Retrouver le sens de l’essentiel3 min de lecture

« En restant chez vous, occupez-vous des proches, qui sont dans votre appartement, votre maison ; donnez des nouvelles, prenez des nouvelles ; lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans ces moments que nous vivons. La culture l’éducation, le sens des choses est important. »
Allocution présidentielle d’Emmanuel Macron, 16 mars 2020

Pour quelques mois, nous voilà désormais terrés, scellés, enfermés à clé. Cum clave.

Entre quatre murs, en conclave, et prévenus d’avance : la sortie ne sera possible qu’une fois la solution trouvée. Plutôt que de vivre ce confinement comme une épreuve, le Président de la République nous a exhorté à « retrouver le sens de l’essentiel ». Vaste programme. Mais, puisqu’elle se retrouve – elle aussi – confinée à un espace restreint, la quête ne promet-elle pas de se révéler plus aisée ? Facile à dire.

C’est donc devant nous, « sous nos yeux », que doit nécessairement se trouver la clé : dans le foyer. Dans une compréhension classique, le foyer est le lieu où brûle le feu, tantôt éclatant et mystérieux, tantôt fragile et délicat. Ce qui se passe sous nos toits peut bien souvent adopter des allants similaires : les joies y sont parfois vives, l’entente quelquefois ébranlée. Mais le propre du foyer, c’est qu’il ne peut être déplacé, il est immuable : il échappe pour ainsi dire au paradigme de la modernité, laquelle entend « mettre en mouvement » les choses, les valeurs, les personnes. Comme l’affirme le philosophe François-Xavier Bellamy dans son ouvrage Demeure, « la crise à laquelle aboutit notre modernité […] tient tout entière au fait qu’elle exalte le mouvement, au point de lui refuser absolument tout but qui pourrait y mettre un terme ».

La pandémie que nous connaissons résonne donc comme un coup d’arrêt pour les modernes : les Français ne peuvent plus aller et venir, ils ne sont plus cet « homme nomade » prôné par Jacques Attali. Ils doivent, de nouveau et dans le sillage de leurs ancêtres, habiter la terre, s’y ancrer. En effet, pour paraphraser de nouveau le député européen, « habiter le monde est tout autre chose que s’y abriter. Il ne suffit pas à l’être humain de trouver un refuge qui le protège […]. Aucun être humain n’a simplement besoin d’un « toit ». Nous avons besoin d’une demeure, d’un lieu où se retrouver, qui devienne un lieu familier, un point fixe, un repère autour duquel le monde entier s’organise ». Et ce foyer ne devient pas un centre pour lui-même, mais une source, appelée à être féconde et à se déverser : là, dans ce foyer, cet humble puits de chaleur, se trouve notre essentiel. C’est ce qui est domestique – qui est propre à la domus – qui nous correspond le plus.

Car c’est bien au cœur de notre « foyer » que nous devons chercher cet essentiel. Cette essence, cette sève, ce sel. L’on y redécouvre le partage des joies simples, des peines aussi ; l’on goûte aux grâces de l’amitié, de la fraternité ; y fleurissent les échanges, y naissent les tensions ; y sont rendues possibles les lectures éparses, les jeux divers et les films en commun ; éplucher les albums de famille devient le pain quotidien, tout comme la répartition des tâches ménagères ; la solidarité avec les voisins devient une nécessité, la charité est décuplée ; en un mot, on y (re)trouve la sobriété heureuse et la joie du service. Juste l’essentiel. Dans le monde, bien humble est celui qui se contente et parvient à n’être que lui-même, sans jamais jouer un rôle ou endosser un masque. Ceux avec qui nous vivons nous connaissent trop bien, il serait vain – et dangereux – de tenter de les flouer. Le foyer nous révèle à mesure qu’il nous oblige à vivre à découvert : nous sommes comme condamnés à ne plus nous couvrir d’apparats, mais à vivre dans la simplicité de notre existence. Dehors, nous (ap)paraissons, tandis qu’en habitant, en demeurant, nous ne pouvons plus « paraître » mais simplement « être » : esse quam videri. L’essentiel retrouvé.

Mais ce foyer ne se limite pas aux murs qui nous entourent : la Nation est aussi demeure pour ses enfants. Vendredi 20 mars, le ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian annonçait que 130 000 Français à l’étranger avaient exprimé leur volonté de rentrer sur le sol national, preuve – s’il en faut – que l’attachement à un pays ne se limite pas à une appartenance territoriale, mais implique bien souvent une communion spirituelle. Comment en effet expliquer que nos compatriotes aient désiré rentrer dans un pays pour se retrouver cloîtrés chez eux ? Sans prétendre donner une réponse qui s’appliquerait à chacune des personnes concernées, il y a fort à parier que, dans l’inconscient collectif, subsiste l’inextricable sentiment national et la conscience d’appartenir à une communauté de destin.

C’est en somme à la bonté que nous sommes confinés : être bon pour ceux qui nous sont proches (parfois trop) pendant ces quelques semaines, voilà notre but. « Être bon est une aventure autrement violente et osée que de faire le tour du monde à la voile » affirmait en outre Chesterton dans L’effondrement d’une grande réputation. Nous voilà confi(n)és à la bonté.

Alors, vivons intensément ce temps de confinement : que les limites spatiales qui nous sont imposées ne soient pas des frontières intellectuelles. Redécouvrons, ensemble, ce qui rend nos foyers si caractéristiques, si essentiels. Et, dans l’attente que prenne fin ce temps de confinement, nous pouvons, dès à présent, dire, inspirés de Charles Péguy :

« Heureux les confinés dans leurs cités charnelles.
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux les confinés près de l’âtre et du feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.

Car elles sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu. »

 

Grégoire Deren.

 

Image : http://a-glowing-yogini.blogspot.com/2016/03/lectures-au-coin-du-feu-1.html

Article écrit par Auteur Ponctuel

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