) en raison de leur lutte contre l’Islam. Le terme europenses est d’ailleurs employé pour la première fois pour désigner les espagnols qui se battent contre les « sarrasins ». La notion géographique d’Europe existe déjà mais pour la première fois l’Européen est pensé, c’est celui qui s’oppose à l’islam.

De même, au IXe siècle, Sedulius qualifie Charlemagne (qui combat le calife de Cordoue) de « prince de l’Europe » dans un poème. À cette époque, deux éléments caractérisent le sentiment d’appartenance européen : la foi chrétienne et la lutte contre l’Islam. Le sentiment européen au Haut Moyen-Âge est donc ethnico-religieux.

 

Les tensions entre Europe et Islam

Après cette bataille de Poitiers, la lutte entre Islam et Europe se poursuit de façon directe tout au long du Moyen-Âge et de la Renaissance. Bien évidemment, cette lutte est entre deux civilisations. Comme le souligne Olivier Hanne en conclusion de son ouvrage référence sur le sujet, L’Alcoran, « l’Europe conçoit son rapport au Coran en terme culturel avant de le situer dans le domaine religieux ».

Les Européens du Moyen-Âge avait à certains égards mieux compris l’Islam que nombre de nos contemporains : il s’agit d’une civilisation, au-delà d’une religion. Ainsi, la lutte entre l’Europe et l’Islam est tout sauf personnelle, des sources attestent par exemple la présence de musulmans dans des villes comme Montpellier. Ceux-ci étaient probablement à la fois marchands et ambassadeurs puisque depuis l’apparition de l’Islam, les Européens ont toujours conservé des rapports diplomatiques et commerciaux avec les territoires musulmans. C’est d’ailleurs pendant les croisades que le commerce est le plus florissant.

Malgré ces liens réels, les conflits se succèdent. Après l’extension du territoire musulman jusqu’au Xe siècle avec la conquête de la Sicile, les deux mondes sont à peu près figés à la fin du XIe siècle : l’Europe chrétienne au nord, et les « Sarrasins » -comme on les appelle alors au sud et à l’Est. La Méditerranée est presque un lac intérieur pour les musulmans. Les croisades apparaissent alors et se succèdent (il y en a 8 entre 1098 et 1271).

Comme l’explique toujours Olivier Hanne, « les croisades ne sont pas originellement une guerre contre l’Islam ». Ce mouvement, d’abord spirituel selon lui, permet tout de même aux deux civilisations de se rencontrer. En somme, si elles sont un moment capital de la relation entre l’Europe et l’Islam, elles ne sont pas originales. Dès le VIIIe siècle, les européens ont compris que l’Islam était une civilisation ennemie. Pour eux, la reconquête espagnole, un assaut contre les musulmans installés en Provence ou les croisades sont équivalents.

 

La victoire de Lépante, dernière croisade ?

Depuis la chute de Saint-Jean-d’Acre, dernier lieu de présence chrétienne en Orient, en 1291, les Européens n’ont pas renoncé à lancer une nouvelle croisade. Cependant ils ne cessent de subir l’avancée musulmane en Europe. Constantinople, lien entre Orient et Occident, tombe en 1453 (la ville aurait d’ailleurs probablement été prise dès le XIIe siècle sans les premières croisades). Après cela, l’Islam ne cesse d’avancer. Il avance tellement qu’en 1571, le sultan Sélim II menace Chypre, où sont retranchés les derniers croisés.

Devant un tel risque, le pape met sur pied une vaste coalition européenne (essentiellement espagnole et vénitienne, il faut reconnaître que la France est presque absente), renouant avec l’idéal pas si lointain des croisades. Le 7 octobre, les 300 navires Turcs affrontent donc les 213 galères chrétiennes dans le golfe de Lépante, en Grèce. La victoire chrétienne est totale : presque toutes les galères ennemies sont capturées, le sultan est fait prisonnier et 15 000 chrétiens sont libérés.

Le pape Pie V, qui avait constitué la Sainte Ligue, avait aussi invité les chrétiens à prier le rosaire pour obtenir la victoire. Ce dominicain, alors qu’il travaillait avec des cardinaux en ce 7 octobre, reçoit la prescience de la victoire, selon la tradition catholique. Il se lève tout à coup et sait que la Sainte Ligue a gagné, allant alors remercier Dieu. C’est en mémoire de cela qu’il institue la fête de Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre. Cette victoire n’arrête pas tout à fait les Turcs qui dressent l’année suivante un siège à Vienne. Mais les Autrichiens les repoussent encore.

Ainsi, la bataille de Lépante est l’image d’une Europe chrétienne, rassemblée par son héritage commun pour accepter courageusement de se battre contre l’Islam. À l’heure où l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est toujours envisagée malgré la politique extrêmement belliqueuse de celle-ci, souvenons-nous de Lépante. Souvenons-nous de ce jour, il y a 449 ans, où les nations européennes et donc chrétiennes se sont rassemblées pour se défendre. N’oublions pas, et essayons d’être à la hauteur.

Article écrit par Paul Guerry

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