Entretien avec « Renaissance Libérale-Conservatrice », cette ligne peut-elle réellement exister ?8 min de lecture

Renaissance Libérale-Conservatrice a répondu aux questions de L’Etudiant Libre.

D’où vient l’idée d’avoir créé l’association Renaissance Libérale Conservatrice ? Quel en est le but ?

Avec plusieurs jeunes de droite, on a fait un constat : dans la droite française, les idées libérales-conservatrices et particulièrement les idées libérales, étaient peu représentées. On a cette idée en France que le libéralisme c’est Macron, alors qu’en vérité il ne l’est pas tellement ; il est plus un libertaire ou un « libéral » américain. Un des tenants du libéral-conservatisme en France, à un moment, en 2017, ça a été Fillon, et à cause des affaires la droite s’est totalement éloignée de cette ligne-là. On retrouve aujourd’hui Bruno Retailleau qui n’est pas tout à fait un libéral-conservateur mais qui était proche de cette ligne là mais dont la ligne n’est que très peu partagée au sein de LR. Ce mouvement, Renaissance Libérale-conservatrice, c’est l’occasion d’essayer d’influencer des jeunes (et des moins jeunes) à droite, à notre petite échelle.

Par quel biais comptez-vous mener ce travail d’influence ?

On a lancé Renaissance Libérale-conservatrice sur les réseaux sociaux, ce qui était le plus simple à faire, en fin d’année dernière. On va lancer un site assez prochainement, sans doute en février-mars, avec des articles et une petite gazette mensuelle. Mais surtout, l’idée principale ça va être d’organiser, sur plusieurs années, des conférences, des colloques, sur chacun des 15 points de la charte de l’association, en faisant venir des personnes qui se revendiquent libérales-conservatrices, comme Florent Ly-Machabert sur des questions économiques, écologiques, ou fiscales, ou, à travers d’autres personnes qui peuvent être que conservatrices ou que libérales, essayer d’avoir un affrontement de points de vue.

Comment définiriez-vous le libéralisme ? Quel libéralisme ? Economique, social ? La droite peut-elle être libérale, alors que c’est, à l’origine, un mouvement de gauche ?

C’est ce qu’on entend beaucoup, que libéralisme et conservatisme sont inconciliables, alors que c’est surtout inconciliable en France. Quand on voit les conservateurs anglosaxons, notamment anglais et américains, ils sont défenseurs du marché-libre, des libertés individuelles, mais pas dans le sens des libertaires. Le libéralisme, par définition, c’est d’abord la défense des libertés politiques, de tout ce qui a mené à l’état de droit, c’est les libertés individuelles, c’est la liberté économique ; Mais toutes ces libertés-là doivent être gardées par des normes, par certaines normes sociales, par un ordre naturel des choses. Ce qu’on a remarqué, c’est que le libéralisme tel que pratiqué en France c’est plus du libertarisme, une déconstruction de tout ce qui a été fait avant : la famille évidemment, mais également l’homme. Revendiquer des droits qui ne sont plus des droits individuels, comme la liberté d’expression, la liberté de circulation, mais des droits à demander quelque chose à l’Etat ce n’est pas du libéralisme, c’est la vision d’Emmanuel Macron, mais aussi d’autres « libéraux » favorables à un revenu universel, et cela rend l’individu totalement dépendant de l’état.

Vous parlez de figures politiques, en affirmant que Macron n’est pas libéral, qui dans le monde, actuellement, met en place une politique que vous appelleriez libérale-conservatrice, ou un exemple dans l’Histoire de France ?

Par le passé en France, le modèle libéral-conservateur n’a pas été appliqué ; il y a eu François Fillon qui l’a incarné pendant la campagne présidentielle, Bruno Retailleau dans son mouvement. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, il y a eu Reagan et Thatcher. On peut dire qu’actuellement Sebastian Kurtz, en Autriche, a fait une politique conservatrice-libérale, avec des baisses dans la fiscalité, une politique forte au niveau de l’immigration ou des valeurs chrétiennes. Mais après son alliance avec les verts qui a trahit des électeurs acquis au conservatisme-libéral, il ne risque peut-être plus d’être un modèle en Europe. Selon la tournure des événements suivant le Brexit, on pourrait considérer Boris Johnson comme un libéral-conservateur. Quant à Donald Trump, on pourrait qualifier de conservateur libéral pas si protectionniste qu’il n’en a l’air. Et ses résultats économiques sont excellents. Jair Bolsonaro au Brésil est plus un national-libéral conservateur, ce qui est différent, et dans le contexte d’un autre continent difficile à transposer en Europe.

Vous venez de définir le libéralisme, mais comment définiriez-vous le conservatisme ? Est-ce qu’en 2020, il reste encore quelque chose à conserver ?

