Entretien choc avec Stéphane Ravier sur la situation en #Arménie « C’est une épuration ethnique »4 min de lecture

L’Étudiant libre a pu s’entretenir avec le sénateur Stéphane Ravier sur son voyage en Arménie les 25 26 et 27 octobre 2020 sur fond de conflit territorial en Artsakh.

Bonjour Monsieur Ravier, vous êtes sénateur des Bouches-du-Rhône et conseiller municipal de Marseille.
Dans le contexte du conflit qui oppose l’Azerbaïdjan à l’Arménie quant au statut de la région de l’Artsakh, vous avez effectué un voyage en Arménie.
Pourquoi ce déplacement, que vouliez vous voir ou montrer à travers ce voyage ?
J’ai voulu voir ce qu’il se passe vraiment, par moi-même. En 72h, j’ai pu rencontrer l’ambassadeur de France en Arménie, des présidents de groupe du conseil de la ville d’Erevan, le conseiller du premier ministre, le gouverneur de la province du Syunik (qui est la plus proche du lieu du conflit), le responsable du centre culturel franco-arménien, des jeunes français de SOS Chrétiens d’Orient.
J’ai pu par la même occasion me rendre compte par moi-même de la situation et de la détermination du peuple arménien.

Qu’en est-il du point de vue humanitaire ; les réfugiés arméniens fuyant le Haut-Karabagh réussissent-ils à retrouver de quoi de se loger ? plusieurs personnalités ont d’ailleurs accusé l’Azerbaïdjan de cibler les civils ; avez-vous pu constater ce fait ou vous entretenir avec des témoins de cela ? des armes chimiques ont-elles été employées ?
Je n’ai pas pu aller dans l’Artsakh lui-même eu égard à la violence des affrontements. Des réfugiés ont pu être accueillis chez des habitants, eux-mêmes souvent précaires. Leur accueil est remarquable par sa chaleur. J’ai notamment pu visiter une famille de condition sociale extrêmement précaire, mais quand nous sommes venus, la table est recouverte de victuailles. C’est un peuple très solidaire. SOS chrétiens d’Orient essaie de leur apporter un peu de soutien à leur échelle mais la tâche est énorme.
Les élus d’Erevan ou le secrétaire du 1er ministre ont d’ailleurs été très limpides avec moi sur la situation du conflit. Leurs dires m’ont été confirmés par l’ambassadeur de France. Leurs mots sont très durs et les entendre confirmés par la bouche de Monsieur l’ambassadeur a été assez effarant : il y a une volonté azerbaidjanaise d’épuration ethnique à l’encontre des arméniens chrétiens.
Je n’ai en revanche pas eu d’éléments sur la question des armes chimiques.

Sur le déroulement du conflit lui-même, il apparaît que l’Azerbaïdjan a réussi à conquérir une partie de ce territoire disputé. Que pouvez vous nous dire sur le processus diplomatique qui a mené à ce résultat ? l’Arménie pouvait-elle espérer mieux ? quel rôle ont joué la Russie et la France (qui coprésident le groupe de Minsk depuis 1992) dans ce règlement ?
Le groupe de Minsk se trouve dans une situation peu évidente. L’Azerbaïdjan a choisi son moment pour attaquer, appuyée par le « sultan » Erdogan. Ils ont attaqué le 27 septembre, c’est-à-dire pendant la campagne électorale aux USA et alors que la France et la Russie sont aux prises avec le Covid. Le groupe de Minsk s’est heurté à cette difficulté.
Par ailleurs, La France ne pèse pas lourd diplomatiquement là-bas. Les russes, eux, se sont sentis obligés de lâcher du lest à l’Azerbaïdjan, dans l’optique de garder un certain équilibre. On essaie de s’en tenir à une certaine neutralité. Il y a peut-être une volonté de ne pas froisser Erdogan, car cela fait maintenant plusieurs mois que la limite n’est pas loin (le conflit syrien a vu s’opposer plus ou moins directement la Turquie et la Russie, NDLR).

