Espérance ruralités, une œuvre de transmission4 min de lecture

Une photo des élèves de l’association Espérance Ruralité

Vous êtes professeur dans une des écoles d’Espérance Ruralités. Pourquoi avoir choisi un tel cadre d’enseignement ?

 

Victoire : Je suis professeur au cours Clovis de La Fère depuis un an et demi, date de début du projet. Après avoir fait une formation en philosophie et théologie, à Philantropos en Suisse, j’ai eu le désir de travailler pour un projet plein de sens. L’idée de pouvoir aider des jeunes en souffrance dans le système classique à devenir des hommes et des femmes libres m’a tout de suite séduite !

Grégoire : Je travaillais dans le secteur de l’ingénierie et je m’ennuyais à mourir. Lorsque Espérance Ruralités s’est montée, je me suis tout de suite lancé. Jusqu’alors, je n’avais jamais entendu parler d’un tel projet pour le monde rural ! 

N’étant représentés nulle part, ces gens sont en mal de vivre.

Comment la fondation ER est-elle née ? Où en est-elle dans son développement ?

 

Victoire : Le fondateur du projet a réalisé l’urgence qu’il y avait à construire quelque chose pour cette France périphérique dont personne ne parle. Elle représente une bonne partie de la population pourtant ! N’étant représentés nulle part, ces gens sont en mal de vivre !  Ils ne savent plus d’où ils viennent et où ils vont…

Je crois que si l’on veut changer les choses de manière durable, l’éducation est une bonne solution. Or, dans l’Aisne, où nous sommes, 48% des jeunes sont au chômage et 38% en décrochage ! Pour l’instant, nous avons un collège avec trois classes. Nous en ouvrons une pour les troisièmes l’année prochaine et pensons sérieusement à monter une nouvelle école en Thiérache, toujours dans la même région !

 

Espérance Ruralités s’est notamment donnée pour objectif de redynamiser la France rurale. Comment l’éducation – et la pédagogie spécifique d’ER – peut-elle contribuer à ce nouvel élan ?

 

Victoire : Nous constatons que les élèves qui arrivent chez nous sont en échec scolaire depuis qu’ils sont entrés en CP. Depuis qu’ils sont petits, ils s’entendent dire qu’ils sont nuls et en sont venus à y croire profondément. L’école s’articule autour de deux piliers : rendre confiance en soi et transmettre les fondamentaux. Pour cela, nous utilisons des méthodes qui ont fait leurs preuves, comme Boscher, ou des méthodes d’apprentissage innovantes telles Montessori, Nuyts ou encore Singapour. Nous veillons à ce qu’ils apprennent toutes les bases de façon solide. Nous avons pour cela imaginé des classes à programme (histoire-géo, sciences naturelles, physique-chimie) et classes à niveau (français, mathématiques, anglais) et ce pour les rejoindre au mieux dans leur réalité. L’effectif par classe se veut réduit (12-15 élèves maximum). 

Si l’on veut changer les choses de manière durable, l’éducation est une bonne solution.

Il nous permet d’assurer un vrai suivi des élèves. De plus, les professeurs endossent la casquette d’éducateur. Nous passons beaucoup de temps avec eux, nous jouons avec eux dans la cour de récréation, nous déjeunons avec eux et nous les accompagnons lors des services après les repas. Tous ces moments nous permettent de construire une relation de confiance avec chacun ; nous apprenons à les connaitre et à nous intéresser à ce qu’ils sont profondément. 

 

À quels problèmes sont confrontés les jeunes picards inscrits au cours Clovis ? Et leurs parents ?

 

Victoire : Aujourd’hui, ils n’entendent parler que des jeunes des banlieues, ils écoutent les mêmes musiques, appellent leur village la « té-ci » et ne connaissent rien ni de leur région, ni de leur histoire. Ils souffrent de ne se reconnaître en rien de ce qu’ils voient et entendent à la télévision ou autres. Pour beaucoup d’entre eux, les parents ne travaillent pas et vivent des allocations. Il y a souvent de la violence, des problèmes d’alcools et de moeurs. Ils sont malgré tout attachés à leur coin et sont face à un dilemme : quitter la région pour trouver un travail ou rester et ne pas travailler. En effet, il n’y a pas beaucoup de propositions dans le coin !

 

L’école publique avait pour vocation de donner à tous les mêmes chances de réussites, que l’on soit parisien ou picard. L’émergence d’ER vient pourtant couronner la faillite de ce système. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

 

Victoire : C’est difficile de savoir vraiment ce qui n’a pas fonctionné mais nous constatons que les élèves d’une école de l’Education Nationale sont souvent plus de trente par classe et que les professeurs, de ce fait, n’ont pas le temps de s’occuper de chacun, de les connaître et de les aimer. Par manque de moyens, les élèves ne peuvent plus redoubler, ils accumulent donc d’énormes lacunes d’année en année sans que cela soit véritablement réglé. 

L’école s’articule autour de deux piliers : rendre confiance en soi et transmettre les fondamentaux.

J’ai le sentiment que l’Éducation Nationale passe plus de temps à théoriser qu’à rejoindre la réalité, peut-être parce que celle-ci fait mal. Aux débuts de l’école publique, cette dernière s’inscrivait aussi dans la continuité de l’éducation, reçue par les enfants, à la maison. Aujourd’hui, ce système ne marche plus. Dans certaines régions, les parents travaillent trop et ne prennent plus le temps d’être avec leurs enfants. Dans d’autres, comme chez nous, les parents ne travaillent pas assez et n’offrent aucune perspective d’avenir pour leurs enfants… Je dirais aussi que les méthodes d’apprentissage souvent utilisées dans les écoles aujourd’hui sont défaillantes. Nous n’avons jamais eu autant de dyslexiques ou de dysorthographiques.

J’ai le sentiment que l’Éducation Nationale passe plus de temps à théoriser qu’à rejoindre la réalité.

On suppose qu’une telle initiative est vue d’un très bon œil localement. Plus globalement, les initiatives similaires à Espérance Ruralités sont-elles encouragées par les pouvoirs publics ?

 

Victoire : Détrompez-vous. Nous sommes passés pour une secte toute l’année dernière ! Les parents d’élèves nous font bonne presse maintenant, mais nous sommes assez mal accueillis par les écoles du coin. Je pense que nous apparaissons comme une menace. Le maire de la ville ne nous a ni encouragés, ni empêchés de nous développer. Cela ne va pas plus loin pour l’instant ! À mon sens, reconnaître l’utilité d’Espérance Ruralités reviendrait à admettre l’échec de l’Éducation Nationale… Espérons que cela change et que nous puissions à l’avenir travailler en bonne intelligence !

Propos recueillis par Étienne de Solages

Article écrit par Étienne de Solages

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