Si le conservatisme se résumait à conserver ce que l’on a, être conservateur en France se résumerait aujourd’hui à être socialiste, à conserver toutes les lois qu’on appelle des « acquis », qu’ils soient sociaux ou sociétaux.

Le conservatisme, c’est plutôt l’idée qu’il faut que l’individu, pour s’épanouir dans la liberté promise par le libéralisme, doive conserver ce que l’homme a fait pendant des siècles, ce sur quoi il s’est bâti, et qui relève de l’ordre naturel des choses. On reconnait l’ancien et le naturel à travers les anomalies et les accidents et ceci, nous souhaitons le protéger du temporel et de l’anormal.

C’est-à-dire, on veut conserver la famille comme l’élément le plus important car c’est le modèle d’ordre social et l’unité sociale la plus fondamentale, naturelle, essentielle, ancienne et indispensable. Nous souhaitons aussi  conserver l’autorité, la nation, l’Etat mais l’Etat limité, pas le Léviathan. Le libéralisme reconnaît l’Etat, l’Etat régalien qui protège, pas celui qui spolie. Aujourd’hui l’Etat en France n’est pas ce qu’il doit être au niveau de la liberté.

En France, hors champ économique, est ce qu’il y a aujourd’hui un recul de la liberté des individus ? sur la liberté d’expression, la liberté de circuler ?

Très clairement. Déjà dans la liberté d’expression. On a, depuis les années 1980, énormément perdu en liberté d’expression, de parole, d’opinion. Ce qui relevait de liberté d’opinion dans les années 70-80 peut relever maintenant de sanctions pénales et de procédures judiciaires.

La campagne publicitaire d’alliance Vita en est la preuve ; elle a été bannie parce que l’IVG est un droit et qu’on ne peut pas attaquer ce droit. Certains sites internet qui déconseillaient objectivement aux femmes l’avortement ont été censurés.

Par rapport à la liberté individuelle, les réductions de libertés sous prétexte de la lutte contre le terrorisme. On réduit les libertés de tout le monde alors que ce sont seulement certaines personnes qui posent problème.

Le constat est le même sur les libertés économiques, depuis toujours en France même si le phénomène s’est accentué grandement depuis les années 1980.

Pour revenir sur le terrain politique, dans l’actualité, est ce que votre mouvement a pour vocation de soutenir une personnalité ?

Il n’y a aucun intérêt politicien, le but est clairement d’influencer les consciences et la droite. Si on soutenait Bruno Retailleau, on aurait tous pris nos cartes à Force Républicaine. Là on veut être indépendant des partis, des personnalités, pour pouvoir nous développer dans tous les partis, auprès de toutes les personnalités, et explorer tout le champ des possibles.

Les forces en présence à droite sont clairement défavorables à la ligne libérale-conservatrice. Bellamy, assez proche de la ligne Retailleau, représente 8%. La droite qui monte aujourd’hui, c’est une droite plus anti-libérale, plus « populiste », comme en Italie. Comment vois-tu cette évolution ? Est-ce que c’est de la démagogie, est ce que tu te dis que c’est une impasse ?

On ne peut pas réellement dire que François-Xavier Bellamy soit un libéral-conservateur, c’est un conservateur classique mais il n’est pas ou peu libéral. Le libéral-conservatisme et le libéralisme en France n’ont pas la cote aujourd’hui, et c’est pour ça que nous avons lancé ce mouvement ; il y a un chemin à prendre, qui sera bénéfique dans quelques années. Le vote Rassemblement National, très fort à droite, vient surtout du problème de l’immigration, les questions économiques étant secondaires. Une partie de la droite pour qui les questions économiques priment ont voté Macron, par pur intérêt. Ce n’est pas un vote d’adhésion.

Économiquement, vous voyez des similitudes entre Fillon et Macron, dans les programmes ?

En 2017, dans les programmes, il y avait des rapprochements. Mais Macron s’en est éloigné. Contrairement à son image médiatique, Macron n’a pas diminué les charges sociales par exemple. Un mouvement libéral-conservateur, qui assumerait une vraie définition du libéralisme, pourrait fonctionner. Aux Etats-Unis, avec Trump, l’élection s’est jouée sur la promesse de baisses d’impôts et sur la fermeté face à l’immigration.

Vous disiez que les électeurs RN votaient sur les questions d’immigration et non d’économie ; Patrick Buisson disait qu’une campagne se gagne sur l’identité. L’économie est un sujet technique, comment allez-vous faire pour intéresser les jeunes, et les convaincre sur le sujet ?

