Covid-19, vers un leadership du Dragon ?4 min de lecture

Une chose est certaine : à la fin de la crise sanitaire, la Chine sortira forte et pourrait même s’imposer comme leader mondial.

La Chine vient de lancer un nouveau plan de développement avec des usines qui tournent toujours en partie à l’heure actuelle, contrairement aux autres pays du monde. L’Empire du milieu sera sans doute celui qui se relèvera le plus vite, à ce titre il pourrait prendre le leadership mondial. Mieux, son attitude tantôt agressive (le virus viendrait des USA), tantôt bienveillante (livraisons importantes de masques, appareils respiratoires, personnel de santé) la rend incontournable. C’est pourquoi le président Trump opte pour le « business first » car il a conscience du poids de la Chine à ses talons.

Le soft power de la Chine est clair pour promouvoir son système autoritaire.

L’ambassade de Chine en France a voulu montrer à travers une observation d’un diplomate chinois en poste à Paris (28 mars) que le système autoritaire est très efficace face à l’épidémie par la généralisation des tests, l’isolement des cas, et que certaines personnes sont « très admiratives des succès de la gouvernance chinoise ». Les dirigeants du monde commencent tout de même à ployer face à l’alléchante proposition d’encadrement des masses, car bonnes relations chinoises signifient bénéficier de sa modernité. La question du geotracking en France est un bon exemple. Il faut s’attendre à ce qu’on tombe petit à petit dans un modèle de gouvernance à la chinoise que le numérique rend discret mais tellement liberticide.

La Chine veut montrer à terme qu’on ne peut pas endiguer cette épidémie sans autoritarisme et encadrement massif. Elle montre l’inefficacité des démocraties européennes pour le prouver. Le postulat est fallacieux, car ces démocraties sont à bout de souffle, plongées dans un état de déliquescence profond. Toute gouvernance dans une déconstruction pareille ne peut aborder efficacement une crise comme un régime bien en place a les moyens le faire. Le système n’est pas important, c’est sa capacité de gouvernance qui prime. Le diplomate finit par du Machiavel à la chinoise en citant Deng Xiaoping comme ligne de conduite : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris. », la fin justifie les moyens en quelque sorte. On sait jusqu’où mène une telle idéologie.

« China aid for shared the future » 

Son attitude amicale veut montrer en réalité aux autres États une dimension salvatrice. La Chine doit prouver qu’elle est incontournable, pour s’imposer en leadership du monde de demain.

La stratégie du « loup combattant »

Les diplomates chinois fidèles plus que jamais à Xi Jinping s’emploient à attaquer frontalement et durement les démocraties partout dans le monde et à imposer l’autorité chinoise par la voie de l’ambassade. Ils se disent être les « loups combattants », en raison d’un film sino-britannique paru en 2015 mettant en scène un Rambo chinois nationaliste sauvant le monde. Cependant, cette stratégie est fortement contestée au sein du Parti car elle pourrait pousser les États du globe à se détourner de leur « bienfaiteur ».

Le danger de ces offensives est que l’Occident notamment se concentre face à l’arrogante Chine. Une telle stratégie ne peut être jouée qu’à condition d’être réellement incontournable, au risque de tout perdre.  Or la Chine est-elle réellement incontournable ?

Bien qu’elle dispose de bons arguments en matière de délocalisation, les entreprises occidentales sont de plus en plus molestées en terre chinoise. Il n’est pas rare de voir des entrepreneurs dépouillés du fruit de leur travail et confinés chez eux de force. De plus, l’immigration offre aux Européens une main d’œuvre au coût peut-être désormais inférieur, dans un environnement plus sûr. La stratégie du « loup combattant » fait une ombre importante au discours « China aid for shared the future » au point que le risque est de casser la position salvatrice du Dragon.

Les Chinois sont de bons lecteurs de l’Ancien Testament : « œil pour œil, dent pour dent » est-il écrit dans le livre de l’Exode.

Ils sont en train de prendre leur revanche sur l’Occident qui leur a imposé les traités inégaux : imposition du destructeur opium (des millions de morts), perte d’identité chinoise, révolte des Taipings, perte de leur autonomie, ruine économique, etc. Ces traités sont imposés par la guerre, et au passage inonder la Chine d’opium ce qui a deux vertus : faire de nombreux bénéfices pour les Occidentaux (comme la banque HSBC créée à cette occasion), et anéantir une partie de la population par les effets destructeurs.

La Chine rêve depuis toujours de cette revanche. Elle sera sans pitié envers nous, les Fils du Dragon se vengent enfin des Longs-nez. Aujourd’hui nous mendions des masques pour tenter d’éviter la contagion qu’ils nous ont apportée, quelle ironie !

Emmanuel Macron annonçait devant les Français vouloir placer la France et l’Europe au très haut niveau industriel et dans la recherche. Cette ambition fait de l’ombre à la Chine qui revendique le leadership quantitatif et qualitatif. Nul doute qu’elle saura garder le podium quantitatif, mais la place qualitative semble vouloir être contestée par la France. Comment pourrait-elle l’accepter ? Le combat n’est pas fini.

Ce qui est autrement intéressant, c’est la gestion du virus.

En Europe, on cherche à « battre » le virus, on vise spécialement le virus qui s’est immiscé dans le territoire. Pour cela, on prend soin de l’individu malade. En Chine, on écarte le malade, on le sort du groupe : c’est lui le danger. La déclaration du diplomate chinois est vraiment fondamentale : “L’Occident met trop en avant l’individu, tandis que l’Asie, avec des citoyens doués d’un civisme supérieur, parvient à un meilleur équilibre entre le souci du groupe et celui de l’individu”. L’empathie est une notion étrangère à la mentalité chinoise par le point de vue taoïste ou confucéen. Et pour elle, il y a le groupe, et tout ce qui met en danger ce groupe doit être écarté, éliminé. Cette approche est renforcée par le Parti qui veut unifier toute la Chine par le communisme. En Occident, demeure le pouvoir d’émancipation individu/groupe notamment grâce au christianisme.

 

Le leadership chinois à la sortie de crise demeure donc très probable, mais sa stratégie offensive voire blessante pourrait compromettre ses plans sur le long terme.

Article écrit par Guy-Alexandre Le Roux

L'article vous a plu ? Partagez-le ! L'Étudiant Libre vit de vos partages.

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur telegram
Telegram
Partager sur reddit
Reddit

Dans la même catégorie:

Du même auteur:

Rejoignez-nous!

Restez informés de notre actualité.

Lassé des newsletter? Optez pour nos notifications!

Partager sur twitter
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Twitter?

Partager sur facebook
Je partage
Bonjour Lecteur!

Vous alliez partir? Pourquoi ne pas partager votre lecture sur Facebook?

Entrez votre mail

et recevez le dernier numéro de l’Etudiant Libre par email !

L'Étudiant Libre

Bienvenue sur L'Étudiant libre cher lecteur, c'est votre première visite ici? Lisez notre présentation!

Pourquoi?

Pour partager aux jeunes Français un message incitant à l’engagement et au Bien Commun.

Par qui?

Par des étudiants. Tout le monde peut travailler avec l’Étudiant Libre, il suffit de nous contacter. Vous voulez distribuer ? Vous voulez rédiger des articles ? Écrivez-nous.

Pour qui?

Pour la jeunesse qui ne demande qu’une étincelle pour s’embraser, s’exprimer et s’assumer.

Abonnez-vous

Retrouvez au creux de votre main l’information indépendante! Abonnez-vous pour seulement 3 euros par mois et accédez à toutes nos publications.