« La crise sanitaire ne peut justifier des atteintes disproportionnées et absurdes aux libertés des Français » – entretien avec Jean-Benoît Harel, président de l’association « Pour la messe »3 min de lecture

L’asso que vous dirigez vient d’obtenir gain de cause devant le Conseil d’État, pourquoi vous êtes-vous battu contre ces messes limitées à 30 ?

En réalité, nous nous battons depuis un mois avec le gouvernement pour demander le respect de la liberté fondamentale de culte, et pour nous catholiques, la liberté d’aller à la messe. Nous avions lancé une pétition dès le 29 octobre, qui a récolté plus de 100 000 signatures. Mais nous avions déjà déposé un référé début novembre, pour dénoncer la disproportion entre l’importance de la liberté de culte, et les restrictions trop strictes annoncées par le gouvernement. Il est évident que les cafouillages de cette semaine, puis l’annonce officielle de la restriction à 30 personnes pour les messes publiques nous ont scandalisés. Les cultes étaient les seuls à se voir appliquer une mesure en valeur absolue (30 personnes) et non en proportion du lieu disponible. C’était une mesure absurde et inadaptée, le Conseil d’État nous a donné raison.

 

Vous aviez dans un premier temps demandé l’ouverture tout court des messes au public et vous l’avez déjà obtenue avec ces limites à 30 personnes. N’est-il pas normal que tout le monde fasse un effort étant donné le contexte sanitaire ?

Nous avons conscience de la gravité de l’épidémie, mais nous considérons que la lutte contre l’épidémie et la liberté d’aller à la messe ne s’excluent pas. Il me semble qu’aller une fois par semaine à la messe n’est pas plus dangereux que d’aller en cours pour les élèves des collèges et lycées, que d’aller acheter des chaussures ou des livres. La crise sanitaire ne peut justifier des atteintes disproportionnées et absurdes aux libertés des Français, dont fait partie la liberté de culte.

Que demandez-vous précisément  ?

Notre mot d’ordre depuis le début est le même : adapter oui, interdire non. Ainsi, nous demandons une mesure proportionnée et intelligente, pour permettre aux catholiques d’aller à la messe, en respectant des règles sanitaires. Les évêques ont demandé une jauge à 30%. Pourquoi pas en soi, ça nous parait indiqué. Nous verrons bien ce que décide le gouvernement.

 

Pourquoi en cette période la liberté de culte est-elle particulièrement importante ?

La période de crise que nous vivons est difficile et éprouvante pour beaucoup de nos concitoyens. Or, pour les croyants, la foi est un pilier essentiel de leur vie. Nous savons que le gouvernement occulte complètement les dimensions sociales, spirituelles et psychologiques de l’être humain, au profit de la seule dimension biologique. Au nom de la protection de la santé physique, toutes les autres réalités sont oubliées. Nous espérons que cette décision permettra aux catholiques français, et plus largement à tous les croyants, de s’appuyer sur leur foi pour surmonter cette crise.

 

Que pensez-vous des différentes réactions des évêques ?

Les réactions des évêques ont été multiples : tous ont trouvé cette mesure des 30 personnes inapplicable. Chez les prêtres, les solutions ont été diverses : certains n’ont pas voulu compter les fidèles voulant participer à la messe, et ont laissé plus de 30 personnes entrer dans les églises. D’autres n’ont pas ouvert leur église pour ne pas avoir de problèmes. Toutes les réactions sont compréhensibles, et montrent que les catholiques ne sont pas tous d’accord sur les solutions à donner à cette situation de crise.

 

Que répondez-vous à ceux qui, y compris chez les chrétiens, estiment que l’on peut prier seul chez soi ?

C’est vrai, on peut prier chez soi. En revanche, on ne peut pas encore communier à travers un écran. On ne peut pas concrètement appartenir à une communauté à travers un écran. On ne peut pas participer pleinement à la messe derrière un écran. Vivre un temps de prière par internet, par exemple les vêpres, c’est tout à fait envisageable. Mais la messe, c’est Dieu qui se donne à nous, comment peut-on l’honorer et le recevoir assis sur notre canapé ? Cette situation doit être réservée à des cas spécifiques. Or, aujourd’hui, au vu de toutes les possibilités de sortie, nous estimons qu’il n’est pas plus dangereux d’aller à la messe, où les règles de distanciation sont respectées, que dans des commerces où il est obligé de croisé dans les rayons les autres clients.

 

Le fait que votre association soit composée de jeunes, comme la plupart des manifestants, illustre-t-il un désaccord générationnel sur la question du culte ?

Non, je ne crois pas. Nous avons le soutien de beaucoup de personnes plus âgées que nous, de toutes les générations. Mais, en effet, nous avons conscience que nous ne représentons pas tous les catholiques. Il me semble que cette diversité est enrichissante, en tant que catholiques chacun peut réagir différemment. Certains se sont attaqués au problème sur le terrain politique, d’autres sur le terrain social, d’autres encore sur le terrain spirituel. Je crois qu’il est essentiel de comprendre que les catholiques ne forment pas un tout uniforme et homogène, mais bien une pluralité de personnes. Et que ces différentes réactions face à la crise et à l’attitude du gouvernement ne s’excluent pas, mais se complètent. La diversité des réactions des catholiques n’empêche toutefois pas l’unité autour de notre foi commune.

 

Comment peut-on aider votre association  ?

Nous encourageons les catholiques à rester vigilant sur les mesures que prendra le gouvernement, suite à cette ordonnance du Conseil d’Etat. Enfin, nous invitons les catholiques à porter dans la prière les décideurs publics et les évêques, ainsi que les malades et les personnels soignants.

Propos recueillis par Paul Guerry

Article écrit par Paul Guerry

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