Je pense que l’économie peut être un argument sur un programme politique. Si on promettait une baisse d’impôts, de charges, énormément de français voteraient pour. L’économie peut être un sujet attractif, encore faut-il bien expliquer, bien démontrer les choses. A droite, le libéralisme prend trop souvent des allures de comptabilité : on va baisser ceci de tant, etc. Je pense qu’une partie de l’électorat attend surtout des grandes lignes – baisses d’impôt, de charges, de normes- qui peuvent être alliées avec des questions éthiques et identitaires.

Pour être attractif auprès des jeunes, c’est un défi : le libéralisme est assez critiqué à gauche comme à droite, mais en prenant exemple sur les réseaux sociaux et au travers des colloques de libéraux et de conservateurs à l’étranger, notamment aux États-Unis, on voit qu’ils arrivent à attirer des jeunes. Une fois qu’on a attiré des jeunes qui montrent un intérêt grâce à des phrases courtes, à des images, si on leur donne du contenu pour réfléchir, ça peut fonctionner. Mais ce n’est pas gagné d’avance, et c’est un travail de long terme.

Avez-vous un calendrier avec des objectifs ?

On a des échéances. J’ai publié une petite tribune pour dire ce qui allait être fait dans l’année. La priorité, c’est le site internet, pour mettre les articles et la gazette en route. On a contacté d’autres personnes qui se revendiquent libérales conservatrices pour des conférences, mais on n’a pas de calendrier précis.

Combien êtes-vous dans l’association ?

Dans le bureau nous sommes cinq, avec des profils parfois plus libéraux, plus conservateurs, mais qui vont se rejoindre sur les points que cette charte a donnés. L’objectif n’est pas de rassembler que des libéraux-conservateurs, mais d’essayer d’allier les trois -libéraux, conservateurs, et libéraux-conservateurs, autour d’une charte commune.

Donc potentiellement, la charte peut évoluer ?

Ça peut évoluer, cette charte est assez vague ; L’objectif est de la  détailler, avec notamment des mesures concrètes.

Est-ce que par définition, être libéral oblige d’une certaine manière à suivre une logique marchande, qui susciterait une adhésion au projet européen ou, sur le plan éthique, à voir d’un bon œil quelques évolutions comme la PMA ou la GPA ?

Le libéralisme ne peut pas intégrer la personne humaine comme une marchandise, parce que la personne humaine a des droits individuels. Une personne doit être protégée, ce qui n’est pas le cas d’une marchandise. C’est pour ça qu’on se revendique conservateur : une des limites, infranchissable, c’est celle de considérer que l’homme est une marchandise. Si cette limite n’est pas respectée, alors on arrive au libertarisme, et on joue avec la production d’enfants -la PMA- et avec l’achat d’enfants -la GPA. Il n’y a plus de limites. Même si c’est gratuit, la GPA est une négation des droits individuels de l’enfant.

Par rapport à l’Union Européenne, elle a été libérale jusqu’à Maastricht. A partir de là, elle a pris un caractère normatif, et elle est devenue une usine à normes et à réglementations. Enormément de normes françaises viennent de l’UE, et la France va rajouter des normes supplémentaires, ce qui fait qu’aujourd’hui on ne s’en sort plus ; et c’est une des raisons pour laquelle la Grande-Bretagne a quitté l’Union Européenne. Le Royaume Uni une fois sorti va baisser ses tarifs douaniers et va devenir une sorte de paradis fiscal à la porte d’une Europe qui sombre dans le socialisme et l’écologisme.

Vous êtes pour une sortie de l’UE ?

On est pour une refonte. Une refonte, c’est très compliqué, donc on est, pour l’instant, pour une politique de la chaise vide. C’est plus facile pour la Grande-Bretagne de sortir, parce qu’elle, elle n’a pas la monnaie unique. Et c’est ça qui nous plombe ; la monnaie unique est une bêtise, la BCE est très mal gérée, ce qui fait qu’aujourd’hui on est dans un bourbier ou les pays un peu plus libéraux tirent les pays moins libéraux. Comment concilier 27 pays aux identités différents en une seule entité en niant la langue, la culture ? C’est impossible ; soit on fait une refonte de l’UE qui serait finalement qu’une coopération d’états et un marché économique, soit l’Union Européenne glisse vers un fédéralisme et elle explosera, et ça commencera par l’Est. Et elle aurait pu sauter si Salvini avait été maintenu au pouvoir. Et Salvini, d’ailleurs, n’est pas vraiment anti libéral : il propose dans son programme des mesures libérales comme la suppression des droits de succession.

De quoi avez-vous besoin pour continuer à développer le mouvement ? Quels sont vos prochains évènements ?

Le premier évènement va être le lancement du site d’internet. Tous les évènements seront communiqués sur les réseaux sociaux. Cette année, on projette de devenir une association loi 1901, et faire à ce moment une campagne d’adhésion, à des prix assez bas, ce qui permettrait d’avoir des tarifs préférentiels à nos différents évènements.

Article écrit par Stanislas Rigault

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