Tribune : Lettre ouverte au clergé jureur7 min de lecture

Lettre ouverte au clergé jureur

Ou « Dieu est mort, nous l’avons tué car il avait attrapé le coronavirus »

Le présent billet a été rédigé à chaud suite à des déclarations de l’épiscopat français qui, si elles ne sont scandaleuses, ont bouleversé l’auteur de ces lignes autant que de nombreux catholiques. Ces déclarations ont toutefois ceci de bon qu’elles mettent en lumière l’hypocrisie et le peu de courage d’une partie du clergé, n’étant pas sans rappeler la fracture entre clergé réfractaire et clergé jureur lors de la révolution. Si les évêques doivent évidemment être respectés pour la fonction qu’ils occupent, il est de notre devoir de chrétien de dénoncer leurs évidentes erreurs.

Dans la situation de confinement actuelle, et plus largement dans la crise « sanitaire » que nous traversons depuis mars dernier, l’épiscopat français démontre toutes ses qualités de soumission politique. L’abaissement dont ils font preuve n’a rien de commun avec l’abaissement de cœur exigé par l’Evangile. Ce qu’ils donnent à voir, c’est le spectacle d’une pitoyable soumission non pas animée par la charité mais par la crainte. Au lieu d’abaisser leur personne, ils abaissent Dieu et son Eglise dont ils sont pourtant les serviteurs. Alors qu’ils ont reçu la mission de faire briller toute la pureté de l’Evangile et toute la force de l’Eglise, ils préfèrent éteindre la flamme et relativiser la puissance du Christ. Alors que Jésus a demandé à ses apôtres d’être le sel de la Terre, eux préfèrent être le sucre du monde flasque et paniqué dans lequel nous vivons. Ce n’est pas un abaissement chrétien, c’est une soumission exécrable, c’est une tiédeur dans la Foi et dans l’annonce de l’Evangile, c’est un reniement du Christ et un reniement de l’Eglise. 

En effet face à la suspension du culte public, le peuple chrétien, conscient de la supériorité évidente de Dieu sur le monde et de l’absolue nécessité de la Grâce donnée par l’Eucharistie, a réagi avec vigueur en manifestant devant les églises pour réclamer le retour du culte. D’autres, depuis le dernier confinement, sont même revenus à la pratique des messes clandestines. 

Ces pratiques ne sont pas du goût de la société, évidemment. Toute la tristesse est que l’épiscopat français, pour sa majeure partie, s’est rendu à ce constat. Puisque la société n’est pas d’accord avec nous, et que le contexte lui donne raison, mettons-nous à jour, soyons en phase avec le monde et cédons à ses requêtes, aussi brutales soient-elles. Ainsi, divers évêques se sont élevés pour renier leurs fidèles dans leurs actions revendicatives pour le retour de la messe, en contestant la pertinence de ces rassemblements et en appelant au respect du gouvernement et de l’état de droit. Il en est allé de la sorte pour l’évêque des Côtes d’Armor qui a décliné toute solidarité avec ces rassemblements et en a condamné la tenue. Les propos de la sorte ne sont pas isolés à quelques évêques seulement ; ils sont nombreux à proférer la soumission, qu’ils camouflent sous les jolis termes de tolérance et de respect de l’autre. La dernière déclaration en date, à l’origine de ce billet, est celle de Monseigneur Aupetit qui a fustigé l’ardeur des fidèles catholiques réclamant le retour de la messe et surtout s’est emporté contre les traditionnalistes qui ne respectent pas les gestes barrières, continuent de dire la messe, et, ô comble de l’horreur, continuent de communier sur la langue. 

