La France contre les robots ou le suicide de l’homme moderne4 min de lecture

Georges Bernanos est un écrivain français né en 1888 et mort en 1948. Comme beaucoup des jeunes hommes de sa génération, il participe aux combats de la Première Guerre mondiale. En 1926, il publie l’un de ses plus célèbres romans : Sous le soleil de Satan. Son oeuvre littéraire est traversée par sa foi et par le combat spirituel de l’homme entre le bien et le mal. Ecrivain enflammé, homme passionné et engagé, il demeure un monument de la culture française.

« Plutôt transhumain que mort ! », voilà le slogan des disciples de l’idéologie transhumaniste. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des hommes revendiquent leur droit et leur volonté d’abandonner leur nature humaine pour devenir des machines éternelles. Le rêve de la pierre philosophale qui promettait une vie éternelle à qui la posséderait s’est progressivement transformé en un rêve scientiste de plus en plus réel. Les pourfendeurs de cette idéologie crient : »si la nature de l’homme veut sa mort alors changeons de nature, délaissons notre humanité et forgeons l’avenir dans l’espérance de l’avènement de la machinité ». Face à ce suicide programmé, face à la perte progressive de tout ce qui fait la nature de l’homme, la lecture de Georges Bernanos s’impose d’urgence !

« Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline toujours plus stricte ? ». Face à l’urgence du péril, l’auteur n’est pas tendre avec son lecteur. Avec Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, La France contre les robots de Georges Bernanos fait partie de ces textes visionnaires qui ont prédit avant tout le monde les bouleversements et les dangers induits par le règne de la technique. Dès lors, il s’agit autant d’un réquisitoire contre la civilisation des Machines que d’un plaidoyer en faveur de la conquête de la liberté !

« Le danger n’est pas dans les machines, sinon nous devrions faire le rêve de les détruire par la force, à la manière des iconoclastes qui, en brisant les images, se flattaient d’anéantir les croyances. Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner ».

Pourquoi est-ce un danger ? La pensée classique encourageait l’homme à cultiver son intériorité pour conquérir sa liberté. Elle affirme que l’homme ne peut devenir libre qu’après avoir accompli un véritable travail sur lui-même. « Connais-toi toi-même » est l’injonction que nous lance la philosophie grecque pour accomplir notre humanité. C’est pourquoi, la fin de l’homme consiste en l’accomplissement de sa nature spécifique. Etre homme a un sens profond indépassable : l’homme est à la fois un être social qui ne peut bien vivre qu’en compagnie de ses semblables et il est un être rationnel qui est ordonné à se gouverner selon son âme. Dès lors, tout progrès est avant tout un progrès moral puisque chaque homme se voit confronter au même défi : devenir libre par l’usage de la raison ainsi que par l’acquisition du savoir et de la vertu.

Au contraire, la civilisation des machines détourne les hommes de cette quête intérieure. « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». En effet, cette civilisation place, avant tout, le progrès à l’extérieur de l’homme. Elle n’est plus une invitation à la spiritualité, mais un appel sans cesse plus pressant à la consommation de la toute dernière innovation technologique qui va permettre de libérer et d’augmenter l’homme. Ainsi, il faut, par exemple, libérer l’homme de tous travaux manuels. Mais, force est de constater que le travailleur est largement dépassé par la machine qui devait le soulager. De même, il faut augmenter les capacités tant physiques qu’intellectuels de l’homme qui est limité, voire opprimé, par sa nature. Les ingénieurs de la silicon valley et des GAFAM travaillent donc à la fabrication de bras bioniques – aux capacités infiniment supérieures aux bras naturels – ou bien au développement de puces cérébrales. Dès lors, dans une telle société, « le progrès ne se trouve plus dans l’homme, mais dans la technique ». Voilà le danger : la liberté ne se trouve plus dans l’homme, mais en dehors de lui ! Se prépare l’avènement d’une société plus inégalitaire et injuste que jamais, où seuls les plus riches pourront avoir accès aux technologies d’augmentation du corps humain.

Certes, les machines peuvent permettre de répondre à certains de nos besoins et peuvent libérer le travail de l’homme de certaines tâches ingrates. Mais, les machines ne peuvent servir l’homme que lorsque celui-ci les emploie de façon raisonnée. Or, comme cela pourrait-il se faire quand l’usage de ces machines vise, au contraire, à détourner l’homme de tout progrès intérieur pour qu’il ne reste plus de lui qu’un » temps de cerveau humain disponible » à vendre à coca-cola (Patrick Le Lay, 2004).

Finalement, pour Bernanos, l’avènement de la civilisation des machines, lié au développement du capitalisme, est l’histoire d’une grande trahison. Cette civilisation était la promesse d’une vie plus libre, plus confortable et plus pacifique. Que de mensonges ! L’homme devient « non seulement l’esclave mais l’objet, la matière presque inerte, irresponsable, du déterminisme économique, et sans espoir de s’en affranchir, puisqu’il ne connaît d’autre mobile certain que l’intérêt et le profit ».

En lieu et place de la paix, la civilisation des machines a créé « la guerre des Machines ». Et c’est une guerre bien plus perverse que les précédentes, car la machine introduit une véritable distance entre les décisions de l’homme et leurs exécutions. L’homme prend la décision de tuer, mais, pourtant, ce n’est plus lui qui pose l’acte ; un drone le fait à sa place de façon bien plus aveugle, cruelle et massive. De même, la liberté est anéantie par la civilisation des Machines qui créer une société-machine dans laquelle l’homme ne peut plus rien faire sans avoir recours au dieu-machine. Au contraire des espérances qu’elle portait, la civilisation des machines a finalement créé une société d’irresponsabilité et de distance.

Ainsi, Georges Bernanos nous appelle avec virulence à la résistance contre la Civilisation des machines. Il serait vain de placer nos espoirs dans la création d’une nouvelle humanité. Assurément, cela conduirait à la perte de toute forme de liberté et de libre-arbitre. Bernanos invitait ses contemporains à résister contre l’emprise des machines sur leurs vies. Aujourd’hui le combat reste le même et doit être mené à tout prix, car le jour où l’homme sera devenu machine, alors l’esprit de contradiction et de révolte sera enfermé dans un algorithme administrant nos vies.

Article écrit par Jean Detchessahar

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