Il y a 180 ans, le 2 avril 1840, naissait Emile Zola…4 min de lecture

« Moment de la conscience française », selon les dires d’Anatole France lors de son éloge funèbre du 5 octobre 1905, entré dans la pléiade, romancier mondialement connu de son vivant et dont l’œuvre, en grand classique, continue à se perpétuer… 

Redécouverte, pas à pas, du chemin de vie cet homme, journaliste, romancier et novelliste à la place si particulière dans la littérature et l’Histoire françaises.

Des débuts chaotiques…

Né le 2 avril 1840 à Paris, fils d’un architecte italien immigré durant la réalisation de ses projets de construction, Emile Zola grandit à Aix-En-Provence, où se trouve aujourd’hui le barrage Zola, celui-là même érigé sous la responsabilité de son père.

Suivant son cycle scolaire dans une petite école où il souffre de réprimandes de la part de ses camarades à cause de ses origines italiennes, il se lie naturellement d’amis sensibles et dotés d’une fibre artistique tels que Paul Cézanne, le jeune Zola débutant lui-même ses premiers essais d’écriture avant sa dixième année.

Echouant à deux reprises les épreuves de son baccalauréat scientifique, le jeune homme, ayant entre temps perdu son père en 1847, rejoint sa mère à Paris, bien conscient que, sans promesse d’avenir, un horizon de manque, de crainte et de privation se dresse devant ce foyer qu’il doit gérer…

C’est après de longues errances que, providentiellement, le jeune Emile Zola parvient à se faire embaucher dans les services de presse des éditions Hachette, où son esprit humaniste nourri des lectures de Montaigne, entre autres, se voit imprégné de l’idéologie positiviste et anticléricale de la maison. Grand idéaliste et éternel rêveur, il parvient, à force de labeur, à faire publier ses quelques articles littéraires dans certains journaux tels que L’Evénement -journal dans lequel il prendra cette habitude de plaider publiquement durant le scandale Manet…- ou encore Le Figaro.

…À un projet d’écriture solide et fructueux –

 Les activités d’écriture professionnelle de Zola débutent dans les années 1850. Mais ce n’est qu’avec son projet au succès immédiat et retentissant des Rougon-Macquart, se voulant une histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire débuté dès 1870, que le petit italien destiné au vagabondage donne un peu de noblesse à son nom, acquérant une notoriété nouvelle.

Le projet d’écriture de Zola est simple. S’étant imprégné du style réaliste ambiant depuis les années 1850 dans la sphère littéraire et artistique, Zola, fin sociologue et influencé des idées positivistes de Claude Bernard et d’Auguste Comte, entreprend de suivre à la trace l’histoire d’une famille, celle des Rougon-Macquart, en étudiant, annonce-t-il dans son Roman expérimental le « déterminisme social », « le poids de l’hérédité » et « l’influence du milieu sur l’individu ». Ceci pour saisir des observations tirées l’organisation des rouages du comportement humain et pour, « le jour [où sera tenu] le mécanisme de[s] passions humaines,… l[es] traiter et l[es] réduire, ou tout au moins l[es] rendre l[es] plus inoffensive[s] possible. ». Attribuer à Zola une volonté d’engagement et de militantisme politique par le biais de ses romans serait une erreur absolue, bien que la caricature de l’Empire soit éminemment dressée dans toute son œuvre, les traits en étant particulièrement forcés certains romans tels que Pot-Bouille ou Au Bonheur des Dames.

En réalité, les œuvres de Zola s’avèrent bien plus personnelles que politiques et militantes, toutes étant basées et revivifiées par le vécu de cet écrivain observant une curiosité accrue pour les choses du monde. L’un des exemples les plus frappants est celui de son premier roman, La confession de Claude. Livre dans lequel l’on retrouve, en filigrane, les premières amours du jeune Zola pour une prostituée qu’il espérait sortir de la misère. Ainsi la vie de l’auteur, cette vie ayant débuté sous de bien funestes auspices, était cette condition quasi sine qua non de la réussite professionnelle et personnelle de ce dernier.

Aujourd’hui généralement réduite à ce champ scientifique et purement naturaliste, l’œuvre de Zola s’avère, à y regarder de plus près, d’un grand éclectisme, celle-ci comptant également des nouvelles ou des contes témoignant d’une certaine sensibilité de l’auteur au romantisme et au merveilleux. Les Nouvelles roses et noires sont quelques-unes de ces œuvres à part.

Les bouleversements de l’Affaire Dreyfus…

L’œuvre de Zola, nous l’avons vu, n’est pas politique. Zola ne s’est, pour tout dire, jamais approché des milieux politiques et s’est toujours gardé de s’adonner à quelque démarche du genre que ce fût.

Lui-même n’aurait jamais pu imaginer un seul instant être entraîné dans l’affaire judiciaire qui contribue aujourd’hui à sa notoriété posthume, la retentissante Affaire Dreyfus.

Ayant suivi les évolutions du « cas » Dreyfus de 1894 à 1898, c’est alerté par le tournant de celui-ci, qu’il pressent injuste, que l’écrivain et journaliste débute -il ne cessera de le rappeler- à contre-cœur ses investigations personnelles, pour faire éclater la vérité.  Il n’est pas exagéré de dire que sans l’intervention de Zola dans sa lettre ouverte « J’accuse.. ! » parue dans L’Aurore le 13 janvier 1898, L’Affaire ne serait restée qu’un dossier d’espionnage parmi tant d’autres dans les tiroirs de l’armée.

De cet engagement, Zola paya le prix fort. Intimidations brutales, autodafés de ses œuvres deviennent des attaques récurrentes avant la condamnation de l’auteur. Car la réaction de l’armée, en effet, ne tarde cette fois à arriver. Condamné une seconde fois après avoir obtenu, le jour même de son anniversaire, de faire réviser son premier procès de février 1898, Zola est contraint à l’exil en Angleterre, d’où il ne reviendra que l’année suivante, en même temps qu’Alfred Dreyfus se voit gracié par le Président Loubet.

Mais, plus que de sa popularité contemporaine, c’est surtout de sa vie que Zola paiera son engagement dans l’Affaire, étant -les récents travaux historiques convergent en ce sens- assassiné par asphyxie dans la nuit du 29 septembre 1902 par un membre de la Ligue des patriotes.

 …Et la caresse d’une fin de vie accomplie –

Malgré cette fin tragique laissant derrière la personne de Zola tout une œuvre inachevée (son roman Justice, dernier à rédiger de sa série des Quatre Evangiles), l’auteur meurt en ayant retrouvé un certain équilibre, à défaut d’une reconnaissance publique immédiate.

Son accomplissement de vie, l’un de ses plus grands plaisirs, l’une de ses plus grandes bénédictions, pourrions-nous même dire, fut la venue au monde de ses deux enfants du miracle. Nés de sa jeune maîtresse Jeanne Rozerot -maîtresse qu’il a tendrement aimée et traitée comme une seconde femme, plus que comme une simple amante- et finalement acceptés et partiellement élevés par sa femme, Alexandrine, qui n’avait pas pu lui donner de descendants, ces enfants sont, dans le fond, l’achèvement ultime de la vie d’un homme comblé.

Plus tard, ensuite, viennent les hommages et la reconnaissance publique. Lors de son éloge funèbre pour Zola, Anatole France, concluant en disant que l’auteur des Rougon-Macquart « fut un moment de la conscience française », prépare en quelque sorte l’honneur qui sera fait à ce dernier, le 4 juin 1908, lors du transfert de ses cendres au Panthéon.

Ayant de son vivant échoué à une vingtaine de reprises à être admis à l’Académie française et se voyant essuyer un refus définitif suite à l’Affaire, Zola repose désormais, et enfin, auprès des grands de la littérature et de l’Histoire française…

 

Julia Cointe.

Article écrit par Auteur Ponctuel

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