Que pouvez vous nous dire sur le comportement des Azerbaidjanais en Artsakh et leur respect du cessez le feu conclu il y a quelques jours ?
Pour reprendre les mots de responsables azerbaïdjanais, les arméniens ont été chassés comme des chiens. L’Azerbaïdjan soutenue par la Turquie avait déjà attaqué le présent et le futur des arméniens d’Artsakh, maintenant ils s’attaquent à leur passé (de nombreuses vidéos montrant des soldats azerbaidjanais dégradant des tombes arméniennes ont été diffusées sur Internet ; dans la nuit du 9 au 10 Novembre, la cathédrale arménienne de Chouchi a été dégradé par les envahisseurs, NDLR). Il y a une véritable racisme anti-arménien de la part des azerbaidjanais.
Je l’ai moi-même constaté, siégeant à la commission des affaires étrangères au Sénat et ayant à ce titre participé à l’audition des ambassadeurs arménien et azéri au Sénat. On a eu une tentative de justification de la part du president d’Azerbaïdjan qui cachait mal ce mépris.

Le Sénat au sein duquel vous siégez a voté il y a 4 jours une résolution de reconnaissance de l’Artsakh. A quoi cela sert-il ? Peut-on imaginer que cela mène à terme à une reconnaissance entière de son existence comme état de la part de la France ?
Je ne citerais pas le nom du sénateur concerné : « une résolution ce n’est qu’une résolution ». C’est ce que j’ai entendu au sortir de ce vote. Il y a en France une politique de la salive qui a permis de renforcer l’Azerbaïdjan. On vote des résolutions pour se donner bonne conscience mais on ne fait rien de plus. Il ne faudrait pas non plus froisser notre plus gros partenaire économique de la région.
Cette politique de la salive a permis de rendre les azerbaïdjanais surs d’eux-mêmes. Je crois savoir qu’une entrevue a eu lieu entre des représentants des USA et de l’Azerbaïdjan. Ces derniers ont ouvertement ri au nez des premiers, se sachant soutenus par la Turquie. On a perdu du temps en belles paroles et pendant ce temps l’Azerbaïdjan a avancé.

Revenons en France ; depuis quelques jours vous multipliez les prises de paroles et les participations à des manifestations en faveur de la réouverture des commerces considérés comme non essentiels par le gouvernement de Jean Castex. Cet après-midi (28 Novembre NDLR) aura lieu l’audience du Conseil d’Etat sur la jauge maximum de 30 personnes dans les églises lors des messes. Considérez vous le maintien de cette limitation qui ne prend pas en compte la taille des édifices religieux comme discriminatoire à l’égard des catholiques, et pensez vous qu’il y ait un mépris de la part du gouvernement pour les catholiques de France ?
Les membres du gouvernement ne doivent pas aller souvent à la messe. Leur éloignement de la réalité est fou. Mettre à égalité les marchés et les églises montre une coupure du réel assez inquiétante pour des gens dont les décisions affectent autant de personnes. Je prends en exemple Saint Sulpice qui est à côté du Sénat : cet édifice est traité de la même façon qu’une église de village. Ces gens sont « en marche », ils ne s’arrêtent jamais. Je souhaite que le CE donne raison aux associations qui attaquent cette décision, et que nous puissions de nouveau nous retrouver, nous sentir entourés, soutenus, communier. Je ne vois pas en quoi cela serait plus compliqué dans une église que dans un supermarché, même si la comparaison n’est évidemment pas la plus adaptée en parlant d’église.
Le gouvernement ne saisit pas qu’il ne s’agit pas seulement d’une réalité matérielle, mais de la réalité de la communion, de la réunion. Le Conseil d’Etat doit reconnaitre ce côté essentiel.

Article écrit par Denis Jordan Badoual

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