André Bercoff entre mots et maux3 min de lecture

André Bercoff dans son émission sur Sud Radio

Comment définiriez-vous le «style André Bercoff » et, plus généralement, le « style Sud Radio » ? 

 

Au-delà du slogan de Sud radio « parlons vrai », il s’agit d’essayer de s’exprimer sans entrer d’emblée en religion, en idéologie ou en secte. Le journalisme, ce n’est pas avoir réponse à tout, mais d’abord question à tout. Tremper la plume dans la plaie, comme disait notre ancêtre à tous, Albert Londres. Écrire pointu, écrire juste et essayer, en toutes circonstances de mettre les vrais mots sur les vrais maux. Ne jamais pratiquer le « comme on fait son déni, on se couche ».

 

Il me paraît beaucoup plus intéressant de toucher tout le monde que d’être un touche-à-tout.

 

Vous êtes chroniqueur chez Cyril Hanouna dans Balance Ton Poste ; quelle est la force de cette émission ?

 

Cela me permet de dire des choses qui ne se disent pas à un public que je connais moins que d’autres. Il me paraît beaucoup plus intéressant de toucher tout le monde que d’être un touche-à-tout.

 

Aujourd’hui peut-on tout dire à la radio ou à la télévision ? 

 

L’on peut tout dire si on a le courage et la volonté de le faire.

L’on peut tout dire si on a le courage et la volonté de le faire. En ne tenant pas toujours compte des actionnaires, sinon l’on se condamne à l’auto-censure, au collier et à la laisse plus ou moins longue. Je me rappellerai toujours cette phrase d’un critique de cinéma : « J’ai travaillé trois semaines pour France Dimanche. Il faut bien vivre. Mais au bout de trois semaines, je n’en voyais plus la nécessité. » Faute d’appliquer cette règle, c’est le monologue unique des moutons de panurge.

 

Que pensez-vous des médias alternatifs et en particulier des médias sur internet ? 

 

Ils charrient le meilleur et le pire, mais ils sont essentiels en ce qu’ils ont ébranlé définitivement la vieille rengaine du sablier où les élites d’en haut, sous couvert d’informer, déforment allègrement la vérité à l’intention du peuple d’en bas. Que chacun soit fournisseur, d’humeurs et de fantasmes, mais aussi d’informations et de vérités cachées est plutôt rassurant, en ces temps de Fake news considérés comme un des beaux-arts de la gouvernance.

 

Dans votre émission André Bercoff, dans tous ses états, vous semblez avoir une grande liberté ; comment faites-vous pour la conserver ? 

 

Parce que Sud Radio est une radio de liberté. Depuis trois ans, je n’ai jamais été censuré d’aucune façon et on ne m’a jamais imposé un sujet d’émission. J’ai pu inviter toutes les personnes qui m’intéressaient d’Obertone à Onfray, d’Attali à Michéa, de Branco à Guilluy et aborder sans problème l’arnaque des éoliennes, les terres rares, l’affaire Mamoudou Gassama ou l’imposture du marketing climatique. Cela s’appelle tout simplement faire son métier.

 

Que pensez-vous de la loi sur les Fake News ? Est-elle réellement applicable ?

 

Chacun sait, et les auteurs de la loi eux-mêmes, qu’elle n’est applicable que si l’on entre en régime de liberté surveillée. Faute de continuer à renvoyer l’ascenseur, ils envoient la censure. Comme on n’est pas en Chine, en Corée du Nord ou ailleurs, on déguise cela en combat contre les Fake news, comme si l’establishement ne se distinguait pas en créant des vérités qui ne sont que des épisodes du faux.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans les médias ?

 

D’abord maîtriser tous les outils d’information aussi bien numériques qu’audiovisuels et littéraires. Favoriser l’enquête, le travail sur le terrain et prendre le temps de chercher, de fouiller, de découvrir pour évidemment ensuite décrypter et restituer. Cela devient plus difficile dans une époque où les contrôleurs de gestion ont pris le pouvoir. Mais cela n’est pas, grâce à Internet, aux réseaux sociaux et à quelques actionnaires courageux -ils existent- impossible. Il est heureusement aujourd’hui d’excellents journalistes qui font leur boulot.

 

Que pensez-vous de la pluralité politique des journalistes ?

 

Elle existe, certes, mais ne devrait pas se limiter, comme c’est hélas, souvent le cas, à la guéguerre des éditoriaux et au fourre-tout des opinions. Encore une fois, ce qui sépare hier, aujourd’hui et demain, le bon grain de l’ivraie reste l’enquête, l’analyse, l’approfondissement, le regard neuf et la pensée en dehors de la boîte formatée et des chemins balisés. Sinon, les sanglots longs des violons orientés berceront notre cœur d’une langueur de plus en plus monotone : ce serait vraiment dommage.

Article écrit par Stanislas Rigault

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