Turquie et Iran : la stratégie de Biden3 min de lecture

L’investiture de Joe Biden en tant que 46ème président des Etats-Unis paraît désormais inéluctable. Pendant ce temps, et comme à son habitude, le monde observe attentivement les premiers signaux internationaux du futur chef d’Etat. Parmi les dossiers les plus brûlants, le Moyen-Orient occupe le peloton de tête et concentre les préoccupations de tous. A ce titre, intéressons-nous donc aux positions tenues par Biden à l’égard des deux grandes puissances de la région ; la Turquie et l’Iran.

Biden et Erdoğan, une haine réciproque

La victoire de Joe Biden est tout sauf une bonne nouvelle pour Recep Tayyip Erdoğan. Les deux hommes se connaissent bien, car l’ancien vice-président d’Obama a déjà eu l’occasion de travailler avec le leader turc au titre de ses fonctions passées. Or, celui-ci n’a jamais caché son inimitié pour l’actuel gouvernement d’Ankara.

Lorsqu’il était vice-président, Biden avait déclaré qu’il était prêt à soutenir l’opposition à Erdoğan, afin de le chasser du pouvoir « par les urnes ». Il a affiché à plusieurs reprises son soutien aux Kurdes -sujet ô combien inflammable en Turquie- déplorant notamment le retrait des forces américaines du nord de la Syrie en octobre 2019. Plus récemment, Biden a condamné l’offensive turco-azerbaïdjanaise dans le Haut-Karabakh, et s’est dit « préoccupé » par le sort des Arméniens.

Au cours de la campagne présidentielle, Biden a critiqué la complaisance de Donald Trump vis-à-vis du régime d’Erdoğan et affirmé qu’il ferait preuve d’autorité. Ce ne sont probablement pas des paroles en l’air, tant les deux hommes se méprisent l’un l’autre. De ce côté, on peut donc s’attendre à un véritable changement de ligne. Autant Obama et Trump ont cultivé des relations cordiales avec Erdoğan, autant Biden se fera un plaisir de mettre des bâtons dans les roues à celui-ci.

Du côté d’Ankara, on essaye de temporiser. Il est d’ailleurs à noter que le président turc ne fait plus parler de lui dernièrement. Alors qu’il avait défrayé la chronique internationale cet été, entre réislamisation de Sainte-Sophie, atteinte à la souveraineté grecque, et invasion préméditée du Haut-Karabakh, son silence actuel témoigne de sa prudence vis-à-vis de la prochaine entrée en fonction de Biden. A suivre donc.

Vers un réchauffement avec l’Iran ?

A l’opposé, l’on peut s’attendre à un réchauffement relatif des relations entre l’Iran et les Etats-Unis.

Joe Biden hérite d’une situation difficile. En 2018, les Etats-Unis de Donald Trump se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien. L’année dernière, l’assassinat du général Qassem Soleimani par une frappe de drone de haute-précision a entrainé des échanges de missiles entre les deux pays sur le sol irakien. Enfin, le 29 novembre 2020, le physicien Mohsen Fakhrizadeh, rouage essentiel du programme nucléaire iranien, est tué dans un attentat commandité par le Mossad et autorisé par l’administration Trump. Les drapeaux américains brûlés en place publique sont désormais la règle en Iran.

Face à cet envenimement, Biden a déjà annoncé sa volonté de faire revivre l’accord sur le nucléaire iranien. Rappelons que celui-ci autorise la recherche sur le nucléaire à usage civil, mais proscrit le développement d’armes. En l’état actuel des choses, les travaux des inspecteurs des Nations-Unis ont démontré que, du temps de l’accord, l’Iran respectait ses engagements, et que, de fait, rien ne justifiait d’y mettre fin. L’autre grand enjeu concerne les sanctions économiques très lourdes imposées par les Etats-Unis. Après 4 ans de politique de « pression maximale » menée par l’administration Trump, le nouveau président démocrate voudrait alléger celles-ci, et permettrait ainsi à l’Iran de sortir de la crise économique grave qu’il traverse.

De tous les pays du Moyen-Orient, l’Iran est seul avec la Jordanie à avoir souhaité la victoire de Biden. Hassan Rohani a déjà félicité le prochain président. La future administration de Biden recoupera pour une large part celle de l’ancien département d’Etat d’Obama, et a donc déjà travaillé sur les questions iraniennes. Un réchauffement relatif des relations entre les deux pays, ou du moins un retour à la table des négociations, semble donc l’hypothèse la plus probable à l’heure qu’il est.

Toutefois, il faut rester prudent par rapport à la ligne défendue par Joe Biden. Le mandat de ce dernier permettra peut-être un léger infléchissement de la politique américaine, mais pas une rupture de fond. Même avec toute la bonne volonté du monde, les Etats-Unis resteront un allié objectif de la Turquie et un ennemi de l’Iran. Des tendances structurels sont également à l’œuvre, et il faut en tenir compte : le désengagement américain du Moyen-Orient d’une part, et le déclin de la puissance américaine dans le monde d’autre part. Joe Biden peut bien apparaitre en rupture avec Donald Trump sur la question orientale, l’honnêteté intellectuelle oblige à dire que le changement sera limité. Il y a de grandes chances pour que la rupture se fasse dans la forme, pas sur le fond.

Article écrit par Elouan Picault

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