[L’édito #2] La grande faute de Donald Trump

Il est des soirs où le vent de l’Histoire laisse à penser qu’il se réveille. Au gré des vidéos diffusées sur Twitter et des alertes AFP, on se prend à rêver. « Ça y est, c’est maintenant, c’est le grand soir ! » Se manifeste alors un sentiment ambivalent, ni tout à fait sain ni foncièrement mauvais : la sensation d’enfin vivre l’Histoire, d’être le témoin – certes éloigné et factice – d’un évènement imprévu et violent, appelé à marquer son époque.

Oui, ce 6 janvier au soir, la démonstration de force de centaines de partisans trumpistes, alors que le Congrès s’apprêtait à valider l’élection de Joe Biden, sonnait comme le brusque retour de l’Histoire, venue corriger une société décrépite. Comme si, en enfonçant comme du beurre les barrières d’une police dépassée ou complaisante, les manifestants trumpistes étaient venus rappeler à l’auto-proclamée plus grande démocratie du monde que personne, et elle moins que quiconque, n’était à l’abri du désordre.

Y-a-t-il pour autant eu tentative de putsch, coup d’État raté, ou résurgence soudaine d’un fascisme décomplexé, comme on a essayé de nous le faire croire toute la soirée ? Loin s’en faut, au risque de décevoir les résistants en herbe, tous prêts à monter de la mine et descendre des collines. La prise momentanée d’un haut lieu de pouvoir est même chose assez commune dans l’Histoire récente, et d’ailleurs souvent saluée comme une belle démonstration démocratique par ces mêmes professionnels de la résistance. Du reste, nul de quoi impressionner les Américains, qui s’y connaissent en organisation d’authentiques coups d’État.

Cette fois-ci, pourtant, les manifestants sont de droite – voire d’extrême droite, et parfois de sa plus haïssable frange. Le désordre lui, n’est pas chaleureusement salué depuis l’étranger, mais subi au cœur même du saint des saints de la démocratie américaine. Il faut alors condamner comme un seul homme l’insoutenable violence, évoquer avec effroi l’irruption d’un 6 février 34 américain. Somme toute, se désolidariser purement et simplement des factieux de tout poil, venus mettre en péril la démocratie.

Ne comptez pas sur nous pour se prêter à cet à-plat-ventrisme lamentable. Non, les manifestants du Capitole ne voulaient pas renverser la démocratie. Ils étaient au contraire persuadés de la défendre, à la suite d’une élection perçue, semble-t-il à tort, comme volée. Non, si l’on excepte les militants d’extrême-droite présents hier – il y en avait un certain nombre – ces gens ne sont pas des factieux. Ils sont l’expression la plus visible d’une Amérique à bout de souffle, humiliée et moquée à longueur de journée. Ils sont la réponse – maladroite et contre-productive, sans doute – à des mois entiers d’émeutes d’extrême-gauche, infiniment plus violentes, qui ont ravagé des dizaines de villes américaines pendant l’été, faisant plus d’une trentaine de morts. Qui, parmi les éditorialistes de tous bords qui se pressent ce matin pour trouver la bonne formule, a parlé de cette violence-là ?

S’il fallait pour autant absolument condamner quelqu’un ou quelque chose, ce serait bien davantage la stratégie de Donald Trump lui-même que la démonstration de force de ses partisans. Fort de ses 72 millions d’électeurs, le président républicain avait toutes les clefs en main pour faire de sa défaite électorale une victoire symbolique. Il avait le devoir de continuer à incarner, pendant quatre ans, cette Amérique exsangue, lassée de se voir accusée de tous les maux, lassée de voir son histoire malmenée et calomniée par le progressisme totalitaire. Au lieu de cela, il a préféré se vautrer dans le déni, en s’empêtrant dans une contestation perdue d’avance. Entraînant avec lui tous ses électeurs, dont le monde entier ne retiendra que l’irruption au Capitole, aux dépens des légitimes aspirations que le nom de Trump cristallisait.

La prise du Capitole a définitivement tué Donald Trump, par sa faute. Il n’a ce matin plus d’autre choix que de reconnaître sa défaite. Espérons que l’hybris du futur ex-président américain n’emporte pas dans sa tombe le trumpisme.

Article écrit par Étienne de Solages

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