La révolution n’est qu’un tour sur soi-même2 min de lecture

« Etrange aveuglement des hommes de notre siècle ! […] Un orgueil indomptable les porte sans cesse à renverser tout ce qu’ils n’ont pas fait » nous prévenait il y a plusieurs siècles Joseph de Maistre. Que dirait-il de nos intellectuels progressistes et constructivistes si occupés à traquer toute forme de permanence culturelle et même anthropologique ?

Cette lutte contre tout ce qui leur résiste, qui existe, tout ce qui tient, tout ce qui se tient (tout ce à quoi l’on tient, en somme) porte en elle-même sa contradiction, comme le slogan « il est interdit d’interdire » nous le signalait déjà. Apitoyons-nous quelques instants sur leur sort.

En effet, vers où aller lorsque l’on a sacralisé la désacralisation ? Lorsque l’idéologie des « dominés » est dominante ? Lorsque la pensée de « l’oppression » est celle qui opprime ? Lorsque « la culture de la critique », comme l’appelait Christopher Lasch, est incontestable ?

Quelle pire punition pour une idéologie du renversement que d’être placée si haut ? Quel pire châtiment pour les théoriciens du tout-pouvoir que d’en être les représentants ? Quelle pire posture pour le révolutionnaire que celle d’être confortablement assis ? Sa victoire est sa défaite ! Voilà où mène une pensée qui se définit par la négation.

Si la politique, comme le disait Carl Schmitt, est la désignation de l’ennemi, les partisans de la déconstruction sont donc aujourd’hui réduits à devoir se le construire de toute pièce. Le tyran est mort, redressons son cadavre pour pouvoir s’amuser à se faire peur. On se félicitera ensuite de l’avoir renversé à nouveau.

Sir Roger Scruton avait constaté ce sentiment paradoxal lorsque Margaret Thatcher prenait la tête du parti conservateur britannique : « Je me rappelle bien de la joie qui parcourut l’université de Londres. Enfin quelqu’un que l’on pourrait haïr ! Après toutes ces années mornes de consensus socialiste à fouiller dans les sombres recoins de la société britannique pour trouver quelques miteux fascistes, le mieux que l’on put trouver en matière d’ennemi, un véritable démon, était entré en scène ».

Mao a lui aussi affronté cette contradiction frontalement. Après plus de quinze ans au pouvoir, comment incarner encore la subversion ? S’en est suivi la révolution culturelle avec le bilan que l’on connaît, le fruit de renversements constants et de créations incessantes de nouveaux ennemis censés menacer le mouvement institué par l’ordre rouge. Dans la violence et la confusion de cette barbarie interne, on oubliera la domination étouffante, incontestable, du pouvoir en place, institué jadis au nom des dominés.

De même, on remet à jour régulièrement dans les kiosques la liste des penseurs infréquentables qui menaceraient ce désordre établi (« Les néo-fascistes : Qui sont-ils ? Leurs amis, leurs réseaux »). Comme le précise Mathieu Bock-Côté, « Le progressisme a été si longtemps dominant dans l’espace public qu’il lui suffit d’être contesté pour se croire assiégé, et le conservatisme a été si longtemps dominé qu’il lui suffit d’être entendu pour se croire dominant. » Ça tombe bien, Poutine contrôlerait le monde avec ses populistes américains, italiens, polonais, brésiliens et hongrois. Camarades, unissez-vous, vous n’avez rien à perdre sauf vos chaînes, l’heure est trop grave, la Haine menace !

L’antifasciste a besoin de dénicher des ‘fascismes’ afin de légitimer son combat. Tel un pompier dans le désert, l’antifasciste perd toute raison d’être s’il ne trouve pas de dragon à terrasser. Plus ce dernier est menaçant, plus celui qui l’aura vaincu sera glorieux. Plus l’ennemi possède de vices, plus celui qui en triomphera possèdera des vertus. S’ils repeignent leurs ennemis en noir, ce n’est que pour mieux se repeindre en blanc. Voilà pourquoi en notre époque de déconstruction avancée, la fabrique de l’ennemi bat son plein.

Sous les pavés, la plage ? Non, rien que du désert à perte de vue. Heureusement, la nature a horreur du vide et de ceux qui le chérissent.

Article écrit par Pierre Valentin

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