C’est au demeurant le même état d’esprit qui anime le modernisme : pour continuer à exister, il faudrait faire des concessions au monde, il faudrait même s’adapter au monde, pour lui plaire. On voit où cette logique mène le clergé aujourd’hui : il renie son Dieu, ou du moins en relativise la place première dans toute chose, ce qui revient au même. La religion catholique est pour les non-croyants et pour la république une activité sociale comme une autre, qui peut être suspendue si le contexte l’exige. Et de toute évidence, une partie du clergé s’est ralliée à cette idée : la messe n’est plus que la grande réunion de la communauté de fidèles, rassemblés pour se sentir bien le dimanche. Dieu n’est plus qu’un toutou imaginaire que l’on promène en son for intérieur, si possible sans gêner les autres ; et si Dieu gêne, cachons-le. 

Si un tel abaissement ne pose pas de problème à l’épiscopat français, c’est surtout que celui-ci a depuis longtemps relativisé la messe et la place de Dieu dans le monde. Il suffit de lire les déclarations de l’évêque des Côtes d’Armor pour deviner l’ampleur du désastre : celui-ci, pour excuser ses fidèles dont il condamne l’action, dit comprendre leur douleur « à ne pas pouvoir se rassembler ». Tout est dit dans ces mots : la messe est, pour ce clergé, un simple rassemblement, une amicale de valeurs tout au plus ; c’est une sorte de « Club Med cosmique », dont on a retiré tout le surnaturel. 

Monseigneur Aupetit, dans sa déclaration, fustige les catholiques qui ont osé continuer à communier sur la langue malgré les recommandations des différents diocèses. C’est le principal exemple qu’il met en avant pour dénoncer les paroisses et communautés traditionnelles, dans un argumentaire classiquement méprisant envers la tradition. L’archevêque avance donc implicitement que la communion sur la langue est une pratique vectrice de transmissions du virus, or cette mesure, qui a été décidée par les évêques de France eux-mêmes (et non pas l’Etat, qui ne sait même pas ce qu’est la communion – certains évêques également d’ailleurs), n’est fondée sur aucune étude médicale sérieuse mais seulement sur le dégoût que suscite cette pratique chez certains, et qui a justifié le prétendu « retour » de la communion dans la main. Si nous insistons ici sur le mot « retour », c’est pour enchaîner sur cet axiome de l’archevêque qui prétend que la communion sur la langue est une pratique qui est née au VIe siècle, lors que cette affirmation est aussi vraie historiquement que d’avancer que Napoléon fut un Pharaon, ou que Vercingétorix aurait conduit une colonne de chars en 1944. Par ailleurs, ce propos démontre toute la contradiction du réformisme moderne, car quand bien même son propos serait vrai, et que la communion dans la main fût la pratique de référence pendant les premiers temps, si l’Eglise a ensuite imposé la communion sur la langue pendant près de quinze siècles, inspirée en cela par le Saint-Esprit, eh bien en revenant sur cette pratique qui avait été condamnée, les modernistes laissent supposer que le Saint-Esprit s’est soit trompé, soit nous a volontairement trompé, soit n’en avait cure de l’Eglise et de la messe.

Ce faisant, par toutes ces déclarations de compromis, Monseigneur Aupetit et ses acolytes de la Conférence des évêques de France, dont on ne sait s’ils sont réellement des évêques quand on les aperçoit, accoutrés de shorts et de chemises grossières, se comportent comme le clergé jureur vis-à-vis du clergé réfractaire lors de la révolution française. 

Accusant implicitement les traditionnalistes d’être la cause du refus gouvernemental dans l’autorisation du culte, aurait-il oublié que ce sont ces mêmes traditionnalistes qui avaient exercé un référé-liberté en juin dernier pour réautoriser le culte le confinement étant fini, les évêques n’ayant pas bougé le petit doigt, vautrés comme ils étaient dans le douillet canapé de l’indifférence et de la téléconférence ? Aurait-il oublié que ce sont encore les traditionnalistes qui ont lancé le nouveau référé en novembre, rejoints par les évêques in extremis une semaine plus tard ? Aurait-il oublié que ce qui conduit le gouvernement à refuser la messe, ce ne sont point tant les traditionalistes, ni la grippe qui sévit, mais bien ce régime républicain dont les fondations sont, par principe, antichrétiennes, et qui haï le Christ plus que tout ? 

Il semblerait que Monseigneur Aupetit ait oublié tout cela. Emporté contre le traditionalisme qu’il porte visiblement en basse estime, l’archevêque fustige ainsi ces catholiques qui font leur « business » dans leur coin, ciblant ainsi ceux qui font tout pour aller à la messe ou ceux qui manifestent pour combattre l’injuste loi. Ainsi donc, aller à la messe est un business. S’opposer à l’injustice également. Les martyrs ont donc commis l’erreur de mourir en faisant leur « business ». Sont-ce vraiment les traditionnalistes qui font un « business », par leur démarche d’opposition ? Ou est-ce plutôt cet épiscopat jureur qui marchande avec l’ennemi républicain, tout en étant confortablement assit sur les plus riches paroisses de Paris et logeant sous les dorures des plus beaux hôtels particuliers ? 

Imagine-t-on seulement un instant les martyrs des premiers temps, acculés face au pouvoir impérial qui massacrait les chrétiens, refuser la messe, et accepter de rendre un culte aux idoles ainsi qu’on leur demandait pour ne pas causer de tort à l’empereur, aux citoyens de l’Empire, et pour ne pas empirer la situation des chrétiens ? C’est une logique similaire que nous vivons aujourd’hui, bien que nous ne soyons persécutés dans la chair – du moins en France –, et nos évêques, alors que les risques sont bien moindres, s’aplatissent comme des chiens apeurés sous les injonctions illégitimes d’un gouvernement antichrétien. Où est donc passé le courage des premiers chrétiens ? Où est passée la fougue des évêques tels que Saint Pothin, Saint Denis ? La foi chrétienne ne s’est pas répandue par compromis, mais par le sang et les larmes. C’est un cœur ferme dans la foi et un courage sans faille qui permirent à nos ancêtres de clamer avec force leur amour ardent pour le Christ et pour son Eucharistie ! Condamner les catholiques qui veulent aller à la messe et le font savoir, condamner ceux qui pratiquent dans le secret, voilà qui est une insulte insolente à la grandeur de Dieu et de son Eglise, et voilà qui est une ignominie envers nos pères dans la Foi, qui ont versé leur sang à l’image du Christ, justement pour perpétuer ce sacrifice dans la messe. 

Même si de telles déclarations peuvent nous bouleverser profondément, elles ne doivent pas ébranler notre vie de Foi et notre confiance absolue, confiance qui doit se placer en Dieu seul, et non en l’épiscopat. Dans la période trouble de l’arianisme, seule une poignée d’évêques conservait la vraie Foi. Mais ce sont surtout les fidèles qui ont joué un rôle central dans la préservation de la vérité. Nous, catholiques français, devons persévérer dans la lutte contre l’injuste et dans la combat pour la Foi, pour notre Dieu. Nous devons rappeler la place du spirituel dans le monde et dans notre société. La France ne doit pas être le pays du compromis et de l’abaissement du Christ. Comme le dit Bernanos dans Sandale de la Vérité, la France a une vocation chrétienne qui « ne signifie pas seulement que nous devons réclamer du gouvernement le libre exercice du culte », mais qui « signifie que la France est chrétienne, qu’elle doit courir, qu’elle court à l’égal de n’importe quel chrétien, les risques immenses du baptême ». Courons donc les risques du baptême. Vivons dans la Foi et la fierté de celle-ci, non pour être dans une opposition de principe, mais pour être animés du feu de la charité et pour le transmettre aux autres en étant le sel de la Terre. L’humilité et l’abaissement n’ont rien à voir avec la soumission. Nous ne devons pas nous soumettre, pas plus que nous ne devons soumettre Dieu. 

 

Joseph Marmagnant

Article écrit par Auteur Ponctuel

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