Vivement demain !4 min de lecture

Les lendemains qui déchantent
Ils sont déjà loin, les jours heureux où l’on nous promettait monts et merveilles aux lendemains de l’épidémie de Covid-19. On nous l’avait pourtant promis, tout devait changer. Le système, enfin, s’était rendu compte de ses propres faillites, et abordait le « monde d’après » avec la ferme intention de se réinventer. Brulant ce qu’il avait adoré, adorant ce qu’il avait brulé, le système libéral à l’unisson ne jurait plus que par le local, les services publics, et « le retour du bon sens ». Demain, tout allait changer.

Hélas, trois fois hélas : demain est arrivé plus vite que prévu. Déconfinée comme les autres, l’ivresse léthargique des utopistes de tous bords a fini par s’éteindre : le vieux monde s’est soudainement trouvé en panne d’inspiration. Les lendemains qui chantent n’auront pas survécu aux bonnes vieilles recettes bruxelloises : place à l’austérité, aux plans sociaux et aux fermetures d’usines. Et, pire que tout, cette injonction sordide d’une civilisation que plus rien ne transcende, sinon son portefeuille : « Consommez, braves gens, brulez vos épargnes, il faut relancer l’économie ! ».

L’Amérique pleure

Rien n’a changé, tout est même pire. Désirant sans doute marquer le coup, après deux mois de repos forcé, le « monde d’avant » s’est jeté sur la première occasion pour s’embraser de nouveau. Aux États-Unis, terre d’asile de toutes les folies du monde, il aura suffi de la mort d’un afro-américain pour plonger tout le pays dans l’anarchie. Est-il encore nécessaire de dire quelques mots sur les circonstances tragiques de la mort de George Floyd, le 25 mai dernier à Minneapolis (Minnesota) ? Interpellé en fin de journée – vraisemblablement pour usage de fausse monnaie et état d’ébriété –l’homme est plaqué au sol par quatre policiers municipaux. L’un d’entre eux appuie son genou sur le cou de Floyd pendant près de neuf minutes, provoquant sa mort par asphyxie.

De fait divers tragique, l’évènement devient un casus belli pour le mouvement #BlackLivesMatter : la mort de Floyd est censée démontrer l’emprise d’un racisme systémique sur la police américaine. Vraie ou fausse, cette lecture de l’évènement a en tout cas suffi à mettre le pays à feu et à sang, littéralement. La description de l’ampleur sans précédent de ces émeutes nécessiterait à elle seule un article entier. Il suffit d’ouvrir les colonnes infernales de Twitter, jamais avares en images choc, pour s’en rendre compte : l’Amérique est au bord du gouffre. On ne peut qu’espérer que les quelques dizaines de victimes déjà recensées – plusieurs policiers, mais surtout des civils, parfois noirs, coupables d’avoir défendu leur commerce – seront les dernières d’un mouvement qui s’apparente de plus en plus à une guerre civile.

Homo indignatus

Évidemment, splendeur d’un village-monde devenu fou, il était inutile d’espérer que les dégâts se limitent aux seuls États-Unis. Pendant, qu’à Louisville, des pilleurs abattent un policier en retraite de 77 ans, pendant que des hordes d’émeutiers tabassent à mort des innocents, pendant qu’on oblige des blancs à s’agenouiller devant les noirs, les plateaux de télévision française parlent privilège blanc, et les réseaux sociaux se parent de leurs plus beaux filtres noirs. A l’unisson, les multinationales du monde entier diffusent la doxa progressiste docilement avalée par la masse informe de leur clientèle. Cerise sur le gâteau, tout ce que la France compte d’extrême-gauche indigéniste et d’obsédés de la race s’est évidemment jetés sur le cadavre encore chaud de Floyd : il aurait été dommage de manquer une occasion de mettre le feu à quelques poubelles de banlieue parisienne.

Au milieu de cette frange intellectuelle, on serait assez tenté de perdre patience. Face aux énormités déblatérées tous les jours, la tentation est grande d’en déblatérer de plus grandes, au risque de tomber dans la caricature de soi-même. C’est, disons-le, l’écueil dans lequel est tombé Éric Zemmour en début de semaine. En insistant sur le passé criminel de Floyd, en s’embrouillant dans des statistiques mal utilisées, le chroniqueur star de CNews a manqué le coche de la clarté et du recul. Il aurait pu très largement contribuer à déminer le terrain : il a au contraire participé à l’hystérisation du débat, en tapant précisément là où ses adversaires l’attendaient. En conséquence de quoi, les nombreux éléments intéressants de son discours sont passés à la trappe, rendus inaudibles par une certaine absence d’humanité.

Du nécessaire usage de la mesure

Car c’est bien d’humanité dont il s’agit là. Peu importe le passé criminel de Floyd, peu importent les circonstances ayant justifié son interpellation. Qu’il ait été un « perdreau de l’année » ou un criminel récidiviste, il ne méritait pas de mourir étouffé sous le genou d’un policier – par ailleurs lui très nettement récidiviste. C’est en admettant cette injustice évidente qu’on pouvait ensuite construire une analyse pertinente des émeutes estampillées #BlackLivesMatter. En sur-contextualisant l’interpellation de Floyd, Zemmour passe sous silence l’aspect dramatique de sa mort, symptôme d’un usage absolument sidérant de la violence par la police américaine.

Ceci posé, on peut tout dire, sur le plateau de CNews où ailleurs : non, la police américaine ne tue pas nécessairement plus de noirs que de blancs ; oui, les émeutiers d’Amérique et d’ailleurs sont obsédés par les questions raciales, et eux-mêmes coutumiers des pires insultes racistes ; oui, ils cassent, pillent, tuent, en toute impunité ; non, on ne peut pas sérieusement se permettre de comparer un seul instant les situations françaises et américaines, que tout oppose ;  oui, les irresponsables qui veulent importer chez nous la confrontation ethnique doivent être dénoncés et poursuivis, coupables de mettre en péril l’unité d’une nation déjà fragile.

On ne gagne rien à pasticher la grossièreté intellectuelle de nos adversaires. Au contraire, en s’autorisant les mêmes réflexes pavloviens, on décrédibilise un camp politique qui est encore loin de pouvoir s’exprimer aussi librement qu’il le voudrait – même si les choses progressent indubitablement. C’est une des leçons qu’il faudra tirer de la mort de George Floyd : ne jamais rien céder à l’émotivité paralysante du monde, qui n’est pas l’apanage de la gauche, et poser sur notre temps un regard assuré, incisif et mesuré. Loin des caricatures, loin du marécage idéologique de nos contemporains : libres.

Article écrit par Étienne de Solages

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