« Ce sont soit des incompétents, soit des provocateurs », entretien avec le président de l’institut Civitas10 min de lecture

Ce sont soit des incompétents, soit des provocateurs

En exclusivité pour les lecteurs de l’Etudiant Libre, le président de l’institut Civitas, Alain Escada a accepté de répondre à nos questions, alors qu’il vient de déposer un second recours devant le conseil d’état contre la décision gouvernementale d’interdire les messes publiques jusqu’au 2 juin au moins.

Bonjour Monsieur Escada, vous êtes président de Civitas qui se définit comme un mouvement politique œuvrant à promouvoir et défendre la souveraineté, l’identité nationale et chrétienne de la France en s’inspirant de la doctrine sociale de l’Eglise, du droit naturel et des valeurs patriotiques, morales et civilisationnelles indispensables à la renaissance nationale.

Vous avez déposé le 1er Mai au nom de Civitas un référé liberté devant le Conseil d’état, et vous en redéposez un aujourd’hui. Pourriez-vous nous dire pour quelle raison vous déposez ce référé ? Que reprochez-vous exactement à cette décision ? Voulez-vous qu’elle soit annulée, ou bien nuancée ?

Ce que nous reprochons à cette décision, est d’empêcher, sous prétexte de mesures sanitaires, le culte public nécessairement rendu à Dieu qui est un devoir pour les catholiques, et un droit sous la république, garanti par le droit français. En l’interdisant de façon générale et absolue, l’état se met en contradiction avec un droit fondamental (NDLR : liberté de conscience et liberté du culte, Conseil d’état 25 février 2016 et 26 Septembre 2016)
La démarche est d’abord catholique et militante, en rappelant que le Christ est Roi des Nations et des individus et que ce culte va de soi, la France fille ainée de l’église ne pouvant se dérober à cette obligation de rendre gloire au Christ par la Messe. C’est un acte politique non partisan, mais qui vise à souligner les incohérences manifestes de ce gouvernement qui reflètent en réalité un mépris vis-à-vis de la Foi et des croyants. Cette démarche traduit son anticléricalisme primaire.
Deux recours ont été déposés :
Un référé a été déposé le 1er mai : il demande l’annulation de l’article 8 al 4 du décret 2020/293 du 23 mars 2020 qui interdit la réunion en vue du culte au sein d’un édifice religieux. L’argumentation qui y est développée vise à montrer l’incohérence de cette interdiction quand les transports en commun ou les supermarchés restent ouverts.
Par ailleurs à titre subsidiaire, l’argumentation souligne les particularités du régime concordataire de l’Alsace Moselle pour appuyer la demande dans ces collectivités de pouvoir assister au culte public.
Le recours du 4 Mai s’attaque à la décision verbale du 1er ministre d’interdire le culte jusqu’au 2 Juin. Elle nous parait en effet manifestement disproportionnée. Ce recours a été déposé car le précédent n’est pas assuré de succès au vu de la jurisprudence récente du Conseil d’Etat. Le second recours a lui des chances de succès bien supérieures.

Est-il selon vous matériellement possible d’organiser des messes en toute sécurité ? Concrètement, quelles mesures faudrait-il prendre ?

Il faut d’abord remarquer que ce n’est pas la première fois que la France et l’Europe sont touchées par des épidémies. Même sous la peste le culte n’a été stoppé. A Marseille en 1720 les autorités catholiques avaient fermé les lieux de culte et célébré en plein air devant les lieux de culte. Le COVID n’est pas plus dangereux que la peste. La messe en plein air est tout à fait possible avec des distances sociales. Par ailleurs, même si cela est regrettable, il faut constater qu’à notre époque beaucoup d’églises ne sont pas pleines en temps normal. Il n’y a donc pas de problème pratique à organiser les distanciations sociales au sein des églises. Il y a aussi possibilité d’établir des systèmes d’horaires pour les plus pleines. Des mesures de nettoyage sont tout à fait faciles à mettre en place pour stériliser les bancs ou les poignées de porte. C’est tout au moins aussi facile que dans les magasins. D’ailleurs les caractéristiques de dévouement de bénévolat et d’aide des fidèles ne sont plus à démontrer, et la plupart d’entre eux sont prêts à s’employer aux tâches que nécessiterait la mise en place de ces conditions.

