Vie et mort politique du militaire2 min de lecture

Le militaire a bien des fois changé de statut. Outil et force du régime, il est aussi une personne à part entière qui réclame des droits. Historique d’un XIXe siècle mouvementé et de droits politiques ballottés par quelques vagues républicaines.

 

Après la passe troublée de la Révolution, le militaire est vu comme un citoyen-soldat. Républicain, il émancipe la jeune Marianne de la tutelle royale. Il est alors porté en respect par les gouvernants qui en font un camarade citoyen de choix. Il jouit de droits. Néanmoins, on arrive à l’entrée du XIXe qui sera un siècle troublé où la place du militaire oscille entre la discipline, et les droits qu’on lui accorde en temps que citoyen. Son statut sous la Restauration est quelque peu changé, avec une volonté de le plier à la discipline, et ce même dans le privé, obligeant les officiers à ne pas accepter de dot excédant 24 000 francs. Le militaire ne doit pas s’élever dans la société. 

 

Avec l’avènement de la IIe République, bon nombre d’officiers s’y rallient et des législateurs qui les remerciant, veulent leur offrir de prendre part au jeu politique. Dès 1848, le droit de vote est à l’Armée,  et les officiers sont éligibles ! Des tensions vont pourtant avoir lieu au sein de l’armée, comme des conseils généraux où des socialistes sous-officiers gagnent contre des officiers conservateurs.. La hiérarchie va vite alors être anti-républicaine ayant une politique répressive en sein à l’encontre des républicains (officiers ou sous-officiers) dans des années 1850-51. Ces troubles vont favoriser l’avancée de Napoléon III, Prince Président, puis empereur. 

Le conseil de révision par Pierre-Georges Jeanniot (1848 – 1934) , Musée des Beaux-Arts, Pau.

Le IIInd Empire sera une parenthèse où l’armée impériale se professionnalise et a des droits sans en avoir, de manière toutefois ambiguë : les plébiscites des 21 et 22 décembre 1851 se tiendront mais à registres ouverts dans les garnisons, non à bulletin secret. Après cette parenthèse, la IIIe République ne tardera pas à sonner le glas pour la vie politique de ces hommes. Face aux agitations survenues en 1850, on craint l’armée, dont la hiérarchie est plutôt conservatrice et catholique. La Troisième se veut égalitaire instaurant le vote pour tous et le Service militaire pour chacun. Paradoxalement, elle se montrera cruelle envers le corps militaire, l’égalité passant à la trappe. Avec le passage d’une vieille armée impériale de métier restreinte, à une armée de Service militaire intégrant toute une tranche d’âge générationnelle, la masse est bien plus importante et fait peur. Les législateurs préfèrent continuer cette armée à être un outil, discipliné, neutre, efficace éloignée de toute querelle politique. Ainsi, le 27 juillet 1872, la loi Cissey instaure le Service militaire et par la même exclu tout militaire du droit de vote.

 

L’armée sera appelée durant toute la Troisième République, la Grande Muette, ses plaintes étouffées, bâillonnées. Les républicains ont peur de ce contre-pouvoir possible et lui assènent tous les coups possibles, la loi Cissey n’étant qu’une parmi tant d’autres qui devront la cantonner à son rôle technique ; sera supprimée inexorablement l’éligibilité : à la Chambre (1875), au Sénat (1884), dans les conseils municipaux (1891) et généraux (1894). Par la même, arrivera l’Affaire des Fiches qui, sous le ministère Combes sera à l’origine d’un scandale, politique censée ficher tous les militaires catholiques parmi les officiers dans les garnisons. On continuera durant tout le début du XXe siècle avec des mesures interdisant d’appartenir à une organisation religieuse ou de se syndiquer. 

 

Enfin, après les femmes, les militaires obtiendront le droit de vote en 1945. Il était temps ! La politique républicaine à l’égard de son armée était justifiée, là où les officiers catholiques et anti-républicains pouvaient constituer une force, certes, mais de nos jours bien qu’étant toujours apolitique, elle est surtout cosmopolite, donc on y retrouvera tant “l’idéal d’un Saint-Exupéry et d’un Vigny » que celui d’un Denfert-Rochereau.

Article écrit par Louis Lallement

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