Tocqueville : une pensée novatrice ?4 min de lecture

  Il figure parmi les auteurs incontournables des programmes de philosophie, de science-politique et de sociologie. Alexis de Tocqueville traverse les affres de la société et reste ce penseur et ce théoricien du XIXe siècle apprécié par le corps académique et politique français. Ses travaux notamment le célèbre De la démocratie en Amérique, écrit en deux tomes, ne vieillit pas faisant de lui un incontournable de l’analyse politique. Libéral, conservateur, issu d’une famille profondément royaliste, Alexis vit à une période charnière de l’histoire politique française où crises, tensions et renouveaux s’entremêlent. L’Etudiant Libre revient sur la trajectoire de cet homme de talent, de cet homme qui aux confins des changements de son temps concilia la pensée conservatrice et la pensée libérale.

 

Alexis de Tocqueville naît en 1805 et meurt en 1859. Les Tocqueville, aristocrates normands, défendent avec une grande ferveur la maison Bourbon. Alexis est formé par des jésuites et poursuit des études de droit. Il devient magistrat en 1827. Ce haut poste l’oblige à partir aux Etats-Unis pour enquêter sur le système pénitentiaire. Avec Gustave de Beaumont, il découvre pendant un an les tenants et les aboutissants de la démocratie américaine.

   Admirateur d’Alphonse de Lamartine et de François-René de Chateaubriand, Alexis a un attrait certain pour la politique. En plus de l’étudier, il veut la théoriser, la conceptualiser, l’analyser et surtout comparer les régimes et les systèmes politiques. C’est en se nourrissant de sa vie personnelle, de réflexions diverses et de sa maturité intellectuelle acquise au gré des lectures et des rencontres, que Tocqueville élabore sa pensée libérale et conservatrice. 

   La politique l’anime puisqu’il devient à partir de 1839 député de Valogne (Manche). A la fin de la Monarchie de Juillet, Tocqueville est élu à l’Assemblée constituante pour écrire et voter la constitution de la Deuxième République. Sous le gouvernement Barrot, il est nommé ministre des Affaires étrangères. La question coloniale est le fer de lance de la politique française dans ces années là. Rappelons qu’Alger fut prise en 1830 par Louis-Philippe mais que l’émir Abdelkader peine à laisser l’ensemble du territoire. Tocqueville, en prenant la tête du ministère, défend les intérêts français tout en combattant l’esclavagisme.

   Politiquement, et ce par le biais des mandats électoraux qu’il détient , Tocqueville se place à gauche de l’échiquier politique. Il défend de vive voix le libre échange, le bicamérisme et l’élection du Président au suffrage universel. Il détient des positions fermes contre l’esclavage. A l’heure où le socialisme devient un pan de la classe ouvrière voire modeste, Tocqueville comprend très vite l’importance de la question sociale. Selon lui, les libéraux doivent s’y intéresser ; le socialisme étant beaucoup trop néfaste pour la démocratie selon lui.

   Dans les deux tomes de De la démocratie en Amérique ( 1835-1840) , Tocqueville décrit les failles et les avantages du système démocratique. Il rappelle qu’il est vicieux de comparer le système américain au système français étant donné que l’un s’exerce dans un Etat décentralisé à l’inverse de l’autre. L’Histoire et la culture du pays sont aussi à prendre en compte selon l’auteur. La France, essentiellement, ne peut pas être une démocratie de type américaine étant donné que depuis Philippe-Auguste, l’Etat est centralisé. Les dires du politicien sont clairs: la démocratie doit, pour un résultat optimal, s’établir dans un Etat décentralisé. Le fédéralisme permettrait de mettre en place des institutions médiatrices, permettant ainsi de contrecarrer la fameuse « tyrannie de la majorité ». Cette décentralisation est à l’opposé du jacobinisme français post-révolutionnaire.

 

  Autre concept décrypté longuement par Tocqueville, celui de l’égalité qui coïnciderait avec le désir. La République de Platon offre une clé de lecture sur notre dépendance voire notre soumission au désir. Le désir d’égalité est-il nécessairement un désir de servitude ? Tocqueville répond affirmativement à cela : l’égalité produit le désir d’égalité. Cette soif, dans le cadre démocratique, est perverse et annihile l’homme. En effet, le plus petit veut tirer vers le bas son supérieur afin que celui-ci soit au même rang que lui. La solidarité propre aux régimes féodaux disparaît (l’aide et le soutien du fort sur le faible). La Révolution Française a brisé la chaîne et a privé les individus des solidarités traditionnelles, affirme Tocqueville dans son livre l’Ancien Régime et la Révolution. 

  Tocqueville ne manque pas de parler de liberté, état quasi-dépendant à l’égalité. Quelque soit le contexte, l’homme choisira toujours l’égalité au dépend de la liberté. Pourtant, selon Tocqueville, la liberté est le moyen nécessaire pour exercer la citoyenneté. Même si l’égalité est la condition  sine qua non à l’établissement de la démocratie, elle induit la destruction « de la chaîne » . Il y a plus de destiné « préexistante ». Désormais ce sont les hommes qui ont, faussement, toutes les clés en main pour mener leur propre destiné. Dès lors, s’en suit une compétition effrénée entre les individus. Reste la question de l’argent qui devient le moteur de la société démocratique. Les individus étant tous égaux, vont chercher le profit tout en croyant à une grande destiné. S’instaure la concurrence de tous. Chacun observe son voisin et compare; les désirs deviennent insatiables. L’ère consumériste gagne la société matérialiste. 

   La tyrannie de la majorité, telle serait la dérive de la démocratie. S’appuyant sur la pensée rousseauiste ( la volonté générale prime sur la volonté particulière), notre penseur indique que l’individu perd l’esprit critique au profit de la doxa majoritaire qui prédomine dans l’espace public. Le conformisme de l’opinion conduirait au despotisme. Aujourd’hui, ce conformisme que l’on appellerait « le politiquement correct » est de plus en plus critiqué. « L’individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que, après s’être créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même » dit Tocqueville. 

Même si Tocqueville défend l’essence égalitaire de la démocratie, il invite ses lecteurs à nourrir le goût de la liberté, état nécessaire à l’homme. Dès qu’au nom de l’égalité l’individu abandonne la société pour ses petits intérêts, il quitte de fait le devoir du citoyen: la quête du bien commun pour tous et en tous. De quoi faire réfléchir plus d’un … 

Article écrit par Adélaïde Barba

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