L'Étudiant Libre

Histoire du militantisme de droite 1/4 : Il était une fois dans l’Ouest

Premier billet d'une série d'articles sur l'histoire du militantisme de droite, cet article rédigée par notre section d'Aix-en-Provence revient sur l'un des piliers du militantisme de la seconde partie du XXe siècle : Occident.
@AFP

Incarné par la croix celtique, imprégné des idées nationalistes d’après-guerre, le mouvement Occident fait encore aujourd’hui fantasmer les étudiants. Moins reconnu que son successeur le GUD, il a pourtant joué un rôle de premier plan dans la France des années 60, de sa constitution en 1964 jusqu’à sa dissolution en conseil des ministre le 31 octobre 1968. Retour sur la genèse et la mort de ce mouvement.

Naissance d’Occident et genèse du nationalisme révolutionnaire :

Ce mouvement naît suite à une querelle sur la mobilisation de la Fédération des Etudiants Nationalistes contre le régime gaulliste et son obligation au service militaire. Une figure se distingue en s’opposant : Pierre Sidos – pour qui l’armée étant ce qu’elle est il n’y a pas de raison pour s’y attaquer. Minoritaire dans la FEN, il rompt les liens avec pour se tourner dans un premier temps vers Jean Thiriart, alors responsable de Jeune Europe que l’on peut qualifier de « Europe-Action transnational ». Mais Sidos n’aime guère l’esprit européen, ce qui le poussa à retourner pendant un temps vers la FEN, ce qui fut un échec : la scission est définitive. Il se place alors, en avril 1964, sous la bannière d’un nouveau mouvement : OCCIDENT. Dans l’équipe de direction nous retrouvons Philippe Asselin, Pierre Barroux, Christian de Bongain, Frédéric Brigaud, Patrick Devedjian, Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain Robert ; sous le tutorat de François Duprat qui amène un apport théologique fort. C’est au moment de la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour que le mouvement Occident recrute parmi les comités et autres organes de jeunesse. Suite aux dissensions internes causées par la publication des résultats (Tixier-Vignancour obtiendra 5,2% aux élections), Occident prend le large et se lance dans une série d’actions. Leur ligne est claire : anti-communiste, anti-gaulliste, et surtout jeunesse ; pour Occident, la prise de pouvoir passe par la conquête de la jeunesse ; celle-ci obtenue, le reste de la société tombera comme un fruit pourri. Ce « jeunisme » exacerbé est bien dans l’esprit de l’époque, qui voit les classes nées dans l’après-guerre aborder l’âge adulte. Ils se posent comme les héritiers du nationalisme révolutionnaire et reprennent la croix celtique. Cette « forme nouvelle de délinquance juvénile » s’attarde à essayer de réduire les marxistes au nombre de zéro. Une fois établi Occident renoue avec la FEN, notamment en collaborant pour des manifestations contre les gauches.

 « Le nationalisme révolutionnaire envisage la France comme une nation colonisée, qu’il est urgent de décoloniser. Les Français se croient libres alors qu’ils ne sont, en vérité, que les jouets de lobbies étrangers, qui les grugent et les exploitent, grâce à la complexité d’une fraction dirigeante, à qui ces lobbies jettent quelques morceaux à leur festin. » Manifeste du nationalisme révolutionnaire (1976), François Duprat.

Se définissant comme une « aristocratie militante au sein de laquelle nous sommes parfaitement égalitaires » ils évitent une guerre de chef pour se concentrer sur une conquête des jeunes par la lutte musclée avec un doctrine volontairement peu développée, permettant aux grande nombres d’idéologies de droite de cohabiter. Autre fait marquant, ils se différencient de l’extrême droite dite traditionnelle en en faisait un ennemi puisque comme ils l’écrivent dans un de leur tract : « nous avons compris que nous n’aurions bientôt plus assez d’ennemis à gauche. Nous nous sommes donc intéressés aux gens de droite […] nous avons décidé de dire bien haut ce que les autres ne disent pas du tout […] nous sommes un mouvement violent, nous en sommes fiers, personne n’a à rougir de descendre dans la rue pour ses idées. Décidés à lutter contre la bêtise et la trahison, nous les dénoncerons à droite comme à gauche. ». 

Ancrés, ils s’attaquent à un bastion bolchévique : Nanterre. Mais malgré la bonne volonté de ses militants, Nanterre reste à gauche. Néanmoins cela n’empêche pas la croissance de ce mouvement qui se concrétise avec la création d’un pôle politique, laissant de côté le militantisme violent qui les a fait connaitre. La croissance d’Occident reste toutefois moins élevée que les mouvements de gauches qui se font entendre grâce à un contexte international favorable (Révolte cubaine et mouvement hippie).

Ils répondent aussi dans les grands débats internationaux de l’époque. D’abord avec leur lutte contre les soutiens du Nord Vietnam : l’ennemie principale est le communisme vietnamien. Ils s’impliquent un peu dans le conflit israélo-palestinien, en particulier dans un tract : « Nous n’allons pas certes condamner le colonialisme, mais pourquoi les Juifs, qui pratiquent incontestablement en Israël, ainsi qu’en convenait Jean Daniel dans le Nouvel Observateur, une politique ouvertement raciste et colonialiste, se font-ils chez nous les apôtres de la décolonisation et de l’intégration raciale [..] Pourquoi ce qui est bon en Israël est-il condamnable pour l’Occident ». Ils s’en prennent aux « nationaux » préférant manifester pour une cause lointaine plutôt que pour lutter contre la gauche à la fac. Reprenant leur logique ils se lient avec le Front Uni pour casser les partisans du Vietnam au moment où l’insurrection étudiante de 1968 se prépare. Dès avril des évènements violents éclatent entre la droite et l’extrême gauche. 

Mai 68 et dissolution du mouvement :

Un meeting d’Occident est prévu pour le 3 mai 1968. L’autorisation délivrée par le doyen laisse penser qu’il cherche une excuse pour fermer son université à une époque de tensions grandissantes. Le quartier Latin bouillonne ; une manifestation du Front Uni dérape en un lynchage des partisans d’Occident qui réclament vengeance. Le soir du 2 mai la faculté est fermée avant la conférence. Occident organise une contre-manifestion face aux gauchistes de la Sorbonne qui s’est terminée par un encerclement des troupes d’Occident dans la Sorbonne. Mai 68 éclate ; les nationalistes ne peuvent répondre face à l’amplitude que prend le mouvement, « ils avaient rêvé d’un soulèvement unanime de la jeunesse contre le régime : celui-ci est en train de se produire mais sans eux, et contre eux » (Les Rats Maudits, 1995, Pierre Custond) . Le paroxysme est atteint le 25 mai avec l’assassinat d’un membre d’Occident par des gauches, la violence atteint un sommet.

Ayant raté le coche en mai, ils ne seront pas dissous contrairement aux associations d’extrême gauche qui se refondent dans de nouvelles structures. Ils continuent leur action – notamment en faisant exploser une bibliothèque pro-Maoïste. L’incident fait grand bruit ; le gouvernement signe l’arrêt de mort de mort d’Occident le 31 octobre 1968 durant le conseil des ministres. 

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Néanmoins l’esprit Occident ne mourra pas sous la plume de tristes ministres : la flamme nationaliste continuait à brûler dans le cœur de ses militants avec le Groupe Union Droit, qui devint les célèbres Groupe Union Défense et Ordre Nouveau.

Bastien Loro

Bastien Loro

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