Nous masque-t-on la réalité ?3 min de lecture

Après avoir nié les bénéfices liés au port du masque, l’exécutif tente de faire marche arrière. En pleine crise sanitaire, leur position reste opaque.

« Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances.[…] Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu à nos soignants », reconnaissait lundi 13 avril Emmanuel Macron dans une allocution télévisuelle dotée d’un soupçon d’humilité. Avant de poursuivre : « les commandes sont désormais passées. D’ici 3 semaines, nous aurons, imaginez-le, multiplié par cinq la production de masques pour nos soignants en France ». La grande mascarade autour des masques s’achèverait-elle enfin ?

La pénurie démasquée

Depuis des semaines, pas un jour ne passe sans que le sujet des masques ne soit abordé. Un jour, la région Bourgogne-Franche-Comté se fait réquisitionner sa livraison par l’État de manière assez originale : directement sur le tarmac de l’aéroport de Bâle-Mulhouse et sans concertation préalable. Un autre, une enquête de Mediapart met en lumière les incohérences et mensonges de l’État dans la gestion des stocks. Le 9 avril, un sondage Odoxa pour France info et Le Figaro révèle que 76% de la population pense que l’exécutif leur a « caché la vérité » pour dissuader de porter des masques de protection contre le virus en raison de la pénurie. Enfin, les vols de matériel dans les hôpitaux se multiplient, les arnaques prolifèrent et les prix de ces objets tant convoités atteignent parfois 4,50€ l’unité. Emmanuel Macron ne pouvait donc plus assurer, à l’inverse de certains de ses ministres, que la gestion des masques se déroulait à merveille.

La nécessité du masque toujours masquée

Quel qu’il soit, tout masque empêche de contaminer autrui, rappelons ici qu’il est fréquent d’être porteur du virus et asymptomatique. Le masque FFP2, lui, plus élaboré que le FFP1 et à destination des soignants, empêche de l’attraper. Malgré tout, l’exécutif a encore du mal à attester de l’importance d’un tel objet. On se souvient de la phrase cinglante de Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, prononcée le 17 mars dernier à l’issue d’un conseil des ministres : « Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies parce que ce n’est pas nécessaire quand on n’est pas malade ». Le 25 mars, elle renchérissait: « il n’y a pas besoin d’un masque dès lors que l’on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres ». Pas de chance : quelques heures plus tard, Emmanuel Macron déambulait le visage couvert lors de sa visite à l’hôpital Emile Muller à Mulhouse. Ces erreurs de communication sont loin d’être isolées mais révèlent le malaise des autorités à l’encontre du port des masques, s’inspirant des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, rare structure à douter de ses vertus. De son côté, l’Académie de médecine recommande chaudement l’obligation d’un masque pour tous lors des sorties en extérieur. Même son de cloche pour le Conseil scientifique, qui souffle à l’oreille du gouvernement de le suggérer comme critère de déconfinement. Ainsi, des régions en ont déjà commandé plusieurs centaines de milliers pour leurs habitants. A Sceaux ou Royan par exemple, des maires même ont interdit toute sortie à visage découvert … avant que leur arrêté ne soit aboli par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. De son côté, la SNCF prône le port du masque obligatoire pour tous les passagers après le confinement. Face à cela, Emmanuel Macron a fait partiellement machine arrière dans son discours du 13 avril, admettant que « pour les professions les plus exposées et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique. ». Notons ici l’emploi du mot « systématique » et non « obligatoire », ce dernier étant particulièrement agressif pour un libertaire.

A l’étranger, on avance masqué

Pour terminer, il est intéressant de jeter un œil au comportement de nos voisins étrangers. A Taïwan, pays de 26 millions d’habitants situé à 200km de la Chine, foyer de l’épidémie, le coronavirus a été maîtrisé entre autres grâce au port du masque obligatoire. Seuls six décès sont à recenser à ce jour. Le pays a d’ailleurs accru sa production locale. En Autriche, là où les commerces rouvrent progressivement, le port du masque est obligatoire pour faire ses courses. En Slovénie, Slovaquie et République tchèque, la consigne s’applique pour toute sortie. Le Luxembourg devrait suivre le mouvement dès lundi 20 avril.
En France, à défaut d’être imposé, espérons que les millions voire milliards de masques commandés par l’Etat le soient vraiment, et qu’ils arrivent à temps. Et que nous n’ayons pas de mauvaise surprise à l’instar de nos confrères Belges, contraints d’en renvoyer 100 000 réceptionnés dans des boîtes usagées contenant des excréments d’animaux.

Laurène Trillard

Article écrit par Auteur Ponctuel

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