Andreï Makine et la France éternelle4 min de lecture

Andreï Makine est un écrivain d’origine russe, naturalisé français en 1996, membre de l’Académie française depuis 2016. Né en URSS en septembre 1957, il grandit sur les terres glacées de la Sibérie. Sa grand-mère est française, et l’initie dès son plus jeune âge à la langue de Molière.

Il soutient une thèse de doctorat sur la littérature française contemporaine à l’université d’Etat de Moscou. S’il officie quelques années en tant que professeur de faculté en Russie, il émigre à Paris en 1987. Il obtient l’asile politique mais se voit refuser la nationalité française. Ses conditions de vie sont d’abord précaires, et il ne survit qu’en donnant des cours de russe dans un lycée parisien. Il décide alors de soutenir une nouvelle thèse à la Sorbonne, en littérature. Celle-ci est un succès, et il se voit ouvrir les portes d’une carrière universitaire. Il enseigne par la suite à Sciences Po et à l’Ecole Normale Supérieure.

Il mène, en parallèle de cette vie, une carrière d’écrivain. Son premier roman parait en 1990 et s’intitule La Fille d’un héros de l’Union Soviétique. En 1995, c’est la consécration avec la publication du Testament français. Celui-ci remporte le prix Goncourt, le prix Goncourt des lycéens, et enfin le prix Médicis. Le livre triomphe en librairie, et Andreï Makine se voit enfin accorder la nationalité française. Il écrit par la suite une dizaine d’autres romans, dont La Musique d’une vie (2001), qui remporte un prix littéraire, et Cette France qu’on oublie d’aimer (2006). En 2016, il devient un immortel, en se faisant élire à l’Académie française au fauteuil 5, précédemment occupé par Assia Djebar. En 2020, il est le benjamin de l’institution.

L’œuvre d’Andreï Makine est à l’image de son itinéraire de vie : elle témoigne d’un attachement viscéral, charnel, et indéfectible à la France. De ses racines russes et de son enfance soviétique, il conserve cette lointaine image d’une France désirée, rêvée, éternelle. Dans Le Testament français, son œuvre phare, il porte le témoignage d’une fascination enfantine pour un lointain pays à l’Ouest de l’Europe. Grâce à sa grand-mère française, le jeune Andreï est bercé des récits de la magie parisienne. Depuis son enfance difficile, dans une URSS ou l’on manque de tout, la France et son imaginaire est pour lui un havre de paix, une « Atlantide » selon ses propres mots. Une forme de paradis terrestre inatteignable. Car la France d’Andreï Makine n’est pas n’importe quelle France : c’est le pays éternel de la liberté, dans tout ce que cette valeur a de plus noble, le pays des esprits et des lettres, de l’intelligence, de l’amour, de la subtilité, du raffinement et de la finesse. C’est aussi le pays des insoumis, celui qui fait la révolution pour un rien, celui qui a la transgression et la résistance dans le sang.

Dans le Testament français, et plus généralement dans son œuvre, l’écrivain confond la France avec la notion même de liberté. La France c’est la liberté dans toutes ses formes. La liberté pour chacun d’être et de devenir ce qu’il souhaite, la liberté émancipatrice des systèmes de domination et d’oppression de l’individu, la liberté de dire non, de résister et transgresser, la liberté de toutes les expressions, la liberté de conscience, la liberté de choisir Dieu ou non.

Pour lui, la France c’est aussi cette conception si singulière de l’amour, de la séduction et du romantisme. C’est ce pays unique au monde où l’aspect physique et charnel de l’amour entre un homme et une femme ne compte que peu face à la relation de complexité, de sous-entendus, de secrets intimes et de rapprochement de l’âme que peuvent entretenir deux êtres. C’est cette manière si particulière de concevoir la séduction comme un jeu de subtilité intime, dont les codes et les techniques ne s’acquièrent qu’avec la maturité, l’expérience et l’intelligence. Andreï Makine ne peut également s’empêcher d’évoquer la femme française, dont la représentation est si populaire dans le monde. La France est indissociable de ses femmes, de leur beauté, de leur subtilité, de leur intelligence. Ces femmes se méritent, et la difficulté de la séduction française prend alors tout son sens. Plus généralement, la France est par excellence le pays de l’épanouissement des femmes.

Enfin, l’auteur du Testament français ne conçoit pas la France sans l’intelligence. Elle est la nation de l’esprit, des lettres, du raffinement. Le pays de la littérature est le pays des plus grands esprits de l’histoire, de Descartes et Saint Thomas d’Aquin à Rousseau et Montesquieu, en passant le romantique Hugo et le réaliste Zola. Elle est la patrie de tous les écrivains, intellectuels et artistes, de toutes les âmes qui vivent d’écriture et de réflexions.

Toutefois, Andreï Makine regrette le désenchantement de cette belle idée de l’âme française. Ces derniers temps, on oublie d’aimer la France et ce qu’elle est. Plus encore, on oublie ce qu’elle a offert au monde. Dans son discours de réception à l’Académie française, l’écrivain fustigeait la médiocrité des gouvernants actuels, cette « nouvelle caste d’ignorants », rappelant qu’autrefois le personnel politique savait lire, mais plus encore savait écrire. De Gaulle ou Mitterrand, proches de nous, en étaient l’exemple. Dans ce même discours, il dénonçait les travers de notre société, et son « inculture, les diktats idéologiques, les médiocrités divertissantes ». Au contraire, il exaltait cette France qui ne se soumet pas, celle qui résiste, qui transgresse, celle dont l’incarnation la plus aboutie se trouve être la personne du général De Gaulle.

En ces temps difficiles, Andreï Makine invoque le feu Charles Péguy : « Il faut avoir le courage de dire ce qu’on voit, mais surtout de voir ce qu’on voit ». Comment retrouver l’âme française ? Comment retrouver cette France éternelle d’Andreï Makine, cette France de la liberté, de l’esprit, de la subtilité, du romantisme ? Comment offrir au monde le spectacle d’une France retrouvée dans sa grandeur, son honneur, son âme ? Peut-être en commençant par prêter attention aux discours et aux écrits tels que ceux de l’académicien d’origine russe. Nombreux sont les « Français de cœur » qui nous alertent, ceux dont les racines renvoient à un ailleurs mais dont le cœur bat pour une France d’adoption. De Boualem Sansal à Milan Kundera, en passant par Andreï Makine, tous ces brillants auteurs défendent la culture française malgré leurs nationalités d’origine. Ceux-là sont, définitivement, les vrais « chances pour la France » et méritent d’être écoutés.

 

 

Source image : https://www.azyaamode.com/en/chopard-creates-sword-for-andrei-makine

Article écrit par Elouan Picault

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

Entrez votre mail

et recevez le dernier numéro de l’Etudiant Libre par email !

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.