You can only spell truth without Ruth.3 min de lecture

You can only spell truth without Ruth.

La mort récente de la doyenne de la Cour Suprême Américaine, Ruth Bader Ginsburg, et la désignation de sa possible remplaçante Amy Coney Barrett dans les jours qui suivirent ont déclenché de part et d’autre de l’Atlantique de vives réactions. Elles se penchent pour la plupart sur la différence de convictions des deux femmes. L’une fut un avocat de la première heure de l’égalité des genres, du droit à l’avortement, de la protection des minorités et au fil du temps devint une icône féministe du parti Démocrate. Son nom était même devenu un slogan bien connu en Amérique : You can’t spell truth without Ruth (Vous ne pouvez pas écrire vérité sans Ruth). L’autre, également juriste et avocat, combat notamment pour les droits fondamentaux de l’enfant et a été amenée à défendre au cours de sa carrière le Deuxième Amendement de la Constitution des États-Unis portant sur le port d’armes. Le traitement de ces évènements par l’opinion a bien évidemment fait défaut à la deuxième, aux États-Unis comme en France. La nomination d’Amy Coney Barrett pourrait porter un dernier coup à la représentation démocrate de la Cour Suprême en asseyant la majorité républicaine à six contre trois dans le corps judiciaire le plus puissant du pays, si toutefois cette dernière était confirmée. De manière surprenante, les journaux américains progressistes ne se sont que peu inquiétés de la potentielle perte définitive de cette précieuse majorité. Après avoir encensé la sacro-sainte défunte pendant une semaine, ils ont damné Mme Coney Barrett en maudissant ses convictions catholiques et son engagement regrettable dans le parti Républicain. En France, le même schéma s’est vérifié dans les journaux, toutes sensibilités confondues. De manière surprenante, Ruth Bader Ginsburg fut érigée en modèle de persévérance, d’excellence académique, de justesse et d’ouverture d’esprit là où sa probable remplaçante, pourtant professeur de droit dans les universités les plus prestigieuses, ayant servi son pays dans les tribunaux fédéraux, ne fut désignée que par les attributs méprisants de « mère de famille » et de « catholique pratiquante ». L’injustice insidieuse servie sur le plateau de la bien pensance dont cette femme est victime reprend les mécanismes dénoncés par les mêmes journaux lorsqu’il s’agit de la question féminine. De manière surprenante enfin, le refrain habituel –par ailleurs un peu lassant— de la femme à contre-courant se battant pour se faire une place dans le monde que Ruth Bader Ginsburg incarne à la perfection, oublie Amy Coney Barrett parce qu’elle se bat réellement contre l’idéologie du monde et ses principes absurdes. Cette dernière n’est pas la femme que le monde attend qu’elle soit et par conséquent n’aura droit à aucune honnêteté de la part de ses détracteurs, ni à aucune reconnaissance. Elle est à leurs yeux, aussi indigne et méprisable, voire même plus, que ne le fut considérée Ruth Bader Ginsburg par ses détracteurs lors de ses premiers pas à la Cour Suprême. Le clou de cette étrange farce fut trouvé par les mandarins du féminisme de la troisième vague qui, sans n’avoir aucune idée de la législation américaine ni des prérogatives d’un juge de cette même cour, ont fait part dans les journaux et sur les réseaux sociaux de leur « inquiétude au sujet du droit à l’avortement ». Les français, altruistes comme Tartuffe, n’ont encore une fois pas manqué à leur habitude fâcheuse de devenir experts en ce qu’ils ignorent le plus. Il s’est ainsi écrit en France que Mme Coney Barrett était proche d’organisations rappelant les fondamentalistes « Fils de Jacob » qui prennent le pouvoir dans la dystopie écrite par Margaret Atwood La Servante Écarlate. Il n’en fallut pas plus pour déchaîner les ténors des associations de défense des minorités qui n’ont pas manqué de déclarer sur les plateaux de télévision que la « démocratie américaine était en grand péril » et que cette femme n’avait aucun respect pour la Constitution. Comme quoi, les brebis effarouchées du progressisme en France sont de grands constitutionalistes. Que l’on ne soutienne aucunement les positions parfois maladroites de Donald Trump et de son administration est une chose. Cependant, que l’on traîne dans la boue une femme honnête et brillante au nom de la démocratie, de la liberté et du féminisme en est une autre, beaucoup plus grave. Cela ne peut que nous pousser à réviser les maximes de la société : you can only spell truth without Ruth.

Thomas Bouzereau. 

Article écrit par Auteur Ponctuel

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