Entretien avec Chez Gustave : « Le champ métapolitique a été trop longtemps boudé par la droite bourgeoise »4 min de lecture

Entretien avec Benoît Dumoulin, directeur d’Ichtus et Constance Lefèvre, porte-parole de Chez Gustave.

Le cercle Chez Gustave a été lancé il y a bientôt deux ans. Qui est à l’origine de ce projet et quel objectif poursuit-il ? 

Le cercle Chez Gustave a vu le jour sous l’impulsion de quelques étudiants, familiers de la rue des Renaudes, siège d’Ichtus, association à laquelle ce cercle de formation se rattache. Ces étudiants étaient alors et sont encore mus par le désir de rajeunir les murs de cette maison, et de rassembler et former des jeunes autour de produits du terroir. L’action culturelle étant le fil rouge de Chez Gustave, l’idée est de reprendre le champ métapolitique trop longtemps boudé par une droite bourgeoise, en l’accentuant sur un nécessaire retour à la terre, sous le patronage de Gustave Thibon.

En bref, à l’image de la plume et de la bêche de Thibon, nous voulions conjuguer le temps d’une soirée, réflexions et gueuletons.

Vous revendiquez vous placer sous l’héritage de Gustave Thibon. Quels aspects du thibonisme vous semblent encore pertinents, vingt ans après son retour à Dieu ?

Déjà, le thibonisme n’existe pas ! Gustave Thibon est un homme suffisamment libre pour n’avoir jamais fondé de thibonisme, c’est-à-dire un système idéologique fermé sur lui-même. De plus, son humilité naturelle et son indépendance d’esprit ne le prédisposait pas à fonder un courant de pensée… C’est justement cette liberté du philosophe paysan et cette philosophie du bon sens qui nous a séduit. 

Thibon est inclassable, accessible à tous, sa culture est immense, son humour est caustique et sa foi est magnifique ! Pour toutes ces raisons, il nous a semblé opportun de se placer sous son patronage.

Depuis quelques années, on voit se multiplier les initiatives pensées pour – et souvent par – des jeunes. Cela traduit-il un besoin de formation que l’école, les parents ou même l’Église n’assurent plus forcément ?

Il y a effectivement eu une rupture de transmission de la part des institutions censées former la jeunesse : la famille, l’école et même l’Église. Cette rupture est à replacer dans le contexte de la crise des années 70 qui a constituée une lame de fond remettant en cause le cadre traditionnel de la société. En parallèle, les nouveaux défis sociétaux incitent souvent les jeunes à se tourner vers des institutions comme Ichtus : La Manif’ Pour Tous a notamment suscité chez les jeunes le besoin de se former sur le plan politique et anthropologique. Car il s’agit de rendre compte rationnellement du bien fondé de l’anthropologie chrétienne et de pouvoir la faire aimer par le plus grand nombre. C’est un travail de long terme qui nécessite la formation de l’intelligence et du cœur.

Vous insistez beaucoup sur la notion de « réseaux sociaux naturels », et le besoin de créer du lien entre les jeunes catholiques engagés. Dans cette logique, créer un bar associatif axé sur le local était-il primordial pour vous ?

Créer un bar associatif contribue à forger un espace de convivialité et à soutenir des producteurs de bières artisanales. De plus, cela invite les étudiants à poursuivre les échanges de manière informelle à l’issue des débats : c’est souvent dans ce genre de conversations spontanées et personnelles que se forgent des convictions profondes et des amitiés réelles. C’est ce que nous appelons l’amitié au service du vrai !

Le cercle de conférences qui commence cette année s’intéresse notamment au nationalisme. Le choix de cette thématique est-il une réponse à l’actualité qui semble réclamer toujours plus d’Etat et toujours plus de nation, ou s’agit-il pour vous de réévaluer un mode de pensée populaire chez les jeunes catholiques ?

L’importance de la nation et la place de l’État aujourd’hui fait débat chez les jeunes catholiques, certains n’ont pas encore intégré que la nation est le cadre de référence dans lequel il est possible de promouvoir le bien commun de la société. Beaucoup de catholiques sont malheureusement dans une optique post-nationale, influencée en cela par l’idéologie abstraite des droits de l’homme et un universalisme désincarné. Pour autant, nous ne saurions faire l’apologie de l’État-nation sans un véritable travail critique sur l’idolâtrie qu’il peut susciter de la part de ceux qui attendent tout de l’état et qui voit la nation comme l’horizon ultime de l’humanité. Ce sont deux écueils entre lesquels il est possible de discerner une troisième voie qui prenne en compte l’existence des nations dans la promotion du bien commun sans en faire un absolu.

Vous recevrez cette année Jacques Trémolet de Villers, Eugénie Bastié ou Jacques de Guillebon – entre autres. À première vue, on ne peut pas vraiment dire qu’ils sont entre eux de farouches adversaires idéologiques. Est-ce une volonté assumée de privilégier un certain « entre-soi » intellectuel (qui n’est pas forcément une chose négative) à un débat plus tranché entre opposants politiques ?

Les personnes que vous avez citées représentent certes une certaine tendance du catholicisme mais nous les confrontons systématiquement à des personnalités issues d’une autre école de pensée et qui ont des points de vue opposés. Dans le cas d’Eugénie Bastié, journaliste du Figaro et essayiste de renom, nous avons choisi de la faire débattre sur l’encyclique Fratelli Tutti avec Jérôme Vignon, ancien président des Semaines sociales de France ; on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un « entre-soi ». En cela, nous essayons de faire dialoguer toutes les sensibilités du catholicisme contemporain. Nous ne recherchons pas le consensus mais l’honnêteté intellectuelle et l’amour de la vérité.

Propos recueillis par Arthur Perrier et Etienne de Solages

 

 

 

Le programme à venir de Chez Gustave :

-05 novembre : Eugénie Bastié VS Jérôme Vignon : Faut-il bannir le nationalisme ?

– 19 novembre : Maître Trémolet de Villers : Nationalismes et internationalismes aux XIXème et XXème siècles ?

– 03 décembre : Jacques de Guillebon VS Jean-Louis Harouel : Faut-il légaliser ou interdire la peine de mort ?

– 17 décembre : Maître Trémolet de Villers : Le problème de la peine dans l’Histoire.

Le programme pour les prochaines séances sera précisé au fur et à mesure. »

Article écrit par La redaction

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