1er avril 1922, la mort du dernier empereur d’Autriche.5 min de lecture

 Place Saint-Pierre, le 3 octobre 2004, le souverain pontife Jean-Paul II béatifie solennellement Charles Ier de Habsbourg-Lorraine, dernier empereur d’Autriche et roi de Hongrie. L’opinion est partagé entre ceux qui font du dernier empereur le responsable du démantèlement de l’empire austro-hongrois et ceux qui font du dernier empereur le souverain le plus attaché à son peuple, à son épouse, à ses enfants et à Dieu. 

C’est à Persenbeug le 17 août 1887 que Charles voit le jour. Fils de l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe, cet enfant n’est que cinquième sur l’ordre successoral. Après les décès successifs des divers prétendants au trône, l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand, oncle de Charles, est le premier en liste. Le 28 juin 1914, celui-ci est assassiné à Sarajevo faisant de Charles l’ultime hériter.

Charles part avec des avantages et des qualités qui ne sont pas des moindres. On lui reconnaît le courage, le don de soi, la piété, la discrétion, le patriotisme. Il a été formé au droit, à l’économie mais aussi aux armes puisque, comme le veut la tradition, il est officier dans l’armée de l’empire. Sa maîtrise de plusieurs langues est une alliée de taille; l’empire austro-hongrois étant multi-national et composé de cinquante millions de sujets et d’une dizaine de peuples. 

François-Joseph rend l’âme le 21 novembre 1916 laissant avec lui un vieux monde. Une page se tourne. Il ne s’agit plus de l’empire profondément conservateur imprégné des moeurs et des usages du XIXe siècle. Charles Ier connait les enjeux de son temps. Il doit se positionner entre la politique ultra-conservatrice de son grand-oncle et les revendications des peuples. Face à lui, la Grande Guerre, face à lui un empire encore meurtri par la défaite de Sadowa (1866), face à lui une poudrière austro-hongroise qui, déjà en 1916, fait des étincelles. 

Zita, le roch de l’empereur 

Charles a vingt sept ans lorsqu’il accède au trône. Il est marié à la princesse Zita de Bourbon-Parme fille de Robert Ier, duc de Parme, et d’Antoinette de Portugal. Ce mariage n’est pas le fruit de stratégie matrimoniale, il est souhaité et consenti. Zita et Charles se rencontrent chez une parente commune en 1909, l’entente se fait de si tôt. 

« Nous étions bien sûr heureux de nous revoir et devînmes proches. De mon côté, les sentiments se développèrent graduellement au cours des deux années suivantes. Il semble qu’il s’est décidé beaucoup plus rapidement, cependant, et le fut encore plus quand, à l’automne 1910, la rumeur courut que je m’étais fiancée à un lointain cousin espagnol,  Don Jaime,  le duc de Madrid. En entendant cela, l’archiduc descendit avec hâte de sa garnison à Brandeis et se rendit auprès de sa grand-mère, l’archiduchesse Marie-Thérèse, qui était aussi ma tante et la confidente naturelle de tels sujets. Il lui demanda si la rumeur était vraie et quand elle lui dit que non, il répondit : « Bien, je ferais mieux de me dépêcher quand même, ou elle se fiancera à quelqu’un d’autre » » nous dit Zita.

Le couple se fiance le 13 juin 1911 et se marie le 21 octobre de la même année. Huit enfants naissent de cette union: Otto, Adélaïde, Robert, Félix, Charles-Louis, Rodolphe, Charlotte et Elisabeth. La dernière de la fratrie nait orpheline de père. 

L’empereur et l’impératrice se sont jurés dès leur mariage de se pousser mutuellement vers la sainteté. Profondément chrétiens, ils ont placé Dieu au centre de leur foyer et de leur couple.

Charles et Zita sont couronnés empereur et impératrice d’Autriche le 1er décembre 1916 et roi et reine de Hongrie à Budapest le 30 décembre 1916. Ils se partagent les tâches: alors que Charles montre une appétence et une connaissance certaine de la chose militaire, Zita s’implique dans le domaine social et assiste à quelques séances du Conseil des ministres. 

La Première Guerre mondiale, la fin d’un monde 

 En plein contexte de guerre, Charles prend conscience des failles de la double monarchie austro-hongroise. Convaincu que la voie réformiste pourrait sortir l’empire d’une situation politique critique, il demande à ce que le droit de suffrage en Hongrie soit élargi. En décembre 1917, le corps électoral passe à 3,8 millions de votants soit plus du doublement du nombre d’électeurs. Hélas, le Printemps des peuples est toujours à l’ordre du jour, les tensions dans l’empire reste palpable, pire, s’intensifient. 

  Influencée par son épouse, il mène des changements profonds en matière sociale permettant la création d’un ministère des affaires sociales et des directives réduisant le travail des femmes et des enfants. Pour clore l’ère conservatrice de son prédécesseur, il congédie les anciens conseillers. Croyant en la voie réformiste, il fait appel aux amis de feu François-Ferdinand: le sort de l’Autriche-Hongrie est entre leurs mains.

   Nous sommes en guerre mondiale lorsque Charles monte sur le trône. Militaire, il connait les rouages, les mécanismes et les bavures des combats. Il sait que les conséquences seront désastreuses. S’il n’est pas forcément un bon tacticien, il est doté d’un grand coeur. Aimant profondément son peuple, il parcourt l’ensemble du territoire pour être à leur contact, quatre vingt deux voyages sont effectués au cours de son règne. Il va au contact des soldats, il va sur le champ de bataille. « Je me rappelle une visite sur le front du Karst, une puanteur effroyable, indescriptible. Jusqu’au loin que je regardais, je voyais des cadavres de soldats tombés, et des rats, des rats, des rats horribles et énormes partout. Ils vinrent jusqu’à nos voitures et grimpaient aux roues. Un cauchemar. » témoigne plus tard l’impératrice Zita qui accompagnait son époux. Devant le nombre de morts conséquent, Charles ordonne de ne pas affecter aux postes dangereux les personnes dont la famille compte déjà deux morts ou les hommes qui sont pères de famille de plus de six enfants. Il interdit également le bombardement de villes non stratégiques; ainsi a t-il évité celui de Venise.

  La paix, un leurre pour certain, une nécessité pour Charles. L’empereur rentre en contact avec ses alliés pour mettre fin aux combats qui a déjà couté la vie à deux millions de soldats de l’empire. Il envoie ses beaux-frères Sixte et Xavier de Bourbon-Parme négocier avec le gouvernement français. L’empereur s’apprête à faire des négociations de taille et ce, sans prévenir son allié Guillaume II. Au printemps 1918, le scandale éclate. Le ministre des affaires étrangères d’Autriche affirme devant l’assemblée que Georges Clemenceau s’est résigné à faire à l’Autriche Hongrie des offres de négociations suite aux succès des offensives allemandes. La chancelier allemand perd de fait toute confiance envers Charles.

Le 12 mai 1918, l’armée autrichienne passe sous commandement allemand signe d’une union politique et économique ante-Anschluss, Charles n’a plus les mains libres.  De déception en déception, l’empereur affaibli  proclame en octobre 1918 la transformation de l’Autriche en Etat fédéral et la sécession de la Hongrie. C’est la fin de la double monarchie. L’empire n’est plus. 

Le difficile exil

Le 28 mars 1921 Charles eut une lueur d’espoir lorsque le général Horty mit fin à la terreur rouge de Bela Kun qui s’abattait en Hongrie. Finalement, Charles ne peut pas reprendre le pouvoir, Horty l’a trahi. Quelques mois plus tard, l’homme déchu tente avec une petite armée de reprendre le trône mais c’est un échec. Pour éviter toute guerre civile, Charles accepte de se retirer définitivement. La conférence des ambassadeurs ordonne à Charles et sa famille de s’exiler. Ils partent sur l’île de Madère le 19 novembre 1921. Alors que Zita est enceinte de son huitième enfant, Charles peine à respirer et rend son dernier souffle le 1er avril 1922, soit quelques mois après leur installation sur l’île. 

Il y a parfois des témoignages historiques qui secouent, qui émeuvent. Ceux de l’impératrice Zita ( décédée en 1989 ) et de son fils Otto sont d’une richesse immense. Ils font part de l’extrême bonté de Charles, de son dévouement pour son peuple. Malgré des erreurs politiques, une timidité, une simplicité non conforme à son rang et quelques maladresses, il faut garder l’image d’un souverain de paix car , même si ses négociations ont échoué, Charles s’évertua de promouvoir la paix terrestre à l’image de celle céleste.

Pour l’heure souvenons-nous des paroles de son fils Otto «Mon père a sans doute été l’unique chef d’État de la Première Guerre mondiale qui a véritablement cherché la paix, mu par sa conscience de chrétien». 

Article écrit par Adélaïde Barba

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