On a pu observer durant cette période de confinement plusieurs évènements illustrant le rapport tendu qui relie l’état à l’église, avec notamment la quasi interruption de messe à la paroisse Saint André de l’Europe par l’irruption illégale de policiers armés dans l’église. Quel regard portez-vous sur la laïcité comme mode relationnel entre l’église et l’état ?
Civitas est assez hostile au laïcisme républicain. On voit aujourd’hui que l’antichristianisme du gouvernement éclate au grand jour, et qui n’est pas sans rappeler les mesures prises contre l’église durant la Terreur et la Révolution.
Il faut d’ailleurs se rappeler que malgré la séparation de l’église et de l’état, l’officier en charge de la police et du respect de l’Ordre Public est le curé dans sa chapelle. L’état n’a pas à s’immiscer dans la tenue de l’Ordre Public dans l’église.

Que vous inspire les attitudes du 1er ministre et du ministre de l’intérieur en charge des cultes vis-à-vis des croyants français, lui qui déclarait notamment hier que « la prière n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement » ?

On a affaire soit à des incompétentes soit à des provocateurs.
Quand on est en charge des cultes, on devrait être en mesure de distinguer « messe » de « prière ». Le ministre affiche soit sa saisissante incompétence, n’ayant pas pris ses fonctions hier, soit il provoque, reflétant le fait que le ministère de l’intérieur soit dévolu depuis de nombreuses années à un franc-maçon qui méprise les catholiques.

L’autre épisode fortement relayé et commenté dans les médias fut la dénonciation calomnieuse de la veillée pascale tenue en l’église Saint Nicolas du Chardonnet. Quel regard portez-vous sur le rapport de la société civile française avec la religion catholique ?

On remarque un côté délateur depuis le début du confinement. On revient à des comportements affligeants humainement parlant. Ce genre de grandes épreuves sont des révélateurs de la nature humaine. On voit une résurgence de manifestations de la bassesse humaine, depuis le petit laïciste primaire qui appelle la police en entendant les cloches de l’église, jusqu’au délateur qui va dénoncer ses voisins qui vont profiter du soleil en se promenant en bord de mer ou dans la campagne. L’attitude du gouvernement encourage cette bassesse humaine, ces comportements veules, alors qu’il devrait avoir le souci du bien commun, d’élever les attitudes humaines.
On remarque d’ailleurs que ceux qui utilisaient encore l’anathème des heures sombres il y a quelques temps, qui se scandalisaient de la collaboration où les corbeaux dénonçaient les résistants sont les mêmes qui aujourd’hui, dans une confiance aveugle aux directives étatiques, se muent en petits délateurs des voisins et lieux de culte.

Pourriez-vous nous livrer votre sentiment sur la réaction des évêques de France ? Certains ont réagi individuellement tel que Mgr Le Gall Archevêque de Toulouse, Mgr Aupetit Archevêque de Paris, ou Mgr Aillet Evêque de Bayonne. La conférence des évêques a cependant uniquement publié un communiqué regrettant la décision gouvernementale et n’a pas publié d’intention d’attaquer la décision comme vous le faites.

Je suis absolument affligé comme beaucoup de catholiques par la mollesse pour ne pas dire la lâcheté d’une grande part des évêques et même du clergé, pour parler plus largement. Il y a un oubli de leur rôle élémentaire. Il y a huit jours, nous étions le dimanche du Bon Pasteur, qui évoque ce rôle de conduire les brebis, de ne pas abandonner son troupeau quand il est en danger. Il semble que certains évêques agissent aujourd’hui comme des gestionnaires d’une société religieuse, et non comme de bons pasteurs qui cherchent le bien de leurs brebis : ils cherchent quelques retransmissions vidéo, ils organisent des quêtes virtuelles etc … c’était impensable il y a quelques années. Certains cardinaux et évêques des siècles derniers doivent se retourner dans leurs tombes. On ne peut même plus fournir les derniers sacrements dans certains EPHAD etc… sous la Révolution, il y a eu des jureurs mais aussi des réfractaires qui ont su organiser des messes clandestines avec affluence de catholiques. Ces derniers ne voulaient pas d’un clergé se réduisant à suivre l’état. J’espère que la colère grandissante des catholiques, qu’ils soient de la mouvance traditionnelle comme de la mouvance dite « moderne » aidera des prêtres « réfractaires » à se dresser, pour Dieu, malgré Macron.

D’un point de vue plus général, les critiques vis-à-vis de la gestion de la crise par le gouvernement français sont nombreuses. Quel regard portez-vous dessus, notamment sur la réactivité de l’état à l’urgence de la situation, à l’opportunité des décisions prises et à l’application de ces dernières aux citoyens ?

On ne peut que constater une incurie extraordinaire : on se rappelle de la volteface au sujet des masques. Pendant des semaines ce gouvernement martèle leur inutilité par le biais la bien-nommée Sibeth, et volteface aujourd’hui avec pourquoi pas une verbalisation à venir de ceux qui n’en portent pas ?
Cette situation de crise met aussi en lumière le manque de qualité et de quantité de matériel sanitaire, illustré notamment par ces images d’infirmières déballant des blouses qui se déchiraient presque immédiatement ; c’est une débâcle gouvernementale. Elle montre la faillite du mondialisme et de la logique suivie par le gouvernement français depuis des décennies. Sans mondialisme, nous disposerions encore d’usines, de manufactures capables de fournir ce dont nous avons besoin. Et si le gouvernement dit qu’il va tirer des leçons et rompre avec ça pour rapatrier des entreprises etc… il est encore dans la logique de démontrer que finalement un gouvernement mondial est nécessaire, surtout si on écoute le conseiller occulte du gouvernement Jacques Attali et ses déclarations récentes qui reprennent son leitmotiv habituel (NDLR : Mai 2009 ou 24 Janvier 2011 à l’université de Lorraine). On tente d’entrer dans une gestion mondialisée de la crise par l’OMS qui est en grande partie financée par la fondation Bill & Melinda Gates, qui est, quoi qu’on en dise, tout sauf un philanthrope.
Le gouvernement montre dans cette affaire qu’il est seulement un suiveur de directives mondialistes.

Les municipales sont reportées à l’après confinement, et un projet de loi a été déposé pour qu’elles soient organisées les 27 septembre et 4 Octobre. Civitas a-t-il des objectifs dans ces municipales ? Avait-il obtenu des résultats lors du premier tour chaotique finalement annulé ?

Civitas a des élus de facto. En effet les résultats sont entérinés pour les communes qui n’ont pas besoin de second tour. (NDLR : le projet de loi déposé ne concerne que les quelques 5000 communes qui n’ont pas encore choisi leur conseil municipal)
En ce qui concerne les plus grandes localités, on a plusieurs lieux avec des résultats intéressants. On espère les voir aboutir dans le cadre de ce recommencement complet. Les membres de Civitas qui se présentent le font dans le cadre de listes d’intérêt municipal, et non sous le nom Civitas, car la démarche est différente. On doit se détacher de la logique partisane lors des élections municipales, c’est vraiment l’intérêt commun et le souci local qui doivent primer. Nous ne nous soucions donc pas des clivages. Parfois les listes sont uniquement constituées de membres de Civitas, parfois ce sont des membres qui ont rejoint la liste du maire sortant ou celle d’un opposant. Dans certaines petites localités, un maire civitas a été élu, dans d’autres ce sont des membres de Civitas qui ont obtenu des postes d’adjoints au maire avec d’importantes responsabilités. Pour ceux élus maires, nous ne nous attendons pas à ce qu’ils se dressent comme des maires « civitas » mais comme des maires appliquant une vraie politique de bien commun, et à certaines occasions de la vie politique nationale qu’ils affichent avec leur fonction politique de maire, leur positionnement éthique ou moral.
Pour les plus grandes communes, nous avons quelques bons espoirs très bien placés, notamment dans le Sud de la France, et nous espérons obtenir d’importants résultats, en espérant que la maturité politique n’amène pas à une dispersion, car parfois le Rassemblement National a une logique qui me semble particulièrement contreproductive.

Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

Plusieurs de nos activités ont été déstabilisées par le confinement comme l’hommage à sainte Jeanne d’Arc pour le centenaire de sa canonisation, l’UDT mi- juillet, la fête du Pays réel que nous espérons voir réorganisée en Septembre ou Octobre en fonction des directives gouvernementales ?
A moyen terme il s’agit d’abord de s’enraciner sur l’ensemble du territoire français ; nous voulons disposer de sections locales toujours plus nombreuses. Plus les situations périlleuses se font nombreuses, plus un maillage local est nécessaire ; c’est toujours la partie difficile pour les mouvements de la mouvance nationale. On sait que ça a souvent été le grand point faible, fragilisé par le fait que cela tient sur des personnes en qui il faut avoir con=fiancce pour organiser un noyau et une vie de section et lorsque l’un d’entre eux déménage, cela met les sections en difficulté. Par rapport aux autres mouvements politiques de la cause nationale, nous voulons nous appuyer sur les milieux catholiques.si on reprend l’histoire politique de France, une période oubliée aujourd’hui est l’entre-deux-guerres avec notamment la fédération nationale catholique qui était un mouvement catholique puissant qui bénéficiait du maillage des paroisses. Evidemment la situation n’est plus la même, la déchristianisation de la France étant passée par là mais c’est cette implantation que nous cherchons, et que nous devrions normalement plus facilement atteindre comme mouvement catholique que les autres mouvements dépourvus de toute conscience religieuse.
Ensuite, les objectifs premiers sont l’affirmation publique d’une identité catholique et nationale, ces deux caractéristiques étant intimement liées dans notre identité. La France est fille aînée de l’Eglise. On constate un effondrement civilisationnel avec l’immigration de grand remplacement, le modèle économique multinational mondialiste, la tentative d’établir des gouvernements supra nationaux pilotant des attaques ciblées contre la famille, en France et ailleurs etc…
L’objectif stratégique est de cesser de simplement répondre à des attaques mais de prendre l’initiative de l’offensive par l’affirmation de notre fierté catholique et nationale. Nous visons aussi une reconquête de la France oubliée, une reprise en main de la France rurale qui pour nous est le poumon essentiel à un redressement de la France. Dans le cadre des conséquences du coronavirus, il est de plus en plus question du danger de pénurie alimentaire, avec la cessation d’export du blé russe et de denrées de différents pays etc… en France il fut un temps où la paysannerie pouvait faire vivre la France et la nourrir. Nos gouvernants des dernières décennies ont choisi d’asphyxier la paysannerie, surtout la petite paysannerie naturelle, au profit des grands ensembles agricoles. Nous considérons que le contexte devrait permettre de redonner une place d’honneur à la France rurale, qui doit permettre de doter la France d’une forme d’autonomie alimentaire.

Quels sont les relations de Civitas avec des organisations ou des partis étrangers ?

C’est un élément sur lequel nous essayons de travailler depuis quelques temps. Nous cherchons à établir des contacts avec des partis, des ligues des organisations ou des personnalités étrangères. C’est évidemment d’abord avec des pays francophones, nous avons des contacts avec des organisations suisses, québécoises, belges…
Au-delà de ça, je suis fréquemment amené à rencontrer des personnalités politiques au Parlement Européen, ce qui permet de tisser des relations avec des mouvements et des personnalités, d’Italie, de Hongrie, de Pologne, qui sont pour nous trois pays que nous voyons être à même de résister à des mouvements et idées mondialistes. Evidemment la situation s’est inversée en Italie, mais il n’est pas utopique d’espérer voir lors d’un prochain scrutin l’émergence d’une force de gouvernement souverainiste et attachée à la défense des valeurs traditionnelles.
Enfin par le biais d’amis en Russie, notamment des Français établis en Russie, nous cultivons des liens avec des personnalités qui sont également soucieuses de défendre des valeurs proches des nôtres.

Propos recueillis par DJB

https://www.valeursactuelles.com/politique/linstitut-catholique-civitas-forme-un-parti-politique-63067

Article écrit par Stanislas Rigault

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