Les aventures de Tintin, un héritage universel6 min de lecture

André Malraux rapporte dans son livre Les chênes qu’on abat une phrase subtile qu’a eue le général De Gaulle : « Au fond, vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands ». C’est dire la popularité du jeune reporter, au fait de sa gloire dans les années 1960.

Tout le monde connaît la célèbre série bande-dessinée de Hergé dont le principal protagoniste est le reporter Tintin. Lui et son fidèle compagnon Milou ont fait le tour de la planète. Près de 230 millions d’albums ont été vendus à travers le monde et traduits dans pas moins d’une centaine de langues et de dialectes. Les Aventures de Tintin siègent donc logiquement au panthéon de la bande-dessinée et de la littérature mondiale. Pourtant, malgré la reconnaissance dont jouit cette série, des voix se sont élevées depuis le début du XXIème siècle pour protester contre le caractère raciste, colonialiste, machiste et infantile de certains albums. L’occasion de revenir sur l’héritage des Aventures de Tintin et ses interprétations biaisées. 

Tintin n’est pas raciste, bien au contraire

Penser que les albums de la série ont un caractère raciste et colonialiste, c’est méconnaître l’univers de Tintin. Cette idée est néanmoins répandue dans les pays d’Europe Occidentale, notamment à cause du 2ème album de la série, paru en 1931, Tintin au Congo. Celui-ci met en scène le jeune reporter dans l’ancienne colonie belge. Les populations autochtones y sont représentées maladroitement ; les noirs apparaissent comme de grands enfants, paresseux. A l’inverse, Milou et son maître véhiculent l’image du parfait colonisateur. Plusieurs plaintes ont été enregistrées, notamment en Belgique, afin de demander le retrait de cet album des librairies. En Grande-Bretagne, un avertissement y figure dans les premières pages, mettant en garde les jeunes lecteurs sur les préjugés colonialistes de cet ouvrage. Pourtant, il faut prendre du recul sur cette histoire. S’il est vrai qu’au regard d’aujourd’hui Tintin au Congo est très clairement raciste, ce n’était pas le cas dans les années 1930. Il ne faut pas tomber dans le piège de l’anachronisme et analyser l’album avec le mode de pensée actuel. La vision coloniale que donne Hergé du Congo belge était en effet la vision la plus répandue dans les métropoles européennes dans l’entre-deux-guerres. Il ne faut pas oublier que les empires coloniaux étaient alors toujours intacts. Hergé n’a fait que retranscrire une image de l’Afrique, certes biaisée, mais alors la seule connue chez les européens blancs. 

En outre, Tintin a démontré d’innombrables fois qu’il était le plus grand ennemi du racisme. Dans Coke en Stock (1958) par exemple, il délivre avec le capitaine Haddock un groupe d’africains noirs prisonniers de trafiquants d’esclaves, et ce au péril de leurs vies. Dans Le Temple du soleil (1948), œuvre magistrale, le reporter n’hésite pas à se battre avec deux blancs hispaniques bien plus gros que lui qui maltraitent un jeune indien nommé Zorrino. Ce genre d’actes héroïques se sont répétés de très nombreuses fois au cours de la série, et il serait impossible de tous les citer.

Une autre critique régulièrement adressée aux Aventures de Tintin, c’est le fait que la série soit composée quasiment exclusivement d’hommes. C’est vrai bien sûr, il est difficile de démontrer l’inverse. Pour autant, il n’y a aucune prétention sexiste ou apologie de la masculinité dans les albums. Notons qu’une femme fait partie des personnages importants, c’est Bianca Castafiore, surnommée « le rossignol milanais ». Elle croise régulièrement la route de Tintin, Milou et Haddock dans leurs aventures (dans le Sceptre d’Ottokar en 1939 ou bien dans l’Affaire Tournesol en 1956). Elle est même au centre de l’intrigue dans Les Bijoux de la Castafiore (1963), ou elle apparait quasiment de la première page à la dernière. De plus, les personnages de l’univers Tintin sont toujours d’une grande courtoisie lorsqu’une femme fait son apparition, ne manquant jamais de respect au 2ème sexe. En outre, Hergé a fait bien attention au cours de son œuvre à ne jamais glisser de sentiments amoureux dans les différents épisodes. Il n’existe donc pas de supériorité masculine dans aucun album.

Rappelons enfin que Tintin, selon les mots de son créateur, Hergé, incarne les valeurs du catéchisme chrétien. Il vient donc toujours en aide aux miséreux et à ceux qui ont besoin d’aide, sans faire jamais aucune distinction raciale, ethnique ou genrée. Même pour sauver une vie en perdition, il est prêt à prendre des risques inconsidérés. De plus, le célèbre héros à la houppette est toujours d’une politesse exemplaire, d’une loyauté constante et est doté d’un sens aigu de l’amitié. 

Un héritage universel pour tendre vers un monde meilleur 

D’abord, il faut bien comprendre que Tintin n’a pas vocation à faire de la politique. Toutes les interprétations engagées autour de la bande dessinée faites depuis l’an 2000 sont, d’une certaine manière, illégitimes. Les Aventures de Tintin, ce sont avant tout des aventures hors-normes qui se déroulent sur les 7 continents. Des enjeux énormes sont au cœur de la série : le pétrole, la démocratie, et même la lune ! Tintin, c’est l’esprit de conquête et de découverte. C’est la soif d’aventure et la curiosité jamais assouvie d’en apprendre plus sur l’autre. C’est la liberté d’aller et de venir, la liberté de choisir entre le bien et le mal, la liberté de défendre le faible et l’opprimé. C’est une distraction de lire les albums, un véritable plaisir pour les yeux, et la possibilité de s’évader métaphoriquement vers d’autres régions du monde. 

Le personnage de Tintin est aussi un modèle universel de la pureté. A de nombreuses reprises, le jeune reporter est décrit comme un « cœur pur » (dans Tintin au Tibet, 1960, par exemple). Hergé l’a voulu comme l’image la plus parfaite de l’homme. Il n’a aucun défaut, ne possède que du bon en lui. Il représente la jeunesse éternelle et donc l’innocence, qui n’a pas été corrompue avec l’âge. Tintin est aussi l’incarnation du courage (il n’a jamais peur), de l’esprit de sacrifice et de la fidélité. C’est l’exemple de la loyauté et de l’amitié ; il n’oublie jamais ses amis, et est prêt à risquer sa vie et celle des autres pour les sauver. Dans ce même Tintin au Tibet, le jeune héros persuade ainsi le capitaine Haddock de l’accompagner dans une expédition pour les montagnes tibétaines afin de sauver son ami Chang d’une mort certaine. Il fait aussi preuve d’une grande indulgence envers ses ennemis. Tintin n’a jamais tué et ne se sert de la force qu’en ultime recours. Dans Tintin et les Picaros (1976), il offre son aide à l’insurgé Alcazar pour reconquérir le pouvoir qu’il s’est fait dérober, mais en lui faisant promettre que son coup d’Etat se fera sans aucune exécution capitale. De ce point de vue-là, le héros à la houppette est fidèle à la vieille maxime chrétienne « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Enfin, il faut souligner un dernier point chez lui ; il est libéré de toutes les tentations. Tintin n’est pas attiré par l’or, ni par le pouvoir, ni par l’amour fécond (les femmes n’ont aucun effet sur lui). Il ne boit jamais d’alcool, ne fume pas et ne joue pas. Seul le bon a été gardé en lui.

C’est pourquoi les autres personnages sont là : Milou, le capitaine Haddock ou le professeur Tournesol. Par opposition à la perfection de Tintin, le fox-terrier blanc Milou, plus fidèle compagnon du reporter, est plus proche de nous. Le chien est clairement humanisé, il est même doué de la parole dans les premiers albums. Il est soumis en permanence au choix entre le bien et le mal, représentés tous les deux par un petit ange et un petit démon, et cède souvent à la tentation. Milou commet de graves erreurs plusieurs fois, et ne manque pas de désobéir à son maître. 

Le capitaine Haddock aussi équilibre le jeu. C’est un peu nous. C’est toujours lui qui se fait entraîner dans des aventures par Tintin, et jamais l’inverse. Le capitaine est ronchon, râleur et sujet à l’emportement. Pourtant, la perfection inhérente au jeune reporter le rend peu à peu meilleur au fil de la série.  Alors qu’il n’est qu’un ivrogne en perdition lors de son apparition dans Le Crabe aux pinces d’or en 1941, il se transforme en un homme courageux, capable d’altruisme et loyal. Il ne perd jamais tous ses défauts, mais devient capable de faire de grandes choses. C’est comme un rite initiatique : au contact de Tintin, les hommes deviennent meilleurs.

Le chef-d’œuvre d’Hergé est donc extraordinairement optimiste. Dans l’univers Tintin, les hommes sont bons. Même les méchants se révèlent être ridicules car ils ne sont pas de taille à rivaliser avec l’astuce et le courage du jeune reporter. Il y a une certaine dimension eschatologique dans les albums : le triomphe du bien sur le mal. La promesse que les hommes deviennent meilleurs aux côtés de Tintin. Le monde serait sans doute plus juste s’il existait plus de  « Tintin ».

Finalement, l’extraordinaire succès des Aventures de Tintin est sûrement en partie dû aux valeurs universelles que véhicule cette série. Alors que le monde est de plus en plus mécanisé, de plus en plus inégalitaire et de moins en moins humain, il est urgent de relire Tintin. Tout est dans Tintin. Tintin ne meurt jamais…

 

*Image : https://www.newstatesman.com/culture/2016/04/anti-americanism-european-soft-power-geopolitics-tintin

 

Article écrit par Elouan Picault

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