Grands mensonges historiques #1 – La « découverte » de l’Amérique4 min de lecture

Christophe Colomb n’a jamais découvert l’Amérique. Déjà parce qu’on ne découvre pas une terre habitée. Ensuite parce que les Vikings l’ont touchée bien avant les Latins.

Son peuplement remonterait à -20 000 et serait le fait de chasseurs-cueilleurs passés par le détroit de Béring, encore gelé en cette époque d’ère glaciaire. Plusieurs grandes et fascinantes civilisations s’y développeront : Olmèques, Mayas puis Aztèques au centre, Nazcas puis Incas au sud. En Amazonie, dans les grandes plaines nord-américaines et le grand nord polaire, des peuples de chasseurs-cueilleurs qui ont fasciné des explorateurs aussi illustres que Paul-Émile Victor ou Claude Lévi-Strauss.

Autour de l’an 1000, les Vikings ont déjà colonisé l’Islande, puis le Groenland (« le pays vert »), et des chroniques font désormais état d’un « Vinland » à l’ouest, qu’aurait découvert Leif Eriksonn. Depuis, les fouilles ont bel et bien révélé des traces d’habitations au niveau de Terre-Neuve au Canada, que les Vikings ont pourtant mystérieusement assez vite quitté. On parle principalement ici de Norvégiens. Les Danois ont quant à eux plutôt colonisé l’Angleterre et la Normandie, tandis que les Suédois commerçaient avec Constantinople et Bagdad, en plus d’avoir fondé la ville de Kiev, berceau de la Russie. Pour l’anecdote, viking signifie commerçant (alors qu’on a surtout l’image du guerrier, qui ne portait pas de casque à cornes).

À la fin du XVe siècle, les routes commerciales vers l’Asie sont fermées aux Européens : les Turcs viennent de prendre Constantinople, et des révoltes ont éclaté en Perse et en Chine ; il s’agit de traverser le grand Océan pour toucher les Indes par l’Est, territoires jugés immensément riches. N’oublions pas non plus que c’est la conversion du monde entier à la vraie religion – le christianisme -qui est aussi visée.

Isabelle de Castille financera les expéditions maritimes de Christophe Colomb, notamment grâce ) l’expulsion définitive des derniers musulmans d’Espagne et des Juifs. Les Espagnols arrivent donc avant tous leurs concurrents : portugais, français et anglais. Ces nouvelles routes découvertes ruineront aussi le monopole de Venise. Au passage, personne n’a jamais cru -et contrairement à aujourd’hui- que la terre était plate, la terre ronde était un acquis depuis l’Antiquité grecque et Ptolémée.

En fait, Colomb avait à l’évidence quelques petits soucis en géographie : débarqué aux Bahamas, il était persuadé d’être aux Indes, et cherchait à atteindre Cipango (=le Japon) pour y rencontrer le grand Khan (=l’empereur de Chine) !

Le partage des terres découvertes sera arbitré par le Pape en personne : le mythique Alexandre VI Borgia pour ne pas le citer, et son traité de Tordesillas de 1494. Les nouvelles ressources, en plus des métaux précieux, seront innombrables : maïs, pomme de terre, tomate, tabac, cacao, haricot, ananas, dindon etc.

Comment résumer ces conquêtes ? Massacres, pillages, conversions forcées : les Conquistadors ont laissé un souvenir épouvantable. Dans les faits, si les Amérindiens ont été décimés, c’est avant tout à cause des maladies importées (involontairement), contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés. Ils ne seront surtout pas à la hauteur technologiquement, et vaincus à 100 000 contre 500. Des massacres, il y en a eu ; Cortès était obsédé par l’or d’un Eldorado qu’il ne découvrira jamais. Pizarro sera son jumeau au Pérou, et la capture du grand Inca Atahualpa lui apportera une rançon de 12 tonnes d’or et d’argent, qui ne le l’empêchera d’ailleurs pas une seule seconde de faire exécuter sommairement son illustre prisonnier.

Pour autant, il ne faut pas non plus idéaliser les Indiens, comme le fait très niaisement le film de Ridley Scott 1492. Certes, un film avec G. Depardieu et une aussi mémorable bande-son ne peut qu’être stylé, mais de là à faire des autochtones des bons sauvages à la sauce de Rousseau…

C’est oublier un peu vite les légions d’excités anthropophages, le fameux scalp indien, et même que les Aztèques avaient érigé la razzia au rang d’art de vivre, le clou du spectacle étant les sacrifices humains de leurs prisonniers, dont on arrachait le cœur et balançait le cadavre du haut des pyramides – choses qu’illustre très bien le film Apocalypto de Mel Gibson.

Au surplus, l’Église catholique défendra inlassablement les Indiens, en témoigne la grande plaidoirie du dominicain Las Casas lors de la controverse de Valladolid. Certes, les esclaves débarqués d’Afrique ne seront pas aussi chanceux. La France, et depuis Cartier, recherchera elle toujours l’amitié des peuples indiens, au contraire des Anglais et des Américains qui les prendront pour des sous-hommes et les massacreront ou déporteront jusqu’au dernier.

Ah l’Amérique ! Ah ce Canada et ces terres de Louisiane ! Que n’avez-vous pu rester français ! Maudite Angleterre ! Maudite colonie française qui a mal tourné ! Au final, ce pauvre Christophe Colomb n’aura même pas laissé son nom au continent qu’il n’a pas découvert : le moine cartographe Martin Waldseemüller le nommera très unilatéralement d’après le grand explorateur florentin Amerigo Vespucci, arrivé… 8 ans après !

« De par le très haut, très puissant, très invincible et victorieux prince Louis le Grand, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, quatorzième de ce nom, ce aujourd’hui, 9 avril 1682, je, en vertu de la commission de Sa Majesté, ai pris et prends possession, au nom de Sa Majesté et de ses successeurs de sa couronne, de ce pays de la Louisiane, mers, havres, ports, baies, détroits adjacents et toutes les nations, peuples, provinces, villes, bourgs, villages, mines, pêches, fleuves, rivières compris dans l’étendue de ladite Louisiane, depuis l’embouchure du grand fleuve Saint-Louis du côté de l’est, appelé autrement Ohio, et ce du consentement des peuples qui y demeurent avec qui nous avons fait alliance, comme aussi le long du fleuve Colbert ou Mississippi et rivières qui s’y déchargent depuis sa naissance au-delà du pays des Sioux et ce de leur consentement, et des Illinois, Arkansas, Natchez qui sont les plus considérables nations qui y demeurent, avec qui nous avons fait alliance, jusqu’à son embouchure dans la mer ou golfe du Mexique, sur l ‘assurance que nous avons eue de toutes ces nations que nous sommes les premiers Européens qui ayons descendu ou remonté ledit fleuve Colbert » Cavelier de La Salle

Article écrit par AlexeïR

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