La CFTC a cent ans ! De l’actualité du catholicisme social4 min de lecture

Le 1er novembre de cette année, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens fêtait ses cent ans ! Dans la lignée des premiers syndicats chrétiens de Paris et de Lyon formés à la fin du XIXème siècle, la CFTC est fondé en 1919 autour de Jules Zirnheld et de Gaston Tessier. La confédération puise ses origines et son inspiration dans la doctrine sociale de l’Église. Durant plus de 100 ans, le syndicalisme chrétien a cherché à élaborer des projets visant à mettre le travailleur au centre de l’action politique, économique et sociale. Quel bilan et quelles leçons pouvons-nous tirer de son histoire ?

 

Pour comprendre ce qu’est le syndicalisme chrétien, il est nécessaire de remonter aux origines du mouvement et de se pencher sur les conditions historiques qui ont mené à son émergence.

Au cours du XIXème siècle, la société française est en proie à des mutations profondes et considérables induites par l’avènement de la Révolution industrielle et par de nombreux changements de régime politique. Le monde du travail est chamboulé par le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier de 1791 par lesquels, l’Assemblée constituante, issue de la Révolution française, supprime les corporations et interdit la reconstitution de toute association professionnelle, de patrons comme de salariés. Ces mesures marquent tout autant un tournant vers la libéralisation du travail qu’un rejet des formes traditionnelles de socialisation de l’Ancien régime.

Parallèlement, les progrès techniques et le développement du machinisme suppriment les emplois du monde rural et entrainent la disparition progressive du monde des petits artisans et commerçants. Les activités de la production industrielle se concentrent autour des grands centres urbains qui deviennent des bassins d’emplois industriels précaires. De ce fait, on observe d’importants mouvements de migration vers ces bassins d’emplois, si bien que la population rurale passe de 85% de la population française en 1801 à seulement 54% en 1901.

Ces changements rapides bouleversent l’équilibre du corps social, sans que celui-ci ne soit protégé, par aucune association, ni par aucun modèle politique, mais seulement soumis aux nécessités du marché. Dès lors, les multiples bouleversements sociaux de ce siècle échappent à l’encadrement du pouvoir politique. Cependant, la question sociale se fait de plus en plus pressante et surgit parfois avec violence aux yeux de la société (misère populaire, insalubrité, aliénation au travail, manifestation, répression violente…).

Face à l’urgence de la question sociale, différents groupes politiques tentent d’apporter une réponse. Les catholiques sociaux tout comme les socialistes se saississent évidemment de ce problème, s’interrogent et agissent en faveur de la misère ouvrière. S’ils partagent les mêmes constats, les deux mouvements s’opposent profondément sur les solutions à mettre en place. Là où les catholiques défendent un juste usage de la propriété, les socialistes promeuvent l’avènement du collectivisme. Là où les catholiques veulent réformer le système, les socialistes préparent la Révolution. Là où les catholiques proclament le message de l’évangile, les socialistes rejettent toutes formes de spiritualité.

Dès les années 1830, Frédéric Ozanam, un jeune étudiant chrétien, fonde avec des amis La Société St-Vincent-de-Paul. Ensemble, ils visitent des familles des quartiers pauvres de Paris, cherchant à apporter aide et réconfort aux plus démunis. En 1884, Albert de Mun – député de Morlaix, initiateur du catholicisme social, fondateur des cercles catholiques ouvriers en 1871 – prononce un discours retentissant à la Chambre des députés où il déclare «qu’il n’y a pas de [question] plus haute dans l’ordre politique qui ne mérite à un plus haut point de fixer l’attention des hommes d’Etat ; elle a un nom : c’est la question sociale !» 

Et il ajoute : «les nations modernes sont en souffrance, et la maladie chronique qui les épuise (…) c’est l’excès de la concurrence. Depuis un siècle, des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l’ont envahi, qui ont proposé l’accroissement indéfini de la richesse comme le but suprême de l’ambition des hommes, et qui, ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail, en l’avilissant au rang d’une marchandise qui se vend et s’achète au plus bas prix. L’homme, l’être vivant, avec son âme et son corps, a disparu devant le calcul du produit matériel. Les liens sociaux ont été rompus ; les devoirs réciproques ont été supprimés».

Le changement est tel que pour la première fois l’Eglise, en 1891, consacre un texte entier à la question sociale et ouvrière. Le Pape Léon XIII publie une encyclique qui fera date en la matière, Rerum Novarum. Il décrit notamment un monde où «les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. (…) À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires».

La CFTC est l’héritière des discours et des oeuvres de ces premiers catholiques sociaux. Après avoir lutté tout au long du XX ème siècle pour les travailleurs français, en défendant une entreprise au service de l’homme, les principes promus par la morale sociale chrétienne et repris par la CFTC demeurent d’une actualité brûlante ! Ils peuvent être résumés au nombre de trois : la défense de la dignité humaine dans tous les domaines et activités de notre vie ; la recherche du bien commun comme but ultime de l’activité politique, économique et social ; la pratique de la subsidiarité qui tend à confier la responsabilité d’une action à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action, dans le but d’intégrer, du mieux que possible les citoyens et les travailleurs, aux processus de décision et d’exécution dans la cité comme dans l’entreprise.

Cent ans après la création de la CFTC, à l’heure où notre nation est fracturée entre la France des périphéries et la France des métropoles, à l’heure où le dialogue social semble rompu à la fois entre les élites et le reste du peuple ainsi qu’entre des minorités qui défendent des intérêts communautaristes, à l’heure où les responsables politiques semblent discrédités et dans l’incapacité d’apporter une réponse à la question sociale contemporaine, il apparaît nécessaire de renouer avec cet héritage ! À l’image de l’Appel pour un nouveau catholicisme social qui a été lancé en janvier dernier, sachons réinvestir le terrain social pour donner un nouvel élan unitaire, culturel et politique à notre pays !

Jean Detchessahar

Article écrit par Jean Detchessahar

Jean Detchessahar 99 route de sainte Luce